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FRANCE – AFRIQUE : Macron compte sur la diaspora pour redéfinir les relations avec l’Afrique

20.07.2019
Article de la rédaction AFRIC
Le président français Emmanuel Macron veut redéfinir les relations entre la France et l’Afrique. A un an du sommet Afrique-France et de la saison des cultures africaines, il a jugé bon d’initier le 11 Juillet, au palais de l’Elysée, un grand débat qu’il a co animé avec son homologue ghanéen Nana Akufo Addo, dont le pays est une référence en Afrique en matière de démocratie et de bonne gouvernance. Triés au volet, près de 400 convives étaient invités à prendre part à ces échanges dont le but selon le patron de l’Elysée était de repenser les relations entre l’Afrique et la France. Un exercice inédit qui survient à un moment où les initiatives prises par les dirigeants africains convergent de plus en plus vers une mutualisation des forces pour des solutions visant le bien commun. Notamment le sommet de la CEDEAO à Abuja qui s’est accentué sur la nouvelle monnaie commune de la zone ouest africaine et le lancement le 07 Juillet à Niamey de la phase opérationnelle de la zone de libre échange continentale, un vaste marché en passe de devenir le plus important au monde en terme de nombres de pays adhérents et de population concernées.

Face à ces mutations qui revêtent d’une grande importance pour l’avenir économique du continent, il y a lieu de se questionner sur le style de relations que désire désormais entretenir la France très souvent accusée de maintenir ses anciennes colonies d’Afrique sous un joug impérialiste et de continuer à exercer sa tutelle sur le système monétaire d’une quinzaine d’entre elles.

Macron prêche pour une relation plus équilibrée

En faisant part à l’Elysée de son désir d’établir une nouvelle relation « plus équilibrée » avec l’Afrique, le président français a fait savoir qu’il voulait s’appuyer sur les diasporas africaines en France, soulignant qu’elles sont pour l’heure les meilleurs ambassadeurs. Emmanuel Macron qui a écarté volontairement les questions d’ordre migratoires et sécuritaires a ciblé une certaine élite composée de représentants d’africains résidant en France, de binationaux et de Français d’origine africaine pour parler de cette nouvelle version des relations franco africaines. Estimé à cinq millions de personnes présentes sur le sol français, la diaspora africaine est dans sa diversité composée d’étudiants, de médecins, de professeurs d’universités, d’artistes, musiciens, sportifs, ingénieurs….

France Afrique, relations égalitaires ?

Cette nouvelle approche dite de relations égalitaires que prône le président français est assez surprenante lorsqu’on sait que la France est très souvent accusée par de nombreux activistes africains de continuer à entretenir des relations de dominé, dominant avec ses anciennes colonies d’Afrique pourtant devenues indépendantes il y a plus de 50 ans. Des accusations fondées sur les liens incestueux qu’entretiennent les présidents français et leurs homologues africains au nom de la francafrique. Un système qu’on accuse être à l’origine de l’assassinat de plusieurs hommes politiques africains opposés au diktat de Paris et qui fait des dirigeants du continent des valets au service des intérêts politiques et économiques de la France en Afrique.

Le président ghanéen Nana Akufo Addo qui souhaite que les africains s’affranchissent de l’image d’éternels assistés qui leur est attribuée, de son côté appelle la diaspora à se sentir concernée par les problèmes que rencontre le continent. Alors que les ressources africaines font l’objet d’exploitation de la part des grandes puissances occidentales dont la Chine, les Etats-Unis et la France, pour ne citer que ceux-là, le chef de l’Etat ghanéen compte vivement sur l’implication de la diaspora pour que cessent ces exploitations et que les richesses du continent bénéficient d’abord aux bien être des africains. Le projet de la monnaie unique ouest africaine baptisé « Eco » qui lui tient à cœur et qui conduira certainement à la mort du franc CFA s’est également invité aux débats. Akufo Addo et les membres de la diaspora n’ont reçu du président français que la confirmation d’être disposée à discuter de ce sujet « sans tabou ».

Une diaspora confrontée à divers défis en France

Si Emmanuel Macron a émis le souhait de faire de la diaspora les ambassadeurs des nouvelles relations qu’il souhaite entretenir avec l’Afrique, cette dernière n’a pas oublié de lui rappeler les défis auxquels elle est confrontée en terre française notamment sur les plans académique et professionnelle. Impossible donc d’éviter le sujet sur la hausse des frais d’inscription dans les universités françaises pour les étudiants étrangers. Une décision jugée discriminante pour les étudiants africains présents en nombre dans les universités françaises. Ces frais désormais multipliés par dix vont selon la conférence des présidents d’universités baisser de 30 % à 50% le nombre d’étudiants africains dans les universités et grandes écoles françaises. Un fait que n’a pas reconnu le président français qui soutient que cette résolution devrait plutôt inciter les africains à offrir à leur population de meilleurs cadres d’éducation chez eux. Pour ce qui est des discriminations en milieu professionnel pour des tests d’embauche ou promotion à des postes élevés, Emmanuel Macron a promis de résoudre cela en sommant les entreprises concernées à adopter des objectifs de parité et de diversité.

Pour répondre aux préoccupations des africains qui demandent un peu plus de considérations et d’estime en France, le président français a renchéri par les termes suivant :  « Une Afrique qui réussit, élève le statut des Noirs partout dans le monde et la perception que l’on en a. Lorsque l’Afrique va changer, vous verrez, votre situation va changer ici en France. » Sans s’opposer à l’idée selon laquelle les africains devraient travailler davantage pour offrir à leur population de meilleurs conditions de vie, on serait tenté de rappeler à Emmanuel Macron que les Etats-Unis n’ont pas attendu le supposé changement de l’Afrique pour élire comme 44e président, un fils d’immigré africain. En voulant travailler de mèche avec la diaspora dans sa nouvelle vision des relations franco africaine, il serait peut-être temps pour le patron de l’Elysée d’apporter de véritables solutions aux problèmes auxquels elle est confrontée cette franche de la population dans laquelle on retrouve des élites qui contribuent à leur manière à rehausser l’image de la France.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image : Google images/illustration

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