Association for Free Research and International Cooperation

L’influence des ‘’fake’’ news relayés par les réseaux sociaux en Afrique

22.07.2019
Article de la rédaction AFRIC
L’existence de fausses nouvelles dans le monde de l’information ne date pas d’aujourd’hui. Elles existaient déjà bien avant avec les médias d’information traditionnelle tels que la télévision ou la presse écrite. Si par le passé leurs dégâts étaient de moindre importance et pouvaient rapidement être contrôlés par les États, aujourd’hui, avec l’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication et surtout des réseaux sociaux, les fausses nouvelles se partagent désormais à une vitesse qu’il est devenu très difficile de stopper leurs effets. Dans un continent où plus de 25% de la population est connectée à internet, en l’occurrence Facebook ou Twitter ou WhatsApp, il suffit alors seulement d’un tweet, d’un retweet ou d’un partage pour que les fake news atteignent un plus grand nombre de personnes. L’expression « fake news » a connu une plus grande vulgarisation avec le président américain Donald Trump qui, pour répondre aux questions des journalistes sur des nouvelles ayant fuité de la maison blanche, ou la possible immixtion de la Russie dans son ascension à la tête du pays, utilisait d’un trait comme réponse la formule : « fake news ».

Le gros problème c’est qu’aujourd’hui la majeure partie des africains se tournent vers les réseaux sociaux pour s’informer et que les gens font désormais plus confiance aux publications de leurs proches sur les réseaux qu’aux médias. C’est donc avec les réseaux sociaux que les fake news se propagent le plus rapidement. Les motivations de la propagation de ces fausses nouvelles alternent le plus souvent entre motivations politiques et motivations financières pour ceux qui en sont les auteurs. Cette situation a même amené certaines personnes détentrices de sites internet à se spécialiser dans la propagation de fake news comme métier car, sur ces sites, il existe des publicités qui rapportent aux propriétaires de ces sites, des sommes parfois colossales au détriment de la vérité et de vraies informations. Trois cas d’exemples vécus sur le continent permettent de mettre en exergue l’influence grandissante que représente ce fléau qui, désormais est considéré comme un facteur majeur de désordre social.

La campagne présidentielle de 2018 au Nigéria

Par leurs titres tapageurs, les propriétaires de sites de fake news répandent généralement de fausses informations destinées à altérer le jugement des populations sur une ou plusieurs situations. En période de campagne électorale sur le continent africain, les fake news représentent une grave menace pour certains candidats, qui voient parfois tous leurs efforts sapés par le seul clic d’un personnage malhonnête, parfois financé par des personnes extérieures pour atteindre cet objectif. Au Nigéria par exemple, lors de la préparation de l’élection présidentielle de février 2019, le chef de l’opposition nigériane, Atiku Abubakar, avait été victime, le 14 octobre 2018, d’un fake news qui avait fortement détruit sa personnalité et son projet de campagne auprès d’une frange l’opinion publique. Ce fake news avait été propagé par un faux compte twitter  à son nom qui avait publié un message de remerciement adressé à l’association des hommes gays nigérians, et pour manifester son soutien à leur cause. Dans le post attribué à Atiku Abubakar, celui-ci s’engageait, une fois devenu président de la république, à supprimer la très controversée législation anti-gay du pays qui avait été promulguée en 2014 par l’ancien président Goodluck Jonathan.

Même si l’information s’était par la suite avérée fausse, elle avait déjà très vite été reprise par deux blogs de grande notoriété au Nigéria et, traitée par deux des journaux les plus vendus du pays que sont The Nation et The Vanguard. Publié à l’origine juste pour nuire à l’image du candidat de l’opposition auprès des musulmans et chrétiens qui pour la majorité sont en déphasage complet avec la pratique, la fausse publication avait atteint son but comme avait témoigné par la suite le directeur de campagne de monsieur Atiku Abubakar. Pour ce dernier, le fake news portant sur la loi anti-gay avait fait perdre à son candidat une bonne partie de son électorat religieux et la sanction avait été immédiate dans les urnes. Si au Nigéria, le fake news de 2018 n’avait que fait perdre la présidentielle à un candidat, en Éthiopie, un autre avait contribué activement à la répression sanglante d’une communauté.

La répression sanglante de la communauté des Oromos en Éthiopie

En Afrique, les fausses informations sur les réseaux sociaux ont contribué et continue de contribuer à la crispation du climat social. On retrouve de plus en plus des messages extrémistes sur les plateformes avec des colorations d’incitation à la violence, de tribalisme, de génocide, de xénophobie ou encore de misogynie.

En 2018 en Éthiopie par exemple, une fausse vidéo diffusée au mois de juillet par la chaine de télévision Ethiopian Satellite Television et rapidement reprise par les réseaux sociaux avait fait couler  beaucoup de sang. Cette vidéo qui montrait de supposés membres de l’ethnie Oromo poussant des cadavres de somaliens dans une fosse avait été à l’origine de violentes réactions contre les ressortissants de la tribu des Oromos refugiés en Somalie et à Djibouti. En répression, après visionnage de la vidéo de nombreuses personnes s’étaient lancées en Somalie et à Djibouti à la chasse aux Oromos refugiés dans leur pays. Les commerçants furent ceux qui payèrent le prix fort car leur lieu de commerce et leur domicile étaient facilement identifiables. Le gouvernement, après avoir démontré que la vidéo était fausse car, utilisée un mois auparavant comme preuve des atrocités commises au Cameroun par les séparatistes anglophones, déplorait l’ampleur que pouvait prendre une telle nouvelle.

La confusion sur la fête du ramadan au Cameroun

La confusion sur la fête du ramadan au Cameroun, favorisée par le relai de fausses informations sur les réseaux sociaux a fait beaucoup de victimes au rang des candidats à l’examen du Brevet d’Études du Premier Cycle (BEPC) en juin dernier. Nombreux sont les candidats qui ont ainsi manqué de prendre part, le 4 juin dernier à la première journée de l’examen à cause de fausses nouvelles propagées au tour d’un férié supposé qui annonçait la fête de fin du jeune de ramadan ce même jour. L’incident, malgré le communiqué rendu officiel par les organismes en charge de l’organisation de ces examens qui, annonçait leur début effectif le 4 juin, avait été la résultante de la propagande via les réseaux sociaux d’un communiqué du conseil camerounais des imams, des mosquées et des affaires islamiques qui annonçait la fête pour le 4 juin et d’une correspondance du chef de la communauté musulmane du Mfoundi qui faisait état de la même date. Les candidats qui avaient alors comme principale source d’information les réseaux sociaux, avaient raté cette première journée, et par conséquent, toute la session 2019.

Malgré l’existence d’outils de vérification de l’information encore appelés outils de factchecking, la clé pour lutter efficacement contre les fausses nouvelles ou fake news reste l’éducation. Il est alors important d’apprendre aux populations à analyser une image dès le plus jeune âge, à lire un article, à recouper les informations et à vérifier les sources.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image : Google images/illustration

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