Association for Free Research and International Cooperation

Docteur Mukwege, l’homme qui « répare les femmes », aujourd’hui prix Nobel de la paix

05.10.2018
Depuis près de vingt ans, le gynécologue soigne les victimes de sévices sexuels au Sud-Kivu, dans la République démocratique du Congo Denis Mukwege est aussi un espoir politique pour la RDC

Plusieurs fois pressenti, le gynécologue congolais Denis Mukwege a finalement reçu, vendredi 5 octobre, le prix Nobel de la paix (conjointement à la yézidie Nadia Murad, ex-esclave de l’organisation djihadiste Etat islamique, EI). Cela fait près de vingt ans que le docteur Mukwege répare les femmes mutilées lors d’un viol ou d’une excision, pratique rituelle qui vise à retirer le clitoris, ou du moins une partie, d’une enfant ou d’une adolescente.

Devenu l’un des plus grands spécialistes des traitements de torture sexuelle alors que sa vocation était d’aider à mettre au monde des enfants, le Dr Mukwege, 58 ans, a, pendant des années, pratiqué dix à douze opérations par jour, formé du personnel médical, décentralisé des unités de soin afin que les femmes puissent trouver secours près de chez elles, souvent au péril de sa propre vie.

Origines et études

Fils d’un pasteur pentecôtiste, il a effectué ses études primaires à l’athénée royal de Bukavu. Ses études secondaires ont été faites à l’institut Bwindi de Bukavu où il obtient un diplôme en biochimie en 1974. Après deux années passées à l’université de Kinshasa (UNIKIN) à la faculté polytechnique, il trouve sa voie en s’inscrivant, en 1976, à la faculté de médecine du Burundi.

Son diplôme de médecin obtenu en 1983, il fait ses premiers pas professionnels à l’hôpital de Lemera au sud de Bukavu. En 1984, il obtient une bourse de la Swedish Pentecostal Mission pour faire une spécialisation en gynécologie à l’université d’Angers en France. Il fonde avec un Angevin l’association Esther Solidarité France-Kivu pour aider sa région d’origine.

Le 24 septembre 2015, il accède au grade de docteur en sciences médicales à l’université libre de Bruxelles à la suite de la défense de sa thèse de doctorat intitulée « Étiologie, classification et traitement des fistules traumatiques uro-génitales et génito-digestives basses dans l’est de la RDC ».

De nombreux prix avant celui ci

Mais le gynécologue n’a jamais cessé de travailler ses techniques, d’innover dans les solutions chirurgicales, de former des collaborateurs. Il a reçu de très nombreux prix pour son engagement, dont le prestigieux prix Sakharov, remis par le Parlement européen à des personnes ou des organisations en lutte contre l’oppression, l’intolérance et l’injustice. Mais le récit des femmes qu’il rencontre continue à le hanter tous les jours.

En RDC, toujours en proie aux violences, certains voient en Denis Mukwege un symbole de paix, même si le chirurgien répète qu’il n’a pas d’ambition politique.

Pris pour cible

25 octobre 2012 à Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, à l’ouest de la République démocratique du Congo (RDC). C’est le soir. Cinq hommes lourdement armés s’introduisent dans sa demeure et attendent son arrivée. Au bruit de sa voiture, ils se mettent en position de tir, extirpent le médecin de son véhicule, braquent une arme sur sa tempe.

Au moment où ils s’apprêtent à l’exécuter, un de ses employés se jette en hurlant sur l’un des agresseurs, lequel se retourne brusquement et fait feu, le tuant de deux balles. Dans une grande confusion, le médecin se retrouve à terre, pris sous les tirs, puis le commando s’enfuit dans le véhicule familial. Aujourd’hui, le pasteur se dit « miraculé » :

En quelques heures, la rumeur de l’attentat a fait le tour du monde. Et de tous les continents s’est élevée une même clameur mêlant stupeur et indignation. Mais à Bukavu, la ville où il est né et où il opère ses patientes depuis 1999, c’est bien plus que de l’indignation qui a saisi la communauté des femmes, à l’annonce de l’évacuation du chirurgien vers l’Europe. C’est une profonde angoisse : que faire sans Mukwege ? Qui les soignerait ?

Mais le docteur ne demande qu’à reprendre son travail et retourner auprès de ses patientes : « Impossible d’abandonner ces femmes à leurs souffrances. »

Article de la redaction AFRIC

Sources : lemonde.fr   wikipedia.com

crédit image : google.com

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