Association for Free Research and International Cooperation

Les africains de plus en plus adeptes du divorce

19.07.2019
Article de la rédaction AFRIC
Les sociétés africaines qui accordent une place importante à la famille dans le tissu social, sont frappées par une nouvelle tendance. Celle du divorce des couples. Auparavant envisagé dans des situations extrêmes, la séparation est une option qu’optent de nos jours de nombreux ménages. Dans un continent davantage tourné vers la modernité, la conception du mariage pour le meilleur et le pire apparait comme dépassée, faisant partie d’une époque révolue. Si le divorce est de plus en plus accepté dans les mœurs africaines, de nombreux facteurs cependant expliquent sa prolifération sur le continent.

Le mariage à l’africaine

En Afrique, l’union matrimoniale entre deux personnes n’implique pas uniquement les deux individus désirant passer ensemble le restant de leur vie. Elle engage également un ensemble de paramètres socio culturels. Se lier à un homme par les liens sacrés du mariage revient à devenir membre intégrante de sa famille. Les parents, les frères, sœurs, oncles tantes et cousins …de celui à qui on s’est uni deviennent les nôtres. Le mariage dans ce sens est un échange entre deux familles. Cette conception du mariage à l’africaine est différente de celle véhiculée dans les sociétés occidentales. C’est cette structure exceptionnelle de la famille à l’africaine qui a souvent fait du divorce, une option difficilement envisageable au sein des couples africains. La séparation avant d’être prononcée de manière légale, devait d’abord être approuvée par les familles des deux conjoints. Elle ne survenait ainsi qu’après moult tractations faite à l’issue de conseils familiaux pour éviter au couple la déchirure devant conduire à la rupture des liens que se sont fixés les deux familles.

Les femmes à l’origine de la plupart des cas de divorce

Le divorce en Afrique est motivé par plusieurs facteurs en relation avec l’évolution d’une société qui tend de plus en plus à copier ce qui se passe sous d’autres cieux. La séparation dans un couple en Afrique a longtemps été le panache de l’homme. Aux femmes étaient inculqué la notion du pardon et de l’endurance comme secret pour faire durer son mariage. La répudiation de la femme par l’homme considérée comme un déshonneur, survenait dans la majeure partie des cas lorsque cette dernière était qualifiée de stérile, accusée d’adultère, insoumise à l’autorité de l’homme ou incapable de maitre au monde un enfant mâle. Les infidélités de l’homme devaient être pardonnés et passé sous silence par la conjointe qui devait par tous les moyens protéger son couple.

La donne aujourd’hui a changé. Au Sénégal, dans une ville comme Dakar où un tiers des mariages finissent par un divorce, la rupture des liens matrimoniaux est dans 80% des cas une initiative envisagée par les femmes. De plus en plus émancipées, instruites et autonomes financièrement contrairement à leurs ainées, les femmes au XXIe siècle sont nombreuse à se séparer de la contrainte d’un mari lorsqu’elles ne trouvent plus satisfaction dans leur ménage. Pour bon nombre d’entre elles, divorcer permet de se réorganiser dans sa vie professionnelle, où se libérer du poids d’une belle famille devenue encombrante.

La famille, un socle qui pérennisait les mariages

Parce que la plupart des unions en Afrique faisaient l’objet d’un arrangement familial, il était difficile d’envisager la séparation sans se référer à ce socle de la vie sociale. Si la famille avait son mot à dire en cas de brouille dans le couple, c’est parce qu’elle jouait un rôle essentiel dans le choix des conjoints. Que ce soit chez l’homme ou la femme, se faire accepter par sa belle-famille était un rituel incontournable pour que soit scellé de manière officielle l’union. A l’homme il était demandé de prouver qu’il est responsable et qu’il peut subvenir au besoin de sa compagne tandis qu’à la femme était conféré l’obligation de faire preuve de soumission envers son prétendant et ses proches. Après le passage obligatoire de la dote, le mariage traditionnel pouvait être célébré. Pour la femme, rompre les liens du mariage après être passé par la dote était perçu comme une trahison envers sa famille. Du côté de l’homme, il s’agissait d’une perte énorme. L’implication de la famille avant et après le mariage, très critiquée de nos jours par des individus qui choisissent de se mettre ensemble sans l’aval de tiers personnes est pourtant le ciment qui a permis à de nombreux couples en Afrique de ne pas voler en éclat.

Aujourd’hui avec l’évolution des mentalités et l’influence des cultures étrangères dans les mœurs africaines, le divorce n’est plus une affaire d’hommes. Ne se contentant plus du statu honteux de répudiée, les femmes dans un soucis d’indépendance et garantes de leurs biens être social, n’ont plus peur de demander le divorce lorsqu’elles en ressentent la nécessité. Le nombre élevé de couples séparés que l’on note dans les sociétés africaines est dans une mesure lié au fait que le mariage pour bon nombre de femmes n’est plus une affaire d’union de familles ou de considération sociale, mais un cadre dans lequel elles désirent trouver leur épanouissement.  Rompre ce lien lorsque les attentes ne sont pas au rendez-vous s’avère donc non négociable pour retrouver une certaine indépendance et se relancer dans la vie.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image : Google images/illustration

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