Association for Free Research and International Cooperation

Ingérence extérieure en Libye : l’UA dénonce et pose son veto

18.07.2019
Article de la rédaction AFRIC
L’une des difficultés majeures de la résolution de la crise libyenne provient des dissonances et du manque de cohésion de la communauté internationale à se déployer comme une seule idéologie dans le but de consolider et rétablir la paix. Véritable facteur de dispersion des efforts partiellement cumulés, cette dissonance, caractérisée par la volonté de préservation par les pays occidentaux de leurs positions stratégiques et intérêts dans le pays, amène chaque fois des dysfonctionnements criards dans la médiation qui doit être menée. Dans ce sillage, des interventions isolées de pays étrangers sont couramment dénoncées par l’union africaine. Déjà, pour répondre au président français Emmanuel Macron qui avait apporté son concours à une intervention isolée de la France en Libye lorsqu’il avait réuni à paris, en fin juillet 2017 le premier ministre libyen, Fayez al-Sarraj et son rival le maréchal Khalifa Haftar, Moussa Faki Mahamat, pour lui répondre, utilisait une formule peu connue en diplomatie. Le président de la commission de l’union africaine déclarait donc, en ouverture d’une réunion du comité de l’UA sur la libye, le samedi 9 septembre 2017 que : « rien n’est plus nuisible à nos efforts de solution de la crise libyenne que la contrariété des agendas et des approches des intervenants ».

Avec l’évolution de la situation et la détérioration continue de la situation en Libye, il était important que toutes les composantes de l’UA prennent leurs responsabilités. Pour ce faire, la plus haute instance du continent en matière de paix sur le continent s’est réunie à Niamey le vendredi 03 mai 2019. Au cours de cette réunion du conseil de paix et de sécurité de l’UA, présidée par le Togo, Smaïl Cherguil, le commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA faisait déjà état, dans son allocution, d’une ingérence extérieure toxique sans précédent de la communauté internationale en Libye.

Cette session s’était déroulée en présence d’autres personnes en plus du commissaire à la paix et à la sécurité comme Robert Dussey, le ministre des affaires étrangères, de Moussa Faki Mahamat, le président de la commission de l’UA. Au cours de cette réunion, il était question pour l’UA de dénoncer fermement la position égoïste des occidentaux sur la question qui eux, préfèrent consolider leurs avoirs au moyen d’un financement, par les armes dans le pays, plutôt que d’apporter un concours efficace conjoint à la résorption de la guerre.

La dénonciation des intérêts privés et égoïstes

Le principe est simple et il est connu de tous. Et, toutes les bonnes formules, même celles de courtoisie ne peuvent rien y changer. Entre les pays, il n’existe pas d’amitié, seuls les intérêts comptent. Ce qui corrobore la position de l’UA qui, bien avant, avait émise une préoccupation visible à ce sujet au sein du sommet du comité de haut niveau de l’union africaine. Dans les conclusions de ce sommet, le comité avait exprimé sa profonde préoccupation face aux intérêts privés et égoïstes des pays de la communauté internationale qui préfèrent consolider leurs acquis plutôt que de participer activement et, de manière groupée au rétablissement de la paix. Pour ce comité, les ingérences extérieures persistantes dans les affaires intérieures de la Libye sont motivées en majeur partie par des intérêts égoïstes, qui continuent de compromettre les efforts déployés pour asseoir un cessez-le-feu permanent et inconditionnel. Il continue en décrivant cet état de chose comme la condition indispensable au dialogue et à une solution inclusive libyo-libyenne.

La situation est encore beaucoup plus compliquée par le fait que la libye est devenue essentiellement un champ de bataille par procuration entre certains acteurs extérieures qui défendent leurs intérêts nationaux par le biais de mandataires locaux. Ces mandataires locaux constituent des factions militaires présentent sur le terrain qui aliment la guerre et font prospérer le commerce des armes. C’est même la raison pour laquelle la violation de l’embargo sur les armes est constamment relevée en Libye.

La violation de l’embargo sur les armes imposé par l’ONU

Malgré l’embargo sur les armes imposé par l’ONU, il faut relever que les actes extérieurs ont contribué à inonder la Libye d’armes, créant un environnement propice au développement de l’activité des groupes terroristes. Ces interférences aggravent la situation déjà instable sur le terrain. L’émissaire de l’ONU a insisté sur le respect de l’embargo sur les armes, relevant que les armes continuent d’affluer vers les deux pouvoirs rivaux de l’est et de l’ouest. Pour Ghassam  Salamé, l’émissaire de l’ONU en Libye, sans un mécanisme d’application robuste, l’embargo sur les armes imposé à la libye sera une blague cynique. Ces violations sur l’embargo sont l’œuvre de plusieurs intervenants extérieurs. Les Émirates arabes unies, l’Arabie Saoudite et l’Égypte qui soutiennent le chef de l’armée nationale libyenne lui livrent ainsi constamment des armes pour que ce dernier puisse tenir ses positions. Les  miliciens affiliés au gouvernement d’union nationale eux, ont par exemple reçu, le 18 mai 2017 une trentaine de véhicules blindés de la Turquie pour contrer l’offensive du général Haftar sur Tripoli.

Proposition de nomination d’un envoyé spécial ONU/UA

L’ingérence de la communauté internationale dans les affaires de l’Afrique a toujours été une réalité. Outre le fait que les occidentaux transgressent chaque fois les règles d’autonomie et de souveraineté des pays du continent, cette situation a également, de tout temps été entretenue par le manque d’implication réelle de l’UA dans la résolution des crises qui ont traversé l’Afrique. Jusqu’à récemment encore, l’UA était toujours en rang dispersé, incapable de constituer un seul bloc, avec des prises d’initiatives fortes et ainsi s’affirmer comme une entité efficace dans le règlement des crises observées dans certains pays du continent.

Avec le précédent libyen déjà en 2011, où la communauté internationale avait ignoré la voix de l’Afrique, pour favoriser une intervention militaire, les conséquences avaient été désastreuses et se vivent encore aujourd’hui. Dorénavant, l’UA sait que sa voix doit compter pour que la résolution des crises du continent soit faite dans l’intérêt des populations du continent. Comme avec les propositions de résolution de cette crise où, dans les conclusions du sommet de Niamey, l’UA a demandé la nomination d’un envoyé spécial ONU/UA afin d’avoir une vision commune de la situation sur le terrain. Cette initiative est faite en vue de renforcer la coordination des efforts des deux organisations, sur la base d’une feuille de route unique à élaborer par cet envoyé spécial conjoint, comme outil pour apporter un soutien unifié aux efforts de paix déployés par les libyens. Il aura aussi pour rôle d’épauler l’émissaire de l’ONU déjà désigné pour la Libye, Ghassam Salamé.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image : Google images/illustration

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