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CAN 2019 : Djamel Belmadi, Aliou Cisse ou le triomphe des coachs locaux

17.07.2019
Article de la rédaction AFRIC
La coupe d’Afrique des nations a longtemps été le terrain où venaient faire valoir leur expertise, les entraineurs étrangers en mal de notoriété chez eux. La CAN se présentait alors pour ces derniers comme est une vitrine leur offrant l’opportunité de se faire un nom sur la scène internationale et surtout des contrats juteux. Cette édition organisée en Egypte, outre le nombre d’équipes qui y prennent part (24) est aussi une grande première pour le nombre d’entraineurs africains affectés à la tête des sélections nationales. Au total ils sont onze. Un nombre largement supérieur comparé aux deux dernières éditions (03 sur 16 équipes en 2015 et 04 sur 16 en 2017).

Derrière les qualifications de l’Algérie et du Sénégal en finale de cette coupe d’Afrique des nations, on retrouve deux hommes. S’ils ont en commun un passé de footballeur ayant évolué sous les couleurs de leurs équipes nationales respectives, Djamel Belmadi et Aliou Cissé dont les destins sont désormais liés, vont permettre au continent tout entier de vivre une finale de la CAN inédite, opposant deux équipes dont les rennes sont tenus par des entraineurs locaux. Cette qualification en finale du Sénégal et de la Tunisie qui ont écarté sur leur chemin des grandes nations de football tenues par des entraineurs de renom, est ainsi la preuve irréfutable que l’Afrique peut désormais compter sur l’expertise de ses hommes. Elle qui longtemps a connu sur ses terres le règne sans merci des sorciers blancs.

Djamel Belmadi, du Qatar à l’Algérie

L’Algérie pour se qualifier en finale de la Coupe d’Afrique des nations, n’a pas marcher sur du velours. Après un excellent premier tour qui lui a permis de terminer première du groupe C, il a fallu se débarrasser des Eléphants de Coté d’Ivoire en huitième de finale puis des Super Eagles du Nigeria en quart. Au lendemain de la rencontre qui a mis fin dimanche dernier aux ambitions des nigérians, les gros titres étaient pour les Fennecs et leur emblématique attaquant Riyad Mehrez auteur d’un coup franc majestueusement tiré à la dernière minute de jeu, mais aussi pour l’entraineur Djamel Belmadi considéré comme l’artisan du parcours impressionnant de cette équipe depuis le début de la compétition.

Ancien milieu de terrain ayant évolué dans les rangs des verts (2000 – 2004), Djamel Belmadi refait son come-back au sein de cette sélection en tant qu’entraineur. Sous contrat avec les Fennecs depuis Aout 2018, l’ancien joueur de Marseille et Valencienne est un véritable porte bonheur pour cette équipe algérienne avec laquelle tout lui réussit, du moins presque. Avec lui les Fennecs qui avaient sombré après leur brillant passage au mondial 2014 au Brésil, ont retrouvé un souffle nouveau. Formé au PSG, l’entraineur qui a connu du succès au Qatar avec le club Lekhwiya et la sélection nationale qatarienne avec laquelle il a remporté une coupe du Golfe, et le titre de champion d’Asie, est en passe de conduire l’Algérie sur le toit de l’Afrique. Mais avant il faudra passer sur le Sénégal, une équipe qui veut rectifier le tir après la finale perdue en 2002 face au Cameroun.

Aliou Cissé, une histoire de fierté

Il connait bien l’équipe du Sénégal pour y avoir été joueur de 2000 à 2005. Du haut de ses 43 ans, l’ancien capitaine des Lions de la Teranga aura l’occasion de corriger l’affront essuyé en 2002 face aux Lions Indomptables du Cameroun. La seule finale jusqu’ici disputé par le Sénégal, mais remporté par l’équipe camerounaise. L’ancien joueur du PSG, quart finaliste de la coupe du monde de 2002 a l’expérience du haut niveau.

Cependant avec l’équipe nationale du Sénégal, c’est avant tout une affaire de cœur, de fierté nationale.  Celui qui a toujours milité pour une meilleure considération du coach local en Afrique s’est vu confier le destin des Lions de la Teranga en 2015, après le départ du technicien français Alain Giresse. Il a relevé un défi majeur le 14 Juillet en privant la Tunisie entrainé par son prédécesseur d’une place en finale. Cette victoire du Sénégal pour de nombreux africains est empreinte de leçons pour les dirigeants du football continental qui accordent plus de crédits aux techniciens étrangers même lorsque ces derniers ont une expérience peut fournie sur la scène internationale. Si certaines indiscrétions font du mexicain Javier Aguirre, des néerlandais Clarence Seedorf, Patrick Kluvert et du français Herve Renard, les entraineurs les mieux payés de la compétition, le bas de l’échelle dans cette catégorie serait occupé par le burundais Olivier Niyungeko. Avec ses 450 euros, il est clair que le fossé entre lui et Javier Aguirre (108 000 euros) est impressionnant. Grace à l’ascension fulgurante des Lions de la Teranga sous la houlette d’Aliou Cissé, de nombreux africains sont désormais d’avis qu’avec une meilleure considération salariale, de la confiance et de bonnes conditions de travail, les entraineurs africains sont à mesure de produire sur le terrain de bons résultats tout comme leurs confrères occidentaux et même mieux.

En créant le CHAN (championnat africain des nations) pour donner de la visibilité aux joueurs africains évoluant sur le continent, la confédération africaine de football, voulait corriger ce qui était considéré par bon nombre d’africains comme une injustice envers les joueurs locaux lésés par les sélectionneurs nationaux. Face à l’invasion des sorciers blancs sur le continent noir, le débat sur la place du coach local peut reprendre de plus belle avec l’affiche finale du 19 Juillet. Car Djamel Belmadi et Aliou Cissé tous deux la quarantaine atteins et ancien joueurs ayant défendu les couleurs de leurs nations respectives en tant que joueurs contribuent d’une manière ou d’une autre à redorer l’image de l’entraineur local. Ils redonnent aussi espoir à tous les anciens internationaux africains qui après une carrière bien remplie chérissent le rêve d’entamer une carrière d’entraineur dans leur pays.

Au soir du 19 Juillet au Caire, il n’y aura qu’un seul vainqueur. Si le nom de l’heureux gagnant reste encore un mystère, une chose est sure, un nouvel entraineur africain fera son entré dans le cercle très fermé des coachs locaux ayant remporté la prestigieuse coupe d’Afrique des nations et dans lequel on retrouve des noms tels que Stephen Keshi (2013), Mahmoud El Gohary ( 1988) et Hassan Shehata ( 2006 , 2008 , 2010).

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image : Google images/illustration

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