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L’ISWAP, faction terroriste, protection des populations contre paiement de taxes

14.07.2019
Article de la rédaction AFRIC
Province d’Afrique de l’Ouest de l’État Islamique, plus connu sous l’acronyme anglais de Islamic State’s West Africa Province, l’ISWAP, dissidente de Boko Haram, apparait aujourd’hui comme la faction terroriste la plus dangereuse dans le bassin du lac Tchad. Privilégiant comme bastion les rives du lac Tchad, plus au nord, jusqu’au Niger où elle a étendu ses activités, l’ISWAP est l’émanation d’un terrorisme moins radical, dont la lutte est exclusivement dirigée contre les institutions étatiques.

Né en 2016 de la scission, après avoir prêté allégeance à l’organisation de l’État Islamique, l’organisation a très vite été acceptée par les populations réfugiées dans le bassin du lac Tchad. Car, contrairement à la faction menée par Abubakar Shekau dont la personnalité est jugée trop tyrannique avec des méthodes brutales à l’égard des civils musulmans, l’ISWAP lui veut surfer sur les préceptes de Mohamed Yusuf, fondateur historique de la secte.

Dans une région où le PIB par habitant est extrêmement faible et où la corruption règne en grand maître avec la complicité des forces de l’ordre, les populations du bassin du lac Tchad, surtout celles du nord-est du Nigéria se sont rapidement retrouvées abandonnées par l’État.  Fuyant la guerre terroriste imposée par Boko Haram, la majeure partie de la population du nord, à majorité musulmane, vit sous un seuil de pauvreté inquiétant.  Avec des chiffres record où 98% des enfants de moins de quinze mois ne sont pas vaccinés, 83% des jeunes sont illettrés et 48,5% des enfants sont non scolarisés, la charia a très vite été instaurée dans cette partie du pays. Surfant sur les faiblesses de l’administration gouvernante, les fondateurs de l’ISWAP ont très vite procédé au rejet de la modernité et la démocratie venues de l’occident qu’ils assimilent à leur principal mal, à savoir la corruption. Promettant même à la population une lutte exclusive contre les institutions et une protection à elle accordée contre le paiement de taxes. Dans un contexte de pauvreté et d’abus aussi remarquable, il lui a alors seulement fallu construire une mosquée et une école pour s’attirer la sympathie les jeunes des quartiers pauvres, des étudiants et même des fonctionnaires. À partir de ce moment, son expansion était devenue presque incontrôlable et sa domination dans le bassin du lac Tchad une évidence comme la confié à l’AFP un milicien engagé avec l’armée dans la lutte contre le groupe djihadiste.

La force de l’ISWAP, son idéologie de pratique d’un terrorisme ciblé et réservé

Avec son nouveau leader, Abou Mosad Al Barnaoui, adoubé en août 2016 par le groupe de l’État Islamique en Afrique de l’Ouest, l’ISWAP a changé de stratégie. Contrairement à la faction historique de Boko Haram dirigé par Abubakar Shekau qui utilisait les enfants et les femmes kamikazes pour mener ses batailles contre les civils et les chrétiens, cette nouvelle faction elle, cherche plutôt à s’attirer le soutien de populations locales. Pour cette raison, ses combats sont uniquement menés contre des bases militaires et tout ce qu’elle considère comme les symboles d’oppression ou de répression gouvernementaux. À Gajiram par exemple où au moins 15 soldats avaient été tués, les djihadistes avaient pilés les stocks de nourriture, mais ils n’avaient blessé aucun civil et n’avaient fait aucune tentative pour attaquer les gens qui s’étaient réfugiés dans la brousse où chez eux, a confirmé à l’AFP un habitant, Mele Butari.

La face cachée de l’ISWAP, son élan de mouvement social

Comment comprendre que dans un contexte de crise, de guerre, une faction terroriste soit celle qui garantisse le mieux un bien-être social aux populations ? Cette idée complètement inacceptable est pourtant quelque peu vraie sur le terrain. Certains civils en viennent même à penser que, malgré tous ses manquements et ses abominations, l’ISWAP est celui qui peut leur garantir une vie plus épanouie.

Le constat est alarmant lorsque l’on compare les conditions de vie dans les camps tenus par l’armée et dans ceux sous le contrôle de l’SWAP. Alors que dans les camps tenus par l’armée, les civils sont reclus et condamnés à une attente indéterminée de l’aide humanitaire pour pouvoir survivre, dans ceux tenus par l’ISWAP en revanche, dans les villes du nord-est du Nigéria surtout, un semblant de vie normale y règne. L’ISWAP réussi peu à peu à transformer ses faiblesses en force. Face par exemple à l’impuissance de l’armée nigériane qui avait imposé dans certaines zones la fermeture des marchés et la suppression des circuits de financement de peur de ne pouvoir contrôler tous les aléas de la guerre, l’ISWAP a restructuré le commerce des produits de la pêche et de l’agriculture qui sont les principales sources de revenus dans la région. Ce qui amène dès lors les populations à penser que cette forme de terrorisme peut être encouragée, car sur le court terme, elle est favorable à leur survie et leur épanouissement face à la famine qui tue énormément dans cette partie.

 

La controverse, acceptation par les populations civiles d’un terrorisme jugé « bon »

En comblant les lacunes en termes de gouvernance et de services, l’ISWAP a réussi à susciter un certain soutien des populations locales. Pouvait-on ainsi lire dans un rapport du centre d’analyse International Crisis Group (ICG) publié en mai 2019. Cette phrase sonne comme l’acceptation par la population d’une forme de terrorisme qu’elle juge dorénavant bon pour elle puisqu’elle cohabite avec les terroristes et lui apporte presque son soutien. Dans la mesure où celle-ci est possible, il faut se poser la question de savoir : comment en est-on arrivé à ce point ? Depuis quand le terrorisme, qui a toujours revêtu une connotation péjorative dans toutes ses acceptions pouvait désormais être accepté par une population ? Les gouvernements ont-ils complètement échoué dans leurs missions régaliennes de protection au point où leur principal allié est devenu aujourd’hui une source peu fiable dans le renseignement ? À toutes ces questions il faut répondre par la positive même s’il faut la relativiser plus tard sous un certain angle.

Une telle acceptation de la notion de terrorisme « bon » de la part des populations est née de l’apanage des accomplissements de l’ISWAP. Un groupe à la base terroriste qui creuse des puits, surveille les vols de bétail, fournit un minimum de soins de santé ne pouvait qu’attirer la sympathie de la population dans un contexte de pauvreté extrême et de raquette de la part des forces de l’ordre. Face à tout ceci, le constat tout de même amer et regrettable soit-il est qu’une telle idéologie ait pu prospérer.

La contrepartie obligatoire, le paiement forcé des taxes

Dans son rapport initial, l’ICG fait mention de ce que, dans les communautés qu’il contrôle, l’ISWAP impose généralement des taxes énormes aux populations civiles qui sont acceptées soit par peur, soit par contrainte. Dans un tel contexte, la répression contre ceux qui refusent de payer est très souvent sanglante. Ne disposant pas de prisons, les exécutions publiques par les djihadistes sont alors fréquemment pratiquées à l’encontre des réfractaires en vue de contraindre toutes velléités insurrectionnelles contre l’autorité de la secte.

La contrepartie doit être énorme pour la population quand on sait qu’avant l’aboutissement de son autofinancement, la secte ne vivait que d’un financement d’environ 500.000 dollars par mois. Avec les taxes qu’elle prélève dorénavant sur la production de riz, du poivre et du poisson séché, les sommes avoisinent un montant de 2 à 3 millions de dollars. Dans un tel contexte, il est clair qu’il n’existe dans ces régions aucune notion de droits de l’homme. Tout terrorisme étant égal à un autre, car nocif et asservissant pour les populations à la longue, il serait impérieux que les gouvernements travaillent sous cet angle en vue de rétablir l’équilibre et s’ériger à nouveau comme la seule alternative au bien-être et à l’épanouissement complet des populations.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image/google images

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