Association for Free Research and International Cooperation

Sommet extraordinaire de l’UA à Niamey : l’opérationnalisation de la ZLEC

11.07.2019
Article de la rédaction AFRIC
« L’entrée en vigueur de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLEC) est l’évènement le plus important dans la vie du continent africain ». C’est dans ce propos introductif salutaire que Mahamadou Issoufou, président du Niger, lors de son discours inaugural désignait le lancement de la phase opérationnelle du marché commun africain. C’était au cours du 12ème sommet extraordinaire de l’Union Africaine (UA) qui a eu lieu à Niamey au Niger les 7 et 8 juillet dernier. Ce projet, réel commente de la volonté des pairs du continent de mettre sur pied un modèle continental axé sur l’unité et la libre circulation qui avait pris forme durant l’année 2012. Et, après d’âpres discussions longuement menées, les négociations ont finalement abouti à un projet d’accord adopté et ouvert à la signature le 21 mars 2018 à Kigali au Rwanda. L’accord avait alors enregistré à sa naissance 44 signatures, et l’année d’après il était passé à 52. Par la suite, le seuil de ratification de 22 pays qui avait été fixé pour permettre son entrée en vigueur n’aura pas longuement résisté, puisqu’il sera atteint à la fin du mois de mai de la même année.

Le besoin de réalisation d’une zone économique autonome et favorable au renforcement du commerce intra africain a toujours été l’objectif premier des fondateurs de la ZLEC. L’amélioration de la position de l’Afrique en matière de négociation et sa compétitivité sur la scène internationale étaient devenues une nécessité face au protectionnisme montant et aux guerres commerciales qui sévissent dans le monde. C’est donc pour favoriser tout ceci que l’Union Africaine a finalement décidé pour la première fois, d’un plan à l’échelle continental. Ce plan viserait la création d’un marché commun unique des biens et services favorisant la libre circulation des entreprises et des investissements et aussi la création d’une union douanière charger de réguler les tarifs. Après toutes les démarches entreprises et toutes les négociations opérées, la ZLEC devenait alors, le 30 mai 2019, le plus grand espace d’échange commercial dans le monde. Il ne manquait plus qu’à célébrer l’adhésion des pays réfractaires parmi lesquels figuraient la plus grande économie du continent, le lancement de ses instruments opérationnels et le dévoilement de la plaque ZLEC.

L’adhésion des pays réfractaires

Les bases avaient déjà été jetées depuis fort longtemps au sein de l’union africaine pour la réalisation d’un outil d’intégration par excellence de nature à favoriser l’entreprenariat, l’emploi de la jeunesse et l’émancipation des femmes. Il fallait alors imaginer une zone commerciale sans tarifs commerciaux, sans frontières fermées, où les biens, les services et les personnes circulent librement. Tout ceci en permettant la multiplication des échanges intra régionaux, jusque-là jugés très faible et aussi permettre au continent d’accélérer son développement. Avec une taille de marché estimée à 1,2 milliard de personnes et un PIB d’environ 3 milliards de dollars, il était désormais temps, selon l’union africaine que, les dividendes démographiques du continent jouent en sa faveur. Nonobstant tous les accomplissements et la signature de nombreux pays de la sous-région, l’implémentation de la ZLEC n’avait pas encore atteint sa pleine efficacité puisque l’on enregistrait encore malgré tous ses avantages, des pays réfractaires à sa signature.

Avec une population d’environ 190 millions de personnes et un PIB estimé à plus de 600 millions de dollars, le Nigéria était jusque-là le grand absent de ce projet. Disposant de la plus grande économie de la sous-région, le Nigéria, pour son poids économique et démographique, qui lui a valu le surnom de « Géant d’Afrique », était indispensable pour un meilleur accomplissement de la ZLEC. Et pour parler comme avec le président du pays champion de la ZLEC, « un accord de libre-échange continental sans le Nigéria aurait eu un goût d’inachevé ». C’est pour cette raison que le ministre égyptien des affaires étrangères, Sameh Shoukry, a déclaré, avec l’annonce de la signature du Nigéria le mardi 2 juillet 2019 que ce pacte était désormais « un projet pionnier à l’échelle du continent et un pas majeur sur la voie de l’intégration économique ». La signature et ratification du Nigéria aux premières heures de l’ouverture des travaux, le dimanche 8 juillet a toutefois été accompagnée par celle non négligeable du Bénin. Ces deux signatures faisaient ainsi passées à 54 pays le nombre de signataires et à 27 le nombre de pays ratificateurs parmi les 55 que compte le continent. La seule ombre au tableau à l’heure actuelle étant l’Erythrée qui n’a pas encore signé le traité.

Lancement des instruments opérationnels

La définition d’une feuille de route de promotion d’un plus large échange entre les pays africains abolissant les barrières douanières devait obéir au maintien d’une cadence. Le maintien de cette cadence étant obligatoirement tributaire de la mise sur pied d’un nombre conséquent d’instruments opérationnels. Ces instruments opérationnels, au nombre de cinq, ont alors été consacrés par les différentes commissions ; celle chargée du commerce et celle de l’union africaine pour le suivi de l’implémentation du projet. Une estimation de l’UA avance que sa mise en œuvre et le respect de ces instruments permettront d’augmenter de près de 60% le commerce intra-africain d’ici à 2022, ce qui n’est pas une donnée négligeable.

Le travail remarquable des ministres et experts qui composent les commissions a donc permis le lancement de ces cinq instruments opérationnels. Ce qui suppose que dès son lancement la ZLEC sera soutenue par :

  • des règles d’origine bien définies ;
  • des listes de concessions tarifaires dans le commerce des biens ;
  • d’un mécanisme en ligne de surveillance et d’élimination des barrières non tarifaires continentaux ;
  • d’une plate-forme panafricaine de paiement et des règlements numériques ;
  • d’une application web et mobile pour les entreprises ainsi que d’un portail de l’Observatoire africain du commerce.

 

Le dévoilement de la plaque ZLEC

L’opérationnalisation de la zone de libre-échange continentale au cours du sommet extraordinaire de Niamey a permis à travers le dévoilement de la plaque ZLEC de faire des prévisions sur l’attractivité du marché. D’ici 2020 et plus précisément le premier juillet, le marché commun africain devrait être actif. Cette date a été entérinée en prenant en compte les recommandations du commissaire du commerce et de l’industrie de l’UA et des différents ministres du commerce des pays signataires qui, l’ont tous accepté. Une journée de l’intégration africaine a également été arrêtée et elle sera célébrée le 7 juillet de chaque année pour commémorer le lancement officiel du projet. Le dévoilement de la plaque ZLEC a également permis de choisir le futur siège de l’institution. Et parmi tous les pays qui étaient en course, c’est finalement le Ghana et sa capitale Accra qui ont remporté la palme après les désistements de l’Éthiopie et du Sénégal.

La mise sur pied de la ZLEC n’est pas un projet isolé, c’est un projet parmi tant d’autres de l’agenda 2063 qui compte beaucoup d’autres projets phares. À la fin du sommet, des discussions sur le deuxième axe de négociation qui portent sur les investissements, la concurrence et sur la propriété intellectuelle ont également été ouvertes. Une date butoir à cet effet a été arrêtée pour qu’elles se terminent, celle de décembre 2020.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit :google image/illustration

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