Association for Free Research and International Cooperation

Passé et présent des entreprises coloniales : Le Groupe Forrest International

11.07.2019
Article de la rédaction AFRIC
Avec l'indépendance, la majorité de la population blanche vivant en Afrique est retournée vers leur patrie d’origine, généralement vers les pays européens. Laissant comme héritage de l'ère coloniale la position privilégiée des Blancs restés dans certains domaines de l'économie et des affaires sur le continent. Les entreprises familiales européennes, fondées en Afrique bien avant l’effondrement du système colonial et capable de s’adapter aux nouvelles conditions actuelles, constituent un véritable phénomène qui nécessite notre attention.

La proximité du pouvoir

George Forrest est né à Lubumbashi en 1940, surnommée le «gouverneur du Katanga» il reste un personnage particulièrement emblématique et très entreprenant. Il a construit un empire dans le secteur minier. Forrest a créé une entreprise de grande importance en RDC. Le groupe Forrest International regroupe des mines, du génie civil, des cimenteries et une banque.

Les parents de Forrest sont enterrés au Katanga (province du sud de la RDC). Quant à ses trois fils – Malte, George et Mike, après avoir étudié en Belgique et aux États-Unis, ils travaillent avec lui, vivent à Lubumbashi et parlent couramment le swahili. De son propre aveu, ni Forrest ni ses fils n’avaient jamais pensé à quitter ce pays qu’ils considèrent comme leur patrie.

Pour assurer le succès à long terme de son entreprise, l’entreprise familiale Forrest a noué des liens étroits avec les autorités congolaises.  Aussi surnommer le «vicaire du Katanga», George Forrest était proche du président Zaïre, Mobutu Sese Seko après tout, c’est à son groupe qu’il a commandé la construction de la piste d’aéroport de Luano et de la base militaire de Kamina (Katanga), puis l’exploitation de la mine de cuivre de Kasombo. La proximité de Mobutu n’a pas empêché Forrest de se remettre rapidement de la crise politique de 1997, Il fut même l’un des premiers à saluer Laurent-Désiré Kabila (père de Joseph, président du Congo RDC jusqu’en janvier 2019) lorsqu’il rejoignit Lubumbashi. Cependant, le groupe Forrest International ne jouit plus de la même confiance aujourd’hui en RDC et n’a pas été épargné par la révision des contrats d’extraction de ressources minérales.

Histoire du groupe Forrest International

Malta Forrest a ouvert la société de transports : EGMF (ENTREPRISE GÉNÉRALE MALTA FORREST) en 1922 dans la province du Katanga, dans le sud du Congo belge. À partir de 1933, la société commença à extraire de l’or, du cuivre et du manganèse dans les mines de Kolwezi, Musonoy et Kasekeles. En 1951, la société entreprit des travaux d’extraction et de construction pour ouvrir la mine de manganèse de Kisenge.

Au début des années 50, l’entreprise s’étend aux travaux publics et au génie civil, à la construction de routes, d’assainissement et à un aéroport pour la ville minière de Kolwezi.
En 1968, la société acquit le statut de responsabilité limitée. Elle a ensuite participé à plusieurs grands projets publics financés par des organisations internationales, telles que la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. Malte Forrest  décède en 1974 et ses directeurs Victor Eskenazi-Forrest et George Arthur Forrest  fils du fondateur reprendront les rênes de l’entreprise familiale. En 1986, après la mort de Victor Eckenazi Forrest, George Arthur Forrest a pris le contrôle intégral de la société.

La société a signé par la suite un important contrat avec le gouvernement pour la restauration du réseau routier de Lubumbashi, Likasi, Kolwezi et Kalemie, et en  1990, EGMF s’est engagé dans la production de gaz à grande échelle pour la société minière contrôlée par l’État Gécamines.

En 1991, le pays, qui s’appelle maintenant le Zaïre, a connu des troubles politiques et est tombé dans une récession prolongée. En mai 1995, EGMF  participe au financement pour le  développement du gisement Kasombo par la Gécamines pour le cobalt, en travaillant en tant que partenaire pour le compte du secteur privé pour une société ouverte, la même année, George Forrest crée le groupe Forrest International.


Le groupe Forrest regroupe aujourd’hui les sociétés Malta Forrest, George Forrest International SA et bien d’autres, qui exercent des activités dans divers secteurs, dont l’énergie éolienne, l’énergie hydraulique, les mines et la métallurgie, la production de ciment, les travaux publics, le génie civil, l’alimentaire, industrie, aviation et la production de munitions.

Positionnement

Le groupe Forrest International rapporte sur son site Internet: « Héritant de la tradition de 90 ans d’activité continue en Afrique centrale, le groupe maintient sa structure familiale depuis sa création en 1922, alliant la stabilité de son actionnariat à l’expérience et à un enthousiasme unique dans la région », le groupe Forrest International (GFI) emploie près de 10 000 personnes en Afrique. En République démocratique du Congo, le lieu d’établissement de la société la GFI n’est pas seulement le plus grand investisseur et employeur privé, mais également l’une des rares entreprises qui n’exerce aucune activité de déstabilisation.

GFI accorde une attention particulière à l’environnement, notamment en finançant des initiatives constructives dans le domaine de l’environnement, y compris la conservation de la flore et de la faune congolaises. En outre, l’ensemble de l’activité de production l’entreprise est conçue et pensée dans le but de limiter au maximum leur impact environnemental.
En 2009, Forrest, conjointement avec Brussels Airlines et des investisseurs locaux, a investi dans Korongo Airlines pour des vols entre Lubumbashi et Kinshasa.

En conclusion la GFI est un excellent exemple de réussite d’une entreprise familiale, sans aucun doute, elle doit beaucoup au passé colonial de l’Afrique. Cependant, la société est fondamentalement différente des sociétés transnationales internationales (STN) présentes en Afrique, car ces STN recherchent des gains à court terme, et essaies le plus souvent de tirées parties de l’instabilité politique et à l’imperfection de la législation dans les pays africains. GFI n’a pas l’intention de quitter l’Afrique et investit l’essentiel de ses bénéfices en RDC.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit :google image/illustration

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