Association for Free Research and International Cooperation

Mauvaise gouvernance en Afrique : bataille entre les théories du leadership et du followership

06.07.2019
Article de la rédaction AFRIC
La mauvaise gouvernance par essence est un fléau qui touche le fonctionnement de l’appareil étatique dans sa double dimension économique et politique. En Afrique, celle-ci apparait sensiblement comme la panacée de tous les problèmes de la société. Au niveau économique, ses manifestations sont criardes lorsque l’on observe les phénomènes comme la non utilisation des impôts et taxes dans des projets de développement devant bénéficier à tous ou encore le mauvais investissement dans les secteurs visant la satisfaction des besoins fondamentaux des populations pauvres. Au plan politique par contre, on observe des errements comme le manque de garantie pour la liberté d’expression ou encore le manque de création des conditions d’une bonne alternance garantissant le respect du libre jeu démocratique.

Pour justifier ce fléau de la mal gouvernance en Afrique, deux théories ont souvent tendances à s’affronter chacune rejetant la faute à l’autre. Pour la première à savoir la théorie du leadership, ceux qui la soutiennent avancent les arguments selon lesquels c’est le leader, c’est-à-dire le chef de l’État, dans la majeure partie des cas, qui doit être pointé comme principal responsable du fléau. Ceux-ci entendent la théorie du leadership comme la capacité d’un individu à influencer, à motiver et à rendre les autres capables de contribuer à l’efficacité et au succès de la nation. Les autres par contre, imputent la mal gouvernance plutôt aux suiveurs en mettant en avant la théorie du followership. Pour ceux qui la soutiennent, ce sont les followers, c’est-à-dire ceux qui accompagnent le chef de l’État dans ses missions qui doivent être responsables de la mauvaise implémentation des politiques de développement, pourtant en général bien définies en amont par le président. Certains penseurs de cette théorie pointent aussi le peuple lui-même comme faisant partie des responsables même indirects de la mauvaise gouvernance, car ils jugent le peuple africain trop passif, ne contrôlant pas le mandat qu’il a remis au chef de l’État, d’exercer le pouvoir en son nom.

La responsabilité imputée à la théorie du leadership

Dans la majeure partie des États africains, le chef de l’état est celui qui incarne au mieux les institutions. Les pleins pouvoirs lui sont généralement confiés au point où on assiste dans certains pays du continent à une mise sur pied d’un phénomène de gouvernance fondé en majeure partie sur le décret ou encore caractérisé par une absence totale du leader.

 

  • La faiblesse du modèle de gouvernance fondé sur le décret

L’une des plus grandes difficultés que l’on rencontre sur le continent et qui contribue grandement à la mauvaise gouvernance est le fait que les chefs d’État se contentent de gouverner la société par décret. Ce modèle de gouvernance réactionnaire est calqué la plus part du temps sur une analyse très réduite des problématiques de la société. Elle ne tient pas compte des besoins réels de la population et se contente de proposer des solutions partiellement palliatives aux problèmes qui surviennent sur le champ, au lieu de partir chercher en aval des solutions pragmatiques pour une meilleure prise en considération des désidératas de la société. Dans ce processus, le dirigeant prend alors des mesures politiques qui ne cadrent pas avec la réalité profonde des populations. Il s’agit par exemple des programmes d’action qui ne promeuvent pas un transfert réel des compétences et des ressources aux collectivités territoriales.

 

  • Le modèle de gouvernance par absence totale du leader

Le leadership au sein d’une administration implique généralement trois facteurs clés que doit revêtir le leader. Il doit être un homme présent, il doit influencer et exercer pleinement le pouvoir et enfin il doit atteindre les objectifs par lui-même fixés lorsqu’il sollicitait l’assentiment de la population à son projet de société. Seulement, pour les théoriciens de la responsabilité du leadership et en accord avec eux, on constate que bien trop de présidents brillent par leur absence une fois qu’ils ont reçu l’onction des populations. Même si ce phénomène est parfois indépendant de leur volonté comme on a pu le remarquer en Algérie avec le récemment déchu Abdelaziz Bouteflika ou encore actuellement au Gabon avec le président Ali Bongo, on constate néanmoins qu’une telle situation constitue avec force l’un des facteurs aggravants la mauvaise gouvernance dans le continent parce que celui qui est censé incarné l’autorité suprême est diminué physiquement.

La responsabilité incombant à la théorie du followership

La théorie du followership, pour ceux qui la conçoivent comme principal facteur de la mauvaise gouvernance en Afrique implique deux représentations. Celle des collaborateurs directs du leader qui doivent l’accompagner dans l’exercice de sa mission et celle du peuple lui aussi qui généralement après avoir donné le mandat au leader ne se comporte plus que comme un sujet passif de l’exercice du pouvoir.

  • La contribution péjorative des collaborateurs directs du leader

Il est indéniable de nos jours qu’une personne, fut-elle le plus brillant des leaders ne peut à elle seule diriger une nation. Tout leader a ainsi besoin de collaborateurs  followers ou suiveurs. Ils doivent aider à implémenter la politique établie par le leader et l’aider à atteindre les objectifs fixés. Dans le contexte africain, ceux-ci ressortent toutefois comme de grands vecteurs de la mauvaise gouvernance compte tenu de leur rôle obscur dans l’administration de la chose publique. Plusieurs d’entre eux se contentent par exemple de se remplir les poches au lieu d’exécuter avec éthique et conviction leurs missions. Cette situation est très triste quand on confronte la réalité d’un pays comme le Cameroun où des collaborateurs du président se retrouvent en prison en grand nombre après leur passage au sein de l’appareil d’État, tous ou presque accusés de détournement de deniers publics.

  • Le laxisme du peuple

Les praticiens du followership ne manquent pas de relever que le laxisme du peuple africain contribue à une échelle considérable à la mauvaise gouvernance observée à tous les niveaux sur le continent. Celui-ci ne joue à chaque fois qu’un rôle passif ; se contentant de contempler sans réaction aucune les faits de mauvaise gouvernance de l’appareil étatique. Même si dans certains pays du continent, on constate désormais un réveil et une implication dudit peuple dans la gestion de la chose publique, sa participation est encore insignifiante pour mener à bien, avec les autres entités le projet de bonne gouvernance dont rêve tout le continent.

Et si chacun jouait pleinement sa partition

Le constat est que les théories du leadership et du followership, au lieu de se combattre devraient plutôt s’allier car, une cohabitation entre elles est possible et  nécessaire pour parvenir à résorber le problème de mauvaise gouvernance qui gangrène le continent africain depuis des décennies.

Si les directives sont correctement impulsées au niveau du leadership et que le suivi de celles-ci est effectif au niveau des collaborateurs, avec un contrôle effectif du peuple, alors le problème de mauvaise gouvernance pourrait devenir un lointain souvenir sur le continent. Ce n’est donc pas un fait nouveau quand on sait que malgré toutes les difficultés, certains pays du continent ont quand même réussi à tirer leur épingle du jeu. Dans ces pays, le leadership a réussi à faire du followership un véritable complément de l’implémentation des politiques publiques.

Les leaders de ces pays ont ainsi pu obtenir, grâce à tous les efforts conjugués, le  prix convoité de la fondation Mo Ibrahim qui récompense, normalement chaque année la bonne gouvernance dans les pays africains. Ce prix qui existe depuis 2007 a ainsi vu récompenser les gouvernements du Mozambicain Joaquim Alberto Chissano, du Botswanais Festus Gontebanye Mogae, du Cap-Verdien Pedro de Verona Rodrigues Pires et du Namibien Hifikepunye Pohambo. Ces quatre dirigeants qu’elle a distingués n’étaient pas exceptionnels. Ils ont simplement bien accompli le devoir pour lequel ils avaient sollicité et obtenu la confiance de leurs concitoyens. Comme pour dire que rien n’est encore perdu et que nous sommes sur le bon chemin.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image/google images

To view full news and leave comments you must be logged in. Please join the community