Association for Free Research and International Cooperation

La recrudescence de la Famine dans le bassin du lac Tchad

05.07.2019
Article de la rédaction AFRIC
Personne ne devrait mourir de faim dans le monde parce qu’il est pauvre. Quand Nelson Mandela faisait cette assertion, il était loin d’imaginer que même au 21e siècle, la faim devait encore être inscrite dans la liste des fléaux à combattre pour affirmer la dignité humaine. Sauf que contrairement à lui, qui mettait en avant la pauvreté comme facteur de développement de la famine dans le monde, d’autres situations existent. Il en est ainsi des guerres et violences qui provoquent des déplacements massifs de populations.

Partout dans le monde encore aujourd’hui, la famine est présente. Que ce soit au Yémen, en Irak, en Syrie, au soudan du sud ou encore dans le bassin du lac Tchad, la famine continue de frapper. Pour ce dernier cas de figure, qui regroupe les parties de territoire des quatre pays que sont le Tchad, le Niger, le Nigeria et le Cameroun, ce sont les guerres internes ou encore le terrorisme avec la présence de la secte islamique Boko Haram en première ligne qui en sont la cause. Ces territoires ont en commun qu’ils se partagent tous le bassin du lac Tchad et qu’ils ont entre eux chacun au moins une frontière en commun avec un autre. La famine qui y sévi depuis quelques temps est devenue  tellement déshumanisante et grave que d’aucuns parlent même de la crise humanitaire la plus négligée au monde depuis 2016. C’est l’idée que partage Suzanna Tkalec, directrice humanitaire de Caritas, qui qualifie la crise alimentaire provoquée par Boko Haram dans le bassin du lac Tchad comme la pire de son genre.

Les chiffres avancés pour mettre en évidence la recrudescence de la famine dans le bassin du lac Tchad ne sont pas trompeurs à cet effet. Il faut tirer la sonnette d’alarme afin que des personnes prennent conscience de l’ampleur du danger qui frappe cette partie du continent depuis quelques temps. Selon les principales ONG d’aide qui opèrent dans le secteur, environ 8 millions de personnes sont menacées par la famine dans le bassin du lac Tchad. Le secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires humanitaires, Mark Lowcock, ajoute même qu’environ 1,8 million de personnes au Niger sont en situation d’insécurité alimentaire dont 800.000 enfants touchés par une malnutrition aiguë. Il poursuit en montrant que dans le nord-est du Nigéria, la situation est encore plus alarmante car environ 6,5 millions de personnes ont besoin d’une aide vitale  parmi lesquelles près de 5,2 millions de ces personnes souffrent d’une insécurité alimentaire grave et 450.000 enfants qui souffrent de malnutrition aiguë sévère.

Le rôle trouble de la nébuleuse Boko Haram

Le principal facteur cause de la famine dans le monde actuellement n’est rien d’autre que la guerre ou encore les conflits armés. Si elle ne résulte pas de ceux liés à une crise interne, elle peut s’apparenter à celles d’organisations terroristes qui causent chaque fois par leurs incursions et leurs attaques sur les populations, d’énormes déplacés internes et externes dans les pays. Dans les pays du bassin du lac Tchad, ce rôle trouble est l’œuvre de la secte islamique Boko Haram.

Né au Nigéria sous le prétexte de vouloir fonder un Khalifa, Boko Haram est devenu une réelle pandémie d’appui à l’expansion de la famine dans le bassin du lac Tchad. Au cours des douze derniers mois dans la zone par exemple, on a relevé une recrudescence de violences orchestrées contre les populations par le biais principalement d’attaques suicides. Celles-ci sont devenues beaucoup plus fréquentes dans le nord-est du Nigéria avec un recrutement forcé d’enfants kamikaze pour participer aux violences.

Avec tous ces déplacements des populations dans la zone du bassin du lac Tchad, le but de la nébuleuse Boko Haram est presque atteint, puisque son objectif à moyen terme est de plonger encore un peu plus les populations dans la famine et profiter par conséquent de cette situation de faiblesse pour recruter des personnes affamées et les rallier à sa cause. Il est donc impérieux de combattre un tel organisme le plus rudement possible sinon les populations déplacées ne pourront même pas avoir accès à l’aide humanitaire qui reste la principale bouée de sauvetage de limitation des dégâts causés par la famine.

La participation non négligeable des conflits internes

Les pays de la région du lac Tchad ont connu chacune plusieurs guerres internes. On avait assisté dans les années 60 et 70, au Nigéria, à la guerre du Biafra qui avait causé le déplacement de plusieurs populations du pays, occasionnant ainsi un relèvement de la famine dans cette partie du continent. Fort heureusement, celle-ci eu connu une situation favorable par la suite provoquant ainsi le rétablissement des populations de cette partie du pays.

Les enseignements issus de cette guerre n’auront néanmoins pas suffi à prévenir tous les conséquences que des guerres internes pourraient causer dans un pays puisqu’on observe aujourd’hui au Cameroun une situation quasi similaire avec des bandes armées qui réclament la sécession des régions du nord-ouest et du sud-ouest du pays (NOSO). Cette guerre de sécession de la partie anglophone du Cameroun qui dure déjà depuis un peu plus de 3 mois a déjà causé près de 2000 morts où il faut aussi inclure des personnes mortes de faim et un peu plus de 500.000 déplacés. Dans cette situation, le constat est alarmant puisque les personnes déplacées de ces parties du pays sont confrontées à des risques graves de famine. Confronté à toutes ces difficultés, même l’aide humanitaire, qui déjà n’arrive pas en quantité suffisante est désormais sous la menace de certaines factions qui refusent, pour un prétexte ou un autre que cette aide soit acheminée jusqu’aux populations.

La répression des travailleurs et aides humanitaires

Quelle que soit la crise qui sévi dans une partie du monde, les préalables quant à l’acheminement de l’aide humanitaire aux populations devraient toujours être respectés. Cela n’est pourtant pas toujours vrai lorsque l’on connait le modus operandi des organisations terroristes dans le monde qui ne respectent pas les cordons de sécurité d’acheminement de l’aide.

La répression des travailleurs humanitaires et la détérioration de l’aide acheminée obligent parfois les organisations à suspendre leurs opérations, privant ainsi les populations vulnérables de l’aide humanitaire. Par ce fait, ces organismes condamnent ces populations à mourir de faim. En 2018 par exemple, des travailleurs humanitaires et des installations ont été attaqués dans tous les pays couverts du Lac Tchad. Ces organismes ne tiennent pas compte du statut protégé des installations et du personnel humanitaires, ce qui rend difficile et dangereuse l’intensification des opérations visant à prévenir la famine. Pour eux, tout ce qui n’entre pas dans leurs préceptes doit être combattu et mis à mort quitte à laisser des populations entières mourir de faim. On se souvient encore de l’attaque toute récente des sécessionnistes de la partie anglophone du Cameroun qui ont procédé à la destruction et à la mise à feu de l’aide humanitaire du programme alimentaire mondial des Nations Unies destinée aux populations déplacées à Pinyin, au motif que ces produits alimentaires de premières nécessitée sont toxiques et que c’est le gouvernement camerounais qui les a envoyé pour les empoisonner, les populations avec.

Les défis écologiques

Alors que les conflits et les violences sont à l’origine de la plupart de la famine dans le bassin du lac Tchad, les effets de la dégradation de l’environnement et du changement climatique, à savoir les sécheresses successives, aggravent également la situation. Il faut remarquer que, depuis 1963 par exemple, le Lac Tchad a perdu près de 90% de sa masse d’eau, provoquant ainsi des conséquences dévastatrices sur la sécurité alimentaire et les moyens d’existence de la population qui dépendent de la pêche et d’activités agricoles pour leur survie. Il serait alors urgent de trouver des remèdes à ce fléau afin de rétablir l’homme dans toute sa dignité.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image/google images

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