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RDC: Violence dans l’Ituri, un complot aux motifs politiques?

05.07.2019
Article de la rédaction AFRIC
Le président Felix Tshisekedi est monté au créneau à la suite des massacres de civils perpétrés dans la province de l’Ituri pour dénoncer une tentative de génocide, un complot visant à déstabiliser le pouvoir de Kinshasa. Ces violences qui ont eu lieu dans le territoire de Djugu, ont selon une source onusienne causé la mort de 160 personnes ainsi que le déplacement de 300000 autres.

Face à l’ampleur des faits, le chef de l’Etat qui a effectué le déplacement dans cette province du nord-est du pays, s’est dit déterminé à démasquer les commanditaires de ces actes de barbarie dont l’objectif est de pousser la province de l’Ituri à s’embraser dans la dérive comme cela a été le cas dans certains pays de la région des grands lacs. En prenant le pouvoir en début d’année le président Felix Tshisekedi avait promis de ramener la paix dans son pays qui connait depuis des décennies plusieurs foyers de tensions animés par des groupes rebelles locaux et étrangers. L’Ituri fait partie de ces localités qui connaissent un cycle de violence inédit. Les causes de ces escalades meurtrières sont cependant multiples.

Le président promet la fin des hostilités

Le président Felix Antoine Tshisekedi en sa qualité de chef suprême des forces armées, a promis de mettre un terme à l’escalade de violence que connait l’Ituri et dont les civils sont les principales victimes. Alors que de nombreux avis font état d’affrontements aux motifs ethniques, le chef de l’Etat Congolais qui a balayé cette hypothèse a laissé entendre que des raisons seraient bien plus complexes. Sans s’étendre sur la question, il a fait mention d’un plan de déstabilisation de cette localité influente, savamment orchestré par des commanditaires tapis dans l’ombre dont le but est de s’attaquer au pouvoir central.

« Manifestement, ça ressemble à une tentative de génocide. Donc, on voulait pousser la province d’Ituri à s’embraser. Et donc, amener des évènements malheureux pour surement déstabiliser le pouvoir de Kinshasa. Ça ressemble vraiment à un complot. Et maintenant, le plus important, c’est de savoir qui en sont les commanditaires. Et ça, je ne lâcherais pas. J’irais jusqu’au bout pour connaitre la vérité ».

Si le président congolais compte sur l’implication de l’armée dans cette partie du pays, « l’absence de l’autorité de l’Etat » est également pointée du doigt par les élus locaux. Ils attendent du leader politique qu’il concrétise ses dires par des actes efficaces et cohérentes. Certains acteurs de la société civile jugent qu’outre les opérations militaires, promis par le chef de l’Etat, une aide apportée aux survivants des massacres serait également nécessaire. A cela s’ajoute la mise sur pied d’un véritable dialogue social entre les différentes communautés pour mettre en lumière les véritables raisons de cette série de tensions dans l’Ituri.

Un Conflit aux multiples enjeux

De sources officielles, la responsabilité des tueries de Djugu est imputée à une milice Lendu nommée Ngoudjolo. En faisant mention de l’implication d’éventuels commendataires dans les massacres qui ont causé la mort de femmes et enfants dans le territoire de Djugu, le président congolais a laissé entendre que les violences qui ont repris dans l’Ituri ne peuvent uniquement être imputées aux rivalité qui existent depuis des décennies entre les Héma et les Lendu, deux communautés influentes de cette province. Mais qu’elles serviraient certains intérêts aux motifs politiques.

En effet, les violences dans l’Ituri ne datent pas d’aujourd’hui. Il y a de cela 20 ans, cette partie du la RDC a été le théâtre d’une série de violences intercommunautaires qui ont causées le décès de dizaines de milliers de personnes. La province connait une nouvelle vague de violence qui a débuté en 2018. Les autorités de la région qui approuvent le renforcement du dispositif militaire promis par le président, appellent également à une meilleure répartition des richesses issues du sous-sol de cette province située à la frontière de l’Ouganda.

Projet politique

Géographiquement, l’Ituri s’étend le long du lac Albert et de la république Ougandaise. Au nord elle partage une frontière avec le Soudan du Sud. Cette province abrite une diversité d’ethnies (27) dont les Lugbara, les Bira, les Lendu et les Hema. Avec une population de 4,5 millions d’habitants, la province de l’Ituri fait partie de la partie Est instable de la république démocratique du Congo. Cette province a un fort potentiel économique avec des activités tels l’exploitation de l’or, l’élevage, l’agriculture, la pèche, le bois, le café et d’exploration pétrolière.

Les affrontements intercommunautaires qui sévissent dans cette région sont menées entre les Lenda qui se considèrent comme les véritables autochtones de l’Ituri et qui soutiennent que leurs terres auraient été saisies par les Hema qui s’estiment supérieurs. Selon une certaine opinion, derrière les tensions d’autonomie qui existent entre ces deux ethnies se cachent des projets de sécessions encouragés par les élites Hema. Ces derniers qui veulent une autonomisation administrative de l’Ituri bénéficieraient du soutien militaire de l’Ouganda voisin qui pourrait alors avoir la main basse sur les ressources de cette région une fois politiquement détachée de la RDC.

Il n’est donc pas exclu que ces séries de violences aient des acteurs locaux impliqués au niveau, provincial, national et régional. Les intérêts quant à elle seraient bien tant d’ordre politique, économique qu’ethnique.

Parce que personne ne réclame la responsabilité des attaques dans l’Ituri, certaines voix n’écartent pas l’implication d’acteurs étrangers dans ces dérives. La reprise ainsi que les différentes motivations de ces violences étant complexes, leurs organisations restent sous le voile du secret.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image/google images

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