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Le calvaire des veuves en Afrique

02.07.2019
Article de la rédaction AFRIC
L’expérience du veuvage est différemment vécue entre l’homme et la femme. En Afrique, cette étape douloureuse de la vie, est vécues d’une manière particulière par les femmes. Continent reconnu pour sa solidarité et son sens inégalée de la famille, l’Afrique est pourtant le lieu où il n’est pas bon d’être veuve. Entre accusations, dénonciations, humiliations, rejets et injustices, les veuves africaines au quotidien vivent un véritable calvaire. Sous le regard souvent inactif des pouvoirs publics qui n’ignorent pourtant pas leurs droits elles font l’objet d’un profond mépris de la part de leurs belles familles. Pour attirer l’attention sur les problèmes que rencontrent les veuves dans la société, et rappeler à l’opinion publique qu’elles ont également des droits, l’ONU leur a consacrée une journée qui est célébrée chaque 23 Juin. Cette journée met surtout en lumière le drame silencieux de cette couche particulière de la population autant vulnérable que les orphelins.

Relation Conflictuelle avec la belle famille

Après la mort de leurs époux, les veuves en Afrique bénéficient rarement du soutien de la société qui loin de compatir à leur souffrance les attribue des qualificatifs péjoratifs (veuves joyeuses, sorcières…) Pour des questions d’héritage ou de suspicions liées aux circonstances de décès de leurs maris, elles font l’objet de méfiance. Leurs principaux bourreaux, la belle famille qui leur impose dans la majeure partie des cas, des rites obligatoires de veuvage dont certains s’apparente à des supplices pour des personnes déjà atteintes mentalement et émotionnellement. Cruelles et frôlant à la limite la barbarie, ces rituels qui s’appuient sur la tradition, sont des passages pratiquement obligatoires pour la veuve pour retrouver un train de vie normal.

Dans certaines traditions bantus, la veuve est considérée comme un bien acquis faisant partie intégrante de l’héritage laissé par le mari décédé. L’enterrement de son conjoint passé, elle est donnée en seconde noce à un des membres de sa belle-famille qui hérite d’elle comme d’un bien. Si la logique défendue par les gardiens de cette tradition est la protection de la femme restée seule ainsi que des orphelins, cette pratique n’est pas sans conséquences sur le plan familial puisqu’elle ouvre la porte aux tensions et jalousies au sein du nouveau foyer d’accueil où cette dernière en victime doit subir les frasques de sa ou ses nouvelles virales.

Des droits bafoués

La journée internationale des veuves à travers les multiples activités organisées pour la circonstance, permets aux veuves de prendre connaissance de leurs droits. Longtemps restées invisibles et souffrant en silence, elles trouvent en cette occasion, l’opportunité de s’exprimer sur les difficultés qu’elles rencontrent au quotidien pour subvenir à leurs besoins, assurer seules l’éducation de leurs enfants et les conflits liés à l’héritage.

L’un des facteurs vecteurs de conflits entre les veuves et leurs belles familles en Afrique est la question du patrimoine laissé par le défunt époux. Ignorant leurs droits et celui de leurs enfants, les veuves sont souvent chassées par la force de leur domicile conjugal. Alors que le code de la famille présente les veuves et orphelins comme les ayants droits du défunt, nombreuses sont celles qui dans l’ignorance se laissent maltraiter par leur belle famille. Privées de logement, discriminées juridiquement et socialement, elles sont plus de 115 millions sur 258 millions dans le monde à vivre dans la précarité selon l’ONU.

Responsabilité des pouvoirs publics

En occident, la situation économique des veuves a connu quelques améliorations avec l’introduction des allocations de veuvage et du système de pension. Faisant auparavant partie des couches les plus démunies de la société, elles ont vu leurs conditions s’améliorer au fil du temps. En Afrique où il existe encore de nombreuses inégalités entre hommes et femmes en ce qui concerne les droits fondamentaux, beaucoup reste à faire par les politiques sociales pour que soit amendé et respecté le droit successoral afin de remédier aux difficultés liées au veuvage. Dans des pays tels que le Rwanda et le Gabon, des progrès non négligeables ont néanmoins été réalisés pour la protections des veuves. Le pays dirigé par Ali Bongo, outre la création de l’Observatoire National de Protection des Droits de la Famille (ONPDF) et d’un Fonds National d’Aide Sociale (FNAS), a introduit dans la loi fondamentale, des textes visant à protéger les droits des veuves et à fixer des procédés de partage de l’héritage aux ayants-droits.

Le Rwanda qui après le génocide de 1994 s’est retrouvé avec un nombre élevé d’orphelins et de veuves, a décidé d’introduire les femmes dans la gestion des affaires publiques en élevant par exemple leur quota au sein du Parlement. Afin d’assurer un meilleur partage des biens matrimoniaux entre veuves et autres héritiers légaux du mari décédé, les députés rwandais ont ajouté aux droits de succession de nouvelles reformes approuvées par le sénat. Ces mesures introduites dans le contrat social du Rwanda ont été adopté pour éviter aux veuves d’être dépossédées des biens de leurs époux  à l’issue de disputes familiales.
Adoptée en décembre 2010 sur proposition d’un projet de résolution du Gabon, la Journée internationale des Veuves célébrée chaque 23 juin, vise non seulement à protéger les femmes ayant perdu leurs conjoints mais également à les encourager à devenir financièrement autonome pour une meilleure insertion dans la société.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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