Association for Free Research and International Cooperation

La fuite des cerveaux en Afrique, le prototype de l’effet lampadaire

26.06.2019
Article de la rédaction AFRIC
La constante évolution du monde qui a permis de dépasser la vague d’émigration forcée des tripes et du muscle, caractérisée par la traite négrière a laissé place à une nouvelle forme de fuite du capital humain, cette fois ci plus douce et consentie qui est celle de la matière grise. Si certains gouvernements tentent de lui donner la connotation péjorative d’un pillage, ce nouveau phénomène, pourtant absous de toute forme de violences physiques, est à nos jours et ce depuis les années 1960, la résultante de plusieurs ramifications. Le pillage a simplement changé de forme et de méthode mais il continue.

Désignant la migration d’étudiants et travailleurs africains qualifiés vers l’étranger, le phénomène de la fuite des cerveaux est considéré comme le véritable prototype de l’effet lampadaire. Ce dernier paraphrase l’intervention de la personne qui cherche ses clés qu’elle a perdues sous le lampadaire, du fait qu’il est le seul endroit éclairé. En comparaison à cette définition, le lieu éclairé par le lampadaire et où il fait bon vivre s’apparente à l’étranger, tandis que le lieu où se sont perdues les clés et qui n’est pas éclairé du fait du manque d’opportunités professionnelles, de mauvaises conditions de vie, de la discrimination, du clientélisme et de la corruption est l’Afrique.

Le choix pour le travailleur  qualifié africain de vouloir migrer vers des pays enclin à un développement avancé est très souvent construit par le rayonnement de politiques migratoires des pays riches en quête d’intelligence humaine. Dans ce domaine où l’Afrique sort presque totalement le plus grand perdant, la concurrence est rude pour pouvoir attirer les jeunes diplômés et autres cadres. Plusieurs méthodes de sélection sont développées par ces pays et chacun y va de son chef. Pour le Canada, l’Australie et la Nouvelle Zélande par exemple un système de points par permis est mis en place ; pour les États-Unis c’est la carte verte qui est de mise ou encore la carte bleue pour l’union européenne.

Dans un tel contexte où le choix de migrer ou non résulte alors généralement d’une analyse couts/avantages reposant sur plusieurs critères comme les conditions de rémunération, de travail, perspectives de promotion sociale et d’avancement professionnel,  facilités ou tracasseries administratives, des débordements pour l’intérêt général sont observés. Bien que profitant intrinsèquement aux personnes migrantes dans une certaine mesure, son revers est qu’elle altère fortement les chances de développement de l’Afrique.

Altération du développement des pays africains

La fuite des cerveaux même si elle est, une initiative personnelle, a néanmoins un grand effet néfaste sur les pays africains dans ce sens qu’elle altère profondément leur développement en les privant d’une importante main d’œuvre qualifiée. S’il est claire, en accord avec certains économistes, que les ressources humaines composent avec les ressources naturelles et les ressources financières la trilogie de développement du continent africain, il est alors indéniable que, dissocier une partie de cette ressource humaine, de loin le facteur le plus important puisque c’est elle qui permet de mettre en valeur les ressources naturelles, et par conséquent de générer le capital nécessaire pour soutenir cette mise en valeur, constitue un grave préjudice pour la construction du continent.

Les chiffres de la perte de son capital humain par l’Afrique et par conséquent de son capital financier sont alarmants. L’ampleur du phénomène est tellement importante qu’on estime à plus de 20.000 personnes le nombre de professionnels africains qui migrent chaque année. Le secteur le plus touché est celui de la médecine, avec toute la promiscuité qu’on lui connaît sur le continent pourtant sur le continent africain. D’après une étude de Clemens et Petterson par exemple, 16 pays africains ont perdu entre 51 et 75% de leurs médecins formés. Le plus illustratif ici est le rapport de la CNUCED intitulé savoir, apprentissage, technologie et innovation dans la perspective de développement qui relève par exemple que l’île de France compte plus de médecins béninois que le Bénin. D’autres constats criards ne sont pas en reste puisque, dans son ouvrage intitulé l’incidence de la fuite des cerveaux sur les pays en développement, Hillel Rapoport, professeur à l’école d’économie de Paris, relève qu’ « on compte plus de médecins ghanéens à Londres qu’au Ghana ».

Pour ce qui est du capital financier que cela engrange, selon ce même rapport de la CNUCED, les pays africains dépensent environ 4 milliards de dollars par an pour compenser le départ de leurs personnels qualifiés ; et on estime à plus de 2 milliards de dollars les pertes financières de ces pays uniquement dans le secteur de la médecine qui est de loin le secteur plus touché. Dans un cas comme dans un autre, une fois que l’on perd systématiquement chaque année une bonne partie de cette ressource, c’est automatiquement le capital développement de tout le continent qui est mis en péril. L’une des solutions jamais étudiée alors pour endiguer ce phénomène serait le rétablissement complet de la double nationalité dans les pays du continent qui généralement favorise le retour et les investissements des migrants une fois qu’ils auront atteint leurs objectifs à l’étranger.

Réduire les effets du phénomène de la fuite des cerveaux en Afrique 

Le phénomène de la fuite des cerveaux en lui-même ne peut être totalement endigué. La solution la plus plausible à cet effet consisterait pour les pays africains à chercher les voies et moyens nécessaires en vue de réduire les effets néfastes d’un tel phénomène. Dans ce sillage, l’une des pistes de solution non encore envisagée pourrait être la légalisation complète et non partielle comme pour certains de la double nationalité qui, crée encore à nos jours des remous dans certains pays du continent.

Bien trop de pays africains à nos jours sont encore contre la légalisation de la double nationalité. Et même, d’autres qui l’accordent ne le font que partiellement, mettant en avant des conditions spéciales par eux établies dont la variabilité dépend d’un pays à un autre. Cette interdiction, pour la plus part du temps est liée à des causes politiques alors que c’est prioritairement le développement du continent qui devrait être prôné.

La première conséquence de cette solution serait de faciliter le retour des migrants et des investissements de ces derniers lorsque l’on sait qu’en fonction des filières, le pourcentage des non-retours parmi les étudiants africains atteint jusqu’à 83%. Une autre conséquence pourrait être l’amélioration de la qualité de la gouvernance et du rendement de l’éducation dans un cadre d’interconnexion favorable à la mobilité de la diaspora et aux échanges des savoirs.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image :google image/illustration

 

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