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Tentatives de coup d’état, en Éthiopie

24.06.2019
Article de la rédaction AFRIC
Intention manifeste de se maintenir au pouvoir par tous les moyens, volonté de conservation abusive des privilèges issus du pouvoir, longévité à la tête d’une nation, musèlement de la population, tensions interethniques : voilà quelques morceaux choisis qui alimentent généralement les tentatives de coups d’états sur le continent africain. Pour des raisons parfois bonnes ou mauvaises, ces coups d’état sont orchestrés sur le continent régulièrement par l’initiative ou avec l’aide d’une franche de l’armée. Dans l’ensemble des cas, ceux-ci demeurent anticonstitutionnels.

Un phénomène contagieux en Afrique

Si par le passé les coups d’état orchestrés en Afrique connaissaient des fins glorieuses pour les putschistes, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Cette situation est sans doute due à la préparation douteuse de ces tentatives ou encore que les motifs évoqués le plus souvent ne satisfont pas la population au point d’obtenir son assentiment. Après les deux dernières tentatives de coups d’état réalisées sur le continent qui se sont soldées par des échecs, une troisième était attendue. Non pas pour légitimer l’option choisie par les putschistes d’utiliser des manœuvres anticonstitutionnelles pour s’accaparer du pouvoir, mais simplement pour consolider la véracité du dicton selon lequel « il n’y a jamais deux sans trois ». Si les putschistes qui ont fomenté la tentative de coup d’état en Éthiopie étaient alors un tant soit peu des hommes avertis ou superstitieux, après les échecs successifs observés au Burkina Faso en 2015, puis plus récemment au Gabon en 2019, à l’aune des années 2010, exceptée celle réalisée en Egypte en 2011 qui avait connu une réussite, ils auraient compris que toute prochaine tentative de coup d’état sur le continent serait de facto marquée du sceau de la défaillance et de la finalité d’échec.

Le rôle trouble du fractionnement de nos armées

Les divisions au sein des armées des pays du continent sont pour la plus part du temps des facteurs d’instigation des coups d’état en Afrique. Cette situation est en partie due à la fragilité de nos démocraties. L’armée dont le rôle premier est de protéger la population est alors très souvent embuée dans des factions corporatistes à caractère politique qui ne lui permettent pas de s’arroger ses missions régaliennes mais, l’orientent plutôt dans la direction perfide de protection du système gouvernant en place et la préservation des intérêts individuelles au détriment de l’intérêt collectif.

Rarement dans des pays du continent l’armée ne parle d’une seule voix. L’existence de corps spécialisés dépendant d’une personne autre que le chef d’état-major ou le chef des armées, le trop existence de milices, de commandos et de groupes dissidents parfois comprenant dans leurs rangs des personnes peu ou pas instruites et dépendant de personnes discutables concourent à accentuer le phénomène. Les dissolutions de certains corps de l’armée, catalogués comme trop attachés aux anciens régimes par exemple ne sont pas en reste.

Ce qui s’est passé dans la région d’Amhara, deuxième région la plus peuplée de l’Éthiopie au soir du 22 juin dernier n’est que le prolongement de toutes ces divisions au sein de nos armées, héritées du passé colonial et de ses nouvelles ramifications pour la majorité. Le déclenchement dudit coup d’état intervient au cours d’une réunion de sécurité qui avait été convoquée par les hauts responsables de la région de l’Amhara, pour discuter des questions sécuritaires liées à une tentative recrutement, via une vidéo postée sur facebook, de milices ethniques par le général de brigade Asaminew Tsige. Déjà réputé comme étant un frondeur pour le lourd passif qu’il traîne derrière lui depuis 2008, le général de brigade Asaminew Tsige, qui avait bénéficié d’une libération au même titre que les autres prisonniers politiques avec l’arrivée au pouvoir du premier ministre Abiy Ahmed, avait été malgré tout désigné responsable au poste stratégique de chef de la sécurité de l’Amhara. Cette tentative de coup d’état, malgré son échec a causé la mort du président de la région de l’Amhara Ambachew Mekonnen et d’un autre haut responsable, tous deux mortellement blessés au cours de l’irruption dans la réunion par les putschistes. Quatre autres personnes dont le général Seare Mekonnen, chef d’état-major de l’armée éthiopienne ont également trouvé la mort au cours de ce putsch.

Que faut-il retenir de ce coup d’état manqué ?

Le coup d’état manqué du 22 juin dernier orchestré contre l’État de l’Amhara a un effet de miroir pour toute l’Afrique. Il a permis de mettre en lumière plusieurs facteurs qu’omettent parfois les putschistes. Il est désormais difficile, même si le coup d’état est réussi de recevoir l’assentiment des autres pays du continent ou de l’international. Le cas du Burkina Faso en 2015, avec le général Gilbert Diendéré à la tête du putsch, s’était par exemple attiré les foudres des organisations internationales à travers son plus grand représentant qu’est l’ONU, et également de la plus grande instance africaine (l’UA) qui avait annoncé à la suite du putsch la suspension bu Burkina Faso au sein de ses membres et une interdiction pour les putschistes de pouvoir voyager dans les pays membres de l’Union Africaine. Pour la tentative de coup d’état au Gabon, Muhammadu Buhari, président en exercice du Nigéria la condamnait avec fermeté lorsqu’il déclarait que : «les officiers militaires au Gabon doivent comprendre que l’ère des coups d’état militaires sur des gouvernements en Afrique et dans le monde entier est révolue ».

Si on déplore les dégâts que ces putsch occasionnent régulièrement, comme des pertes en vies humaines, il serait aussi important de relever que ceux-ci s’accompagnent généralement d’un rétrécissement encore plus criard des droits et des libertés des citoyens à tort ou à raison. Ce qui fait que dans la majeure partie des cas, les coups d’états, réussis ou échoués en Afrique, ont presque toujours laissé place à des dictatures militaires. Les cas de Blaise Compaoré au Burkina Faso et Abdel Fattah Al-Sissi en Égypte sont assez illustratifs à cet égard.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image: google image/illustration

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