Association for Free Research and International Cooperation

Mohammed Morsi : Un bien étrange destin

22.06.2019
Article de la rédaction AFRIC
Elu président de l’Egypte en Juin 2012 à l’issue de la présidentielle organisée après le printemps arabe qui a occasionné la destitution d’Hosni Moubarak, Mohammed Morsi a tiré sa révérence ce lundi 17 Juin des suites d’une crise cardiaque. Son arrivée au pouvoir qui marquait l’accession aux plus hautes fonctions de l’Etat, d’une autorité civile dans un pays où le pouvoir politique a toujours été contrôlé par l’armée, avait été saluée par la communauté internationale. Mais l’émoi causé par ce moment qualifié d’historique a vite viré à la désillusion avec la destitution de ce dernier après un an d’exercice.

Du palais à la prison

Chassé du pouvoir sous la pression de la rue comme son prédécesseur, Morsi selon une certaine opinion, doit sa déchéance à son incapacité à relancer l’économie du pays à genoux mais surtout à l’autoritarisme instauré pendant sa présidence et dont l’objectif majeur était d’assoir un régime dominé par les islamistes notamment la confrérie des Frères musulmans dont il était issu. Sa chute marquera le retour de l’armée aux commandes du pays et la décente aux enfer du mouvement islamiste finalement déclaré en 2013 organisation terroriste par les autorités égyptiennes. Elevé au rang de président après la révolte de 2011, c’est dans les geôles de la prison de Tora que Mohammed Morsi a fini ses jours. Loin de sa famille il purgeait de nombreuses peines de prison dont une de 20 ans pour avoir commandité en 2012 le meurtre de plusieurs manifestants et une autre pour espionnage et partage de documents confidentiels pour le compte du Qatar. La dernière comparution avant sa mort était en lien avec une affaire d’espionnage avec le Hamas palestinien. Pour ses partisans qui l’élèvent au rang de martyr, la négligence médicale et l’isolement carcéral sont les éléments ayant précipité sa mort.

Une arrivée au pouvoir surprise

Après le départ d’Hosni Moubarak à la suite du mouvement de contestation populaire né du printemps arabe, Mohamed Morsi un candidat pourtant quasi inconnu remportera la présidentielle de 2012 sous la bannière du parti des frères musulmans. En se portant garant des valeurs démocratiques prônées par les manifestants de la révolte de 2011, Morsi sera préféré à Ahmed Chafiq un cacique de l’ancien régime proche de l’ex président Moubarak. Cette victoire à la présidentielle fait surtout de lui, le premier président islamiste de l’Egypte et conforte en quelque sorte la popularité des frères musulmans, opposants historiques qui ont longtemps subi une sévère répression en Egypte.  Mais leur trop grande implication dans la politique instaurée par le nouveau président écourtera son séjour à la tête du pays. Considéré comme une marionnette à la solde du mouvement islamiste, Morsi à son tour doit faire face aux multiple revendications d’une frange importante de la population pour qui il n’incarne pas l’homme du renouveau tant voulu. Face à la rue qui exige son départ, l’armée n’a pas de choix que de réagir. C’est aussi pour elle l’occasion d’évincer les frères musulmans du pouvoir et reprendre les rênes du pays.

 Des reformes qui déplaisent 

Arrivée au pouvoir par les urnes, Mohammed Morsi s’est vite attiré les foudres d’une partie de la population en prenant des décisions visant à renforcer son pouvoir. Dans une déclaration constitutionnelle, le nouveau président s’octroiera le droit d’adopter des mesures qui ne peuvent faire l’objet d’aucune contestation avant la mise sur pied de la nouvelle constitution. L’armée à son tour est indexée par sa demande de poursuites des jugements pour le meurtres d’une centaine de manifestants durant la révolte populaire ayant entrainé la chute d’Hosni Moubarak. Des procès mettant surtout en dangers certains haut responsables de l’armée et de la police.

Morsi s’est également attaqué au pouvoir judiciaire en limogeant le procureur général de l’époque Abdel Meguid Mahmoud. Ce dernier nommé depuis le temps de Moubarak fut remplacé par Talaat Ibrahim Abdallah. Le nouveau président égyptien qui soutenait vouloir nettoyer les institutions de l’ancien régime, s’est est également pris à la haute cour constitutionnelle en lui ôtant le droit d’examiner les appels contre la commission constituante, dominée par les islamistes et chargée de rédiger la nouvelle constitution du pays. Ayant déjà à son actif l’exécutif et le législatif après la dissolution de la chambre des députés, Morsi est accusé par ses détracteurs de vouloir s’accaparer de tous les pouvoirs y compris le judiciaire. Pour l’opposition, ses multiples reformes ont valeurs de coup d’Etat et font du président islamiste « le nouveau pharaon ». Ses différentes reformes inquiètent également Washington qui rappellera d’ailleurs que « les aspirations de la révolution de 2011 étaient d’assurer que le pouvoir ne serait pas trop concentré entre les mains d’une seule personne ou d’une institution ».

Parmi ses plus farouches adversaires figurent les mouvements laïques et libéraux, initiateurs de la première révolution, auxquels se sont alliés par opportunisme les frères musulmans pour renverser l’ancien régime. Ces derniers jugent qu’il gouverne pour l’unique intérêts des islamistes pendant que l’économie connait un effondrement sans précèdent et que l’inflation et le chômage atteignent des records. La pétition lancée par l’opposition pour une nouvelle présidentielle enregistre près de 22 millions de signatures. Un nombre largement au-dessus des suffrages obtenus par Morsi lors du scrutin qui l’a érigé au pouvoir (12,23 millions). Il sonne surtout le glas d’un règne qui finalement n’aura été que de courte durée.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image : google image/illustration

To view full news and leave comments you must be logged in. Please join the community