Association for Free Research and International Cooperation

Coopérations continentales vers une restauration des inégalités : Europe-Afrique

21.06.2019
Article de la rédaction AFRIC
Réduire les inégalités de développement dans le monde est un travail long et fastidieux où les continents les plus faibles du fait de leur précarité subissent la loi et le dicton des plus forts. Ceux-ci imposent généralement leur vision des choses aux continents les plus défavorisés. L’un des plus touché d’entre eux reste le continent Africain, qui a pourtant la plus grande richesse souterraine mondiale.

La volonté des États européens de vouloir apporter leur concours pour participer au développement du continent Africain et ainsi réduire les inégalités de développement qui existent dans le monde n’est pas un fait récent. L’Afrique en tant que bloc, et ce malgré les difficultés et les perceptions erronées, est le troisième partenaire commercial de l’Europe après la Chine et les États-Unis. Ce qui inquiète alors au plus haut point ce n’est pas toujours la quantité d’aide que l’Europe peut  apporter à l’Afrique, mais la forme et les moyens par lesquels celle-ci peut être implémentée.

En plus de l’aide qu’elle octroi alors régulièrement à l’Afrique et qui se veut grandissante, il faudra désormais que la démarche des européens, pour aider à améliorer le développement de l’Afrique, soit adapter aux réalités du continent africain et non plus calqué sur des modèles et valeurs importés qui ne s’arriment pas aux mœurs du continent. Le président du parlement européen, Antonio Tajani, a complètement compris cette nécessité et c’est pourquoi lors des journées européennes de développement le 18 juin dernier, où était convié un panel de représentants européens et africains il déclarait : « L’Europe doit apprendre à regarder l’Afrique avec des lunettes africaines ».

Le renforcement de l’apport au financement

Pour qu’il y ait développement, il faut forcément un apport de moyens financiers conséquents. La nouvelle stratégie pour l’Union européenne ne serait plus de voter un budget d’aide à l’Afrique, qui pour elle est convenable, mais plutôt un budget qui corresponde à la nécessité du terrain. Il faut mettre un terme aux grands slogans théoriques qui, pour l’essentiel, sont en déphasage total avec les réalités que vivent les pensionnaires du continent africain.

L’exemple peut venir de la Chine qui, en un peu plus de 10 ans a fait passer son budget d’aide à l’Afrique, qui avoisinait les 40 milliards de dollars en 2006, à plus de 200 milliards à nos jours. Même si cette aide au développement du continent africain est beaucoup plus stratégique que philanthropique, elle participe néanmoins à réduire les inégalités qui existent entre les continents. C’est pour cela que dans son allocution à l’occasion des journées européennes de développement, Antonio Tajani estime qu’il est temps de passer à l’action avec un vrai plan Marshall pour l’Afrique.Sa proposition est de quitter de l’aide insignifiante qu’accorde annuellement l’union européenne à l’Afrique qui est de 5 milliards d’euro environ octroyés au fonds de développement durable pour l’Afrique et de financer dans le prochain budget de l’union européen un plan de 50 milliards d’euro pour mobiliser jusqu’à 500 milliards d’investissement en infrastructures, formation, accès aux finances et aussi soutien aux petites et moyennes entreprises.

Toujours dans sa logique, il poursuit en relevant que seuls des investissements importants pourront générer une croissance suffisante et donc plusieurs millions d’emplois en mesure d’absorber l’explosion démographique africaine.

Accélérer le développement des secteurs porteurs 

Pour que l’Afrique puisse atteindre son autonomie, le seul concours des États européens ne suffira pas. Il faut changer complètement la donne en adoptant une nouvelle approche envers le continent. Changer complètement la vision des choses nécessite alors que l’Afrique se réorganise elle-même, qu’elle se réinvente et ne se cantonne plus seulement à l’importation des valeurs européennes qui, pour la majorité ne sont pas adaptées aux besoins latents du continent. Outre l’Europe qui ne doit plus regarder l’Afrique avec des lunettes européennes, l’Afrique également doit « se regarder et regarder le monde avec ses propres lunettes ». Elle doit pouvoir identifier clairement les secteurs par lesquels passeront son autonomie.

Beaucoup de secteurs porteurs sur le continent souffrent encore d’un désintéressement ou d’un manque de participation conséquent. Les maux de l’Europe en matière de développement ne sauront être similaires à ceux de l’Afrique. La vraie réponse repose sur les politiques publiques prenant en charge les questions de l’inégalité. Si l’Europe se veut véritable accompagnateur de l’Afrique dans la résorption de ce clivage, elle doit plus encourager les initiatives du continent que de se soucier de ses intérêts. Dans ce sens, pour qu’elle puisse atteindre son autosuffisance, l’Europe avec son nouveau regard plus africanisé du continent, doit aider à privilégier les secteurs comme la santé ou encore l’éducation avec toute la vulnérabilité qu’on leur connait.

Il faut également avoir un grand intérêt pour les secteurs comme l’agriculture, l’énergie y compris l’énergie renouvelable, le tourisme, l’économie bleue et surtout la banque mobile et les technologies car une véritable révolution technologique sur le continent permettrait d’atteindre une autonomie.

Promouvoir l’expertise africaine

Pour Antonio Tajani, dès lors qu’il s’agit de penser le continent africain, il faut être capable de produire des savoirs africains et promouvoir une approche africaine dans la résolution de ses difficultés de développement. L’Europe doit militer, en harmonie avec le continent africain, pour la mise sur pied de politiques constructives visant à inciter le retour des intellectuels africains venus étudiés en Europe. Pour lui comme pour le président Rwandais Paul Kagamé, il est important de comprendre que le développement de l’Afrique doit passer prioritairement par les africains.

L’expertise étrangère doit s’adapter et venir en appoint à l’expertise africaine, et non l’inverse. En conclusion, la démarche européenne, pour générer son plein rendement dans la lutte contre les inégalités de développement continentales, doit s’arrimer aux réalités du continent africain.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image :google image/illustration

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