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Côte d’Ivoire : la résurgence du débat identitaire menace la présidentielle de 2020

19.06.2019
Article de la rédaction AFRIC
Depuis quelques jours, la Côte d’Ivoire politique vit au rythme d’un débat sur l’identité qui a davantage amplifié les scissions au sein de la classe politique. À moins de quinze mois de l'élection présidentielle de 2020, la question éveille surtout les souvenirs douloureux des années de crise.

Au soir du 5 juin dernier, les réseaux sociaux ivoiriens étaient en ébullition. Au cœur de ce buzz, les propos tenus plus tôt dans la journée, par l’ancien chef de l’État Henri Konan Bédié et actuel président du parti d’opposition, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

L’ancien dirigeant affirmait qu’on « fait venir des étrangers armés qui sont stationnés dans beaucoup de villages (…) Il faut que nous réagissions pour que les Ivoiriens ne soient pas étrangers chez eux. Car actuellement, on fait en sorte que l’Ivoirien soit étranger chez lui ». Des propos d’une consonance particulière d’autant qu’ils intervenaient moins de 48 heures après la dense polémique qui a suivi l’élection de miss Côte d’Ivoire, Tara Gueye, dont le père est d’origine sénégalaise.

Si le PDCI a estimé qu’il était de son devoir de poser le problème du flux migratoire sur la table  comme cela se fait dans d’autres pays – afin de trouver des ébauches de solution, le gouvernement lui, à dénoncer un encouragement à la haine des étrangers.

Tensions en hausse

Georges Armand Ouégnin  est président de l’association pro- Gbagbo ensemble pour la démocratie et le développement. De son point de vue, au-delà des dénonciations et menaces, le gouvernement devrait plutôt « diligenter des enquêtes qui pourraient voir si réellement ces propos sont justes, parce que s’ils sont justes, alors c’est grave. Ce sont des enquêtes qui doivent être menées parce que nous ne voulons plus de guerres en Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens aspirent profondément à la paix. Alors, avant d’aller aux élections, nous devons régler tous ces problèmes qui nous empêcheraient d’avoir des élections justes et transparentes ».

En effet, alors que la Côte d’Ivoire avance à grands pas vers la présidentielle de 2020, le débat identitaire sonne comme une menace pour sa paix fragile. Au milieu des années 90, le concept de l’ivoirité promu par le chef de l’État d’alors, Henri Konan Bédié, a profondément perturbé le cours politique dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Symbolisée par l’obligation faite à tout candidat à la présidentielle d’être de père et de mère ivoirien, la question identitaire avait servi de lit à la crise politico-militaire qu’a vécue le pays entre 2002 et 2010.

L’arrivée du président Alassane Ouattara, dans la foulée de la crise postélectorale qui a fait au moins 3 000 morts à certes susciter de vives attentes. Mais l’échec d’une politique de réconciliation doublé du concept de « rattrapage » qui consiste à donner les postes de haute responsabilité à des cadres issus du Nord à finir par maintenir le débat sur les braises.
Entre les affrontements communautaires qui ont eu lieu il y a quelques semaines dans le pays, et le climat austère au sein de la classe politique, la récente polémique vient jeter une épée de Damoclès sur les prochaines élections en Côte d’Ivoire.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image : google image/illustration 

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