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La littérature africaine francophone du xxie siècle, quel degré d’engagement ?

07.06.2019
Article de la rédaction AFRIC
La littérature qui s’est mutée en fonction des changements du monde, a cessé au fil des ans d’être l’art du bien dire pour devenir une arme efficace susceptible d’impacter les contextes socio historiques. Se considérant comme responsables de la morale de leur temps, de nombreux écrivains vont faire usage de leur plume pour dénoncer des injustices liées à des violations des droits humains ou défendre des valeurs éthiques et morales propres à l’humanité. Le continent africain qui n’a pas dérogé à cette règle, connaitra au XXe siècle une mouvance d’écrivains engagés dans laquelle on compte des auteurs tels que Léopold Cedar Senghor, Cheick Amidou Kane et Sembene Ousmane. Moulés dans les horreurs du colonialisme, ils utiliseront leurs plumes pour dénoncer l’aliénation des africains, la civilisation occidentale ou encore pour la défense de l’identité du noir au travers des concepts tels que la négritude. Au lendemain des indépendances, période accompagnée d’une forte désillusion et de désenchantement, l’écriture deviendra encore plus engagée pour dénoncer les nouveaux gouvernants usurpateurs de l’après-décolonisation, qui font peu de cas de la « cause nationale ».

Dans ce registre figures des classiques emblématiques tels que Les soleils des indépendances de l’ivoirien Amadou Kourouma ou encore l’œuvre de l’écrivain camerounais Mongo Beti intitulée Main basse sur le Cameroun, autopsie d’une décolonisation. Un livre qui sera d’ailleurs interdit en librairie en France.

S’il est vrai que les jeunes auteurs africains du 21e siècle ne peuvent pas se satisfaire dans les thématiques qui ont marqué le siècle d’avant, leur rôle face aux violations et traumatismes que connait l’Afrique francophone du XXIe siècle est source d’interrogation. Car près d’une soixantaine d’années après les indépendances, de nombreux pays africains vivent une situation chaotique marquée par de meurtrières et interminables guerres fratricides, des renversements de régimes, la conjoncture, le despotisme et le sous-développement. Une amère ironie qui a ouvert la voie à l’exil et à un profond mal-être sociétal.

 

Vague de féminisme dans les années 1980

Au XXe siècle, la littérature francophone qui est marquée par des courants et mouvements de pensées importants est dominée par les hommes. Au milieu des grands noms tels que Léopold Cedar Senghor, Cheikh Anta Diop, Cheikh Hamidou Kane, Ahmadou Kourouma, Bernard Dadié, Kateb Yacine et Amadou Hampâté Bâ, il est difficile de trouver des femmes. L’hégémonie de l’homme dans la littérature africaine laissera petit à petit place une montée en puissance des femmes émancipées qui adopteront à leur tour la plume comme mode d’expression.  Au début des années 1980, elles seront nombreuses à se démarquer par des œuvres pour la plupart autobiographiques. Leurs textes qui s’inspirent de l’épopée, du conte et des traditions sont une sorte de mixture entre l’écrit et l’oral. Mais les écrivaines d’expression française du continent noir, vont également faire du combat féministe leur cheval de bataille explorant dans leurs livres des thèmes tels que la condition de la femme dans une société africaine à cheval entre la tradition et la modernité. Les pionnières de ces courants sont la malgache Michèle Rakotoson, les sénégalaises Ken Bugul et Aminata Sow ainsi que les camerounaises Werewere Linking et Calixte Beyala.

 

Un engagement qui explore de nombreux thèmes

La littérature africaine francophone de la fin du XXe siècle s’inspire de la désillusion dans laquelle les peuples africains se retrouvent plusieurs années après les indépendances.  Dans ses écrits, elle décrit dans un thon parfois cocasse et cynique le divorce entre les espoirs des peuples et leur dirigeant qui s’avèrent plus cupides que les anciens colons occidentaux. Mais le début du XXIe verra l’apparition d’un nouveau genre d’écrivains. Refusant d’être des auteurs du désarroi, ils veulent séduire un monde qui n’est pas forcément celui de la violence et des souffrances. De manière sélective, ils évoquent dans leurs proses, des thèmes qui ont trait à la modernité et l’amour. Mais cette catégorie d’écrivains bien installée dans son confort doit se contenter d’un public dans la plupart du temps occidental.

Malgré ce vent nouveau on ne saurait négliger l’engagement qui se dégage dans les œuvres littéraires de la nouvelle génération d’écrivains d’Afrique francophone. Celle qui a décidé de poursuivre le combat des ainés en utilisant une plume dénonciatrice. La désillusion de la période postélectorale qui reste très présente comme thématique va évoluer pour donner lieu à d’autres types de dénonciations perçues comme les conséquences des abus de pouvoir, de la mal gouvernance et la dictature qui prévaut dans bon nombres de pays. Parmi les thèmes les plus prisées de cette nouvelle génération, celui de la guerre civile. L’écrivain franco rwandais Gaël Faye, lauréat du Concourt des lycéens s’en inspirera d’ailleurs. Son premier roman intitulé Petit pays paru en 2016 aux éditions Grasset, relate l’enfance tourmentée d’un jeune du Burundi dans un pays en proie à la guerre civile. On retrouve ce même thème dans Le messie du Darfour de l’écrivain soudanais Abdelaziz Baraka Sakin contrait à l’exil en Autriche pour ses prises de position politique.

Plus réalistes et moins sarcastiques, les auteurs africains vont également s’attaquer à des thèmes tels le vrai visage de l’immigration, la désillusion entre le rêve et la réalité ainsi que les mauvaises conditions d’accueil souvent réservées à l’immigré une fois dans son eldorado illusoire. Cette écriture diasporatique se retrouve dans les ouvres de la Camerounaise Calixte Beyala (La petite fille du réverbère, Le petit prince de Belleville,) mais aussi de son compatriote Jean Roger Essomba (Le paradis du Nord) de la sénégalaise Fatou Diome (Celles qui attendent, Le ventre de l’Atlantique) ou encore du congolais Daniel Biyaoula (l’impasse).

Le panafricaniste béninois Kemi Seba qui a fait de la lutte pour la libération des peuples noirs son combat a également trouvé en la plume un moyen de conscientiser les africains. Son livre L’Afrique libre ou la mort sortie en 2018, relate dans un langage francs les méfaits du néocolonialisme qui tout comme la colonisation maintient les pays africains dans une dépendance qui l’empêche de connaitre une réelle émancipation politique économique et sociale. L’œuvre interpelle surtout les africains sur la nécessité d’un réveil pour prendre en main leur destin. Figure de proue du panafricanisme contemporain, le président de l’ONG Urgences panafricanistes souvent Critiqué et contesté, incarne l’émergence de nouvelles voix qui prêchent par l’écriture la souveraineté africaine à travers une littérature engagée.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image : google image

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