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Report sine-die des élections présidentielles en Algérie

04.06.2019
Article de la rédaction AFRIC
Prévue pour se tenir au début du mois de juillet prochain, la présidentielle algérienne dénoncée par les manifestants n’aura pas lieu finalement. Aucune autre date n’a été communiquée

Le Conseil constitutionnel algérien a annoncé dimanche « l’impossibilité de tenir l’élection du président de la République, le 4 juillet 2019 » tout en demandant « la réorganisation de celle-ci ». Il a rejeté les dossiers des deux seuls candidats, Hamid Touahri et Abdelhakim Hamadi, deux personnalités quasi inconnues des Algériens. C’est une nouvelle victoire pour les manifestants qui réclamaient depuis des semaines le report de ces élections. En effet, la rue algérienne veut que tout le système mis en place depuis des années soit totalement changé. C’est donc un second report de la présidentielle car le premier aurait dû se tenir au mois d’avril dernier mais sous la pression de la rue, l’ancien président Abdelaziz Bouteflika y a renoncé. Il voulait se porter candidat à un cinquième mandat mais l’ampleur de la contestation l’a contraint finalement à déposer sa démission. Pourtant, le chef de l’armée Gaïd Salah Ahmed tenait absolument à ce que le scrutin soit organisé conformément aux dispositions constitutionnelles.

Mais la rue de son côté ne l’entendait pas de cette oreille. Plutôt que de se précipiter à organiser des élections qui risquaient de mettre au pouvoir une marionnette à la solde du système, la population algérienne elle, veut plutôt une transition longue. Raison pour laquelle, les manifestants battent le pavé tous les vendredis pour réclamer la fin de ce qu’ils appellent le « système ». Ce système qu’ils combattent est incarné selon eux par le président par intérim Abdelkader Bensalah et son premier ministre Noureddine Bedoui, tous deux très proches de l’ex chef de l’Etat.

Vide constitutionnel et appel au dialogue

Après le 7 juillet, l’Algérie entrera donc dans une période de vide constitutionnel car le mandat du chef de l’Etat par intérim aura pris fin et la constitution algérienne n’a rien prévu pour ce genre de cas. A partir de cette date, la question qui était sur toutes les lèvres dès l’annonce du report est celle de savoir qui va diriger le pays. Pour le journal français Le monde, « le Conseil constitutionnel laisse entrevoir de manière sibylline que l’intérim de Abdelkader Bensalah, qui expire normalement le 7 juillet, pourrait être prolongé jusqu’à la tenue d’une élection présidentielle. » En effet, le Conseil dans son communiqué a estimé qu’il « revient au chef de l’Etat de convoquer de nouveau le corps électoral et de parachever le processus électoral jusqu’à l’élection du président de la République et la prestation du serment constitutionnel ». Interrogé par le Huffpost Algérie, la juriste algérienne Fatiha Benabou pense que le président par intérim peut bien évidement convoquer le corps électoral mais il devrait au préalable quitter ses fonctions le 9 juillet. Mouloud Boumghar, professeur de droit public interrogé par Rfi pense de son côté que la décision du Conseil constitutionnel risque de déboucher sur un dialogue, une manœuvre de l’armée pour conserver les leviers du pouvoir. Pour lui, « un des scénarios possibles, c’est celui du dialogue sérieux comme le dit celui qui exerce le pouvoir réel, c’est-à-dire le chef d’état-major.  Les conditions du dialogue avec le pouvoir réel ne sont pas remplies, notamment de son côté. De son côté, elles tiennent à l’arrêt de la répression, au démantèlement progressif du contrôle sur la société, et deuxièmement il y a aussi autre chose, c’est l’objet du dialogue. »

Mouloud Boumghar ajoute aussi que « l’objet du dialogue aujourd’hui, tel qu’il est proposé par le chef d’état-major, est d’appliquer sa solution à lui. Sa solution à lui est d’aller vers l’élection présidentielle sous son contrôle, sous le contrôle du régime. Ils vont essayer de trouver des interlocuteurs qui vont leur sauver la mise, c’est-à-dire qu’ils vont accepter d’aller à l’élection présidentielle. Et ils vont faire cela par le biais d’un dialogue qui va essayer peut-être de débaucher dans l’opposition ceux qui veulent aller à l’élection présidentielle, et il y en a. » Pas sûr que la rue l’entende de cette oreille, elle qui ne veut même pas entendre parler de négociations avec les dirigeants actuels. La puissante organisation des Oulemas a proposé dès dimanche soir une instance présidentielle qui sera composée de 3 à 5 personnes. Entre des manifestants déterminés à obtenir la fin du système et l’armée déterminée elle aussi à conserver son influence, l’Algérie est dans une période de grande incertitude. Difficile de voir l’issue de cette crise pour le moment.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image/google images

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