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Faux médicaments : pourquoi le trafic perdure en Afrique ?

31.05.2019
Article from AFRIC Editorial
L’Afrique est devenue le dépotoir des faux médicaments dans le monde. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) 30% des produits pharmaceutiques vendus sur le continent noir, seraient contrefaits. Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest dont le Benin, la Côte d’Ivoire et le Nigeria ont connu ces derniers temps, des scandales liés à la vente de faux médicaments. Si les gouvernements semblent de plus en plus impliqués dans la traque de ces produits de santé à la qualité peu recommandable, le phénomène ne semble cependant pas faiblir et les différentes opérations de contrôles menées ça et là ont du mal à démanteler tout le circuit qui passe du lieu de fabrication à l’approvisionnement en allant jusqu’à la vente illégale de ces produits responsables du décès de millions de personnes chaque année.

La Chine et l’Inde, grands fournisseurs de faux médicaments

Les deux géants asiatiques que sont l’Inde et la Chine écoulent chaque année des tonnes de produits pharmaceutiques contrefaits en Afrique. Ils sont selon l’Institut Internationale de Recherche anti-contrefaçon, les acteurs majeurs de ce réseau criminel. Le continent noir qui connait constamment des ruptures de stock chronique de médicaments , s’est tourné vers ces deux fournisseurs qui ont fait de la contrebande de faux médicaments en Afrique un business selon World Economic Forum plus rentable que le trafic de cannabis. Ce réseau se développe sans quiétude grâce aux marchés privés où se tournent malheureusement souvent de grands hôpitaux en situation de pénurie de médicaments. Les antipaludiques sont parmi les produits les plus plébiscités car le paludisme malgré les nombreuses campagnes de vaccination menées par l’OMS continue d’être l’une des principales causes de décès en Afrique. En 2017 l’institution chiffrait à 219 million, le nombre d’individus infectés par cette maladie transmise par les moustiques tout en précisant que 90 % de ces personnes vivent sur le continent noir.

Avec sur leur emballage des instructions et labels d’authenticités, ces médicaments déversés en grande quantité en Afrique contiennent souvent dans leur composition, des produits toxiques, de la poudre de blé et de l’amidon susceptibles de créer des troubles de santé pouvant conduire à la mort. L’Inde qui demeure un grand fournisseur de médicament générique en Afrique réussit à injecter dans son économie près de 15 milliards de dollars grâce à ses exportations.

La pauvreté, un facteur majeur pour le trafic de faux médicaments

Dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, les médicaments contrefaits sont disponibles le long des voies publiques. Il est possible pour des clients d’avoir facilement accès à ces produits douteux dont les prix sont très bas comparés à ceux vendus en pharmacie. On trouve également dans les métropoles africaines des vendeurs ambulants qui transportent sur leurs têtes leurs produits sans crainte d’être interpellés par les pouvoirs publics ou les agents de maintien de l’ordre. Sans aucune formation médicale ils prescrivent des traitements aux malades ou clients qui leur demandent des conseils sur les produits à acheter en fonction de leurs maux ou de leurs besoins. Certains de ces vendeurs ambulants confient s’approvisionner directement auprès des chinois qui fournissent ces médicaments de la même manière dont ils procèdent pour la vente d’habits et autres accessoires vestimentaires.

Mais si les produits pharmaceutiques vendus dans la rue sont sollicités par la population très souvent inconsciente des risques qu’elle court, c’est en grande partie à cause la pauvreté et la cherté de la vie. De nombreux africains vivent sans couverture maladie. Souffrant, ils préfèrent par manque de moyens se tourner vers ces produits bas de gammes aux multiple dangers. Cette frange de la population ignore que les faux médicaments dont elle fait usage sont tout aussi dangereux que les maladies dont elle souffre. Ce business qui génère la mort et qui ne bénéficie jusqu’ici pas d’une réelle riposte est selon le Professeur Pierre Ambroise-Thomas, expert de l’OMS un crime contre l’humanité.

Des solutions pour endiguer le phénomène

Face à l’ampleur du trafic des faux médicaments, les pays africains ont engagé des actions. Si plusieurs décentes sur le terrains et opérations de contrôle menées par des services douaniers ont abouti à la saisi de tonnes de médicaments beaucoup reste à faire pour mettre un terme à ce marché honteux.

L’Organisation mondiale des douanes en collaboration avec l’Institut de recherche contre le médicament contrefait (IRACM) a organisé en Juillet dernier, une opération douanière d’envergure dans 16 ports d’Afrique de l’ouest et de l’Est qui a abouti à la saisie de 82 millions de doses de médicaments contrefaits. Le butin de cette opération baptisée « Vice grip 2 » était composé de contraceptifs, antipaludéens, antibiotiques et anti parasitaires dont le coût serait estimé à 30,7 millions d’euros. Si cette action a porté un grand coup à ce trafic illicite, d’autres actions doivent être menées pour permettre aux africains d’avoir accès à des soins médicaux de bonne qualité.

Souvent accusés de laisser entrer les médicaments contrefaits en échange de pots de vin, les services de contrôle locaux dans les ports doivent faire preuve d’intolérance dans l’exercice de leur fonction. Ces derniers nécessitent également une formation efficiente pour l’inspection de médicaments qui font leur entrée dans le pays.

Il est également important pour les pouvoirs publics de fournir des autorisations de commercialisation de médicaments pour mettre un terme à leur vente dans les marchés, les kiosques où dans la rue. Des sanctions juridiques lourdes infligées aux acteurs de ce trafic pourraient contribuer à dissuader ceux qui persistent à entretenir ces réseaux. A cela s’ajoute un travail d’éducation auprès des consommateurs pour une prise de conscience des dangers auxquels ils s’exposent en ayant accès aux faux médicaments.

Les établissements pharmaceutiques indiens et chinois premiers fournisseurs du continent en médicaments doivent travailler en synergie avec les Etats africains pour renforcer les contrôles dans la distribution de produits pharmaceutiques en partance pour l’Afrique. L’usage des nouvelles technologies est également une solution efficace notamment de certains outils comme le truscan, ce spectromètre portable permet en quelque seconde de détecter les médicaments contrefaits en analysant leur composition chimique. Il est généralement utilisé dans les aéroports et les postes frontaliers. Et enfin les africains qui ont une bonne connaissance de plantes médicinales aux vertus curatives peuvent se tourner vers la médecine traditionnelle. Moins couteuse et plus accessible sont efficacité s’est révélée au fil des siècles. Abandonnée par les africains elle continue malgré tout d’inspirer les grandes firmes pharmaceutiques et laboratoires de recherche.

Article from AFRIC Editorial

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