Association for Free Research and International Cooperation

Que cache la volte-face de le Drian à Kinshasa ?

24.05.2019
Article de la rédaction AFRIC
Après avoir jeté du discrédit sur l’élection de Felix Tshisekedi, le ministre français des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a été reçu lundi 20 mai 2019 à Kinshasa par le successeur de Joseph Kabila. Une visite controversée durant laquelle le chef de la diplomatie française a tenu un discours différent de celui qu’il a eu dès l’annonce de la victoire du candidat de l’UDPS. S’il loue aujourd’hui l’alternance qui a permis à la RDC d’avoir à sa tête un nouveau dirigeant, Jean-Yves le Drian dont la visite à Kinshasa coïncide avec la nomination d’un premier ministre et le retour au pays de l’opposant Moise Katumbi, soutient être en terre congolaise pour proposer à ce pays des Grands Lacs une coopération nouvelle avec Paris. Mais pour une certaine opinion cette nouvelle dynamique entre la France et la RDC devrait être prise avec quelques réserves.

Le Drian annonce une coopération bilatérale renforcée

Le ministre français de l’Europe et des affaires étrangères a entamé une mini tournée africaine de vingt-quatre heures qui l’a conduit à N’Djamena puis à Kinshasa. Dans la capitale congolaise, le chef de la diplomatie française a pu s’entretenir avec le chef de l’Etat Felix Tshisekedi. L’occasion pour lui de louer l’alternance démocratique dans ce pays et les nombreux changements qui ont eu lieu depuis l’arrivée aux pouvoir du fils de l’opposant historique Etienne Tshisekedi notamment la libération de prisonniers politiques, la fermeture des cachots où étaient emprisonnés certains opposants, l’avancement de l’Etat de droit et la décrispation du climat politique.

Cette visite, la première en RDC d’un ministre français des affaires étrangères depuis 07 a selon Le Drian pour but de renouer les relations entre la France et la RDC. Les domaines prisés de cette nouvelle coopération sont l’éducation, l’agriculture, l’énergie, la santé et la sécurité. Comme preuve de sa détermination à accompagner le nouveau président dans ses défis, Jean Ives Le Drian a fait part aux médias présents de la mobilisation par la France de 300 millions d’euros dédiés à la République Démocratique du Congo et dont la feuille de route signée par les deux parties sera suivie par une mission française qui sera bientôt déployée dans le pays. Autant d’initiatives promesses et compliments louables et qui contrastent grandement avec la manière dénigrante avec laquelle Jean-Yves avait accueilli l’annonce de l’élection de Felix Tshisekedi à la tête de la République démocratique du Congo.

Un changement de ton surprenant

L’attitude admirative affichée par Jean-Yves Le Drian à Kinshasa envers le nouvel exécutif congolais est surprenante d’autant plus qu’au lendemain de la proclamation par la CENI de la victoire de Felix Antoine Tshisekedi Shilombo à la présidentielle du 30 décembre, la France avait émis des doutes quant à la véracité de ces résultats. Son ministre des affaires étrangères était allé plus loin en indiquant que ce verdict était une sorte de “compromis à l’africaine”. Des affirmations étonnantes lorsqu’on sait que Paris tout comme l’Union européenne tenus à l’écart du processus électoral par les autorités congolaises n’avaient pu déployé aucun observateur en RDC pendant les élections. La bourde diplomatique de Le Drian avait d’ailleurs été critiqué par le camp Kabila tout comme celui de Tshisekedi indignés par ce qu’ils ont qualifié d’ingérence.

En critiquant les résultats proclamés par la CENI et en justifiant qu’ils étaient différents de ceux détenus par la Conférence épiscopale nationale du Congo, le chef de la diplomatie française laissait indiscrètement entendre que Martin Fayulu le candidat de la coalition Lamuka était le véritable vainqueur de la présidentielle du 30 décembre. Il était conforté dans cette prise de position maladroite par les dires de la CENCO, la puissante congrégation religieuse congolaise qui a déployé près de 40 000 observateurs sur le terrain et qui se targuait d’avoir le nom du vainqueur qui n’était pas celui émis par la Commission électorale nationale indépendante. Bien plus les propos de Jean Ives le Drian ont contribué à raviver les tensions au sein de la classe politique congolaise où l’opposant Martin Fayulu soutenait mordicus avoir été victime d’un « hold-up électoral. Ayant encore en mémoire la bourde diplomatique de Le Drian, de nombreux observateurs de la scène politique congolaise se demandent ce qui peut bien cacher le retournement de veste surprenant de Paris.

« L’élection s’est achevée finalement par une espèce de compromis à l’africaine (Jean-Yves Le Drian au lendemain la proclamation des résultats de la présidentielle)

« Je constate avec plaisir qu’il y a eu une vraie élection démocratique validée par la Cour constitutionnelle et validée par l’Union africaine. Et cette alternance, qui est effective, se concrétise aussi par des actes. Ce n’est pas uniquement une alternance du discours. (Jean-Yves Le Drian 04 mois plus tard)

Une visite qui coïncide avec une série d’évènements

Avec la visite à Kinshasa du ministre français des affaires étrangères, la coopération franco-congolaise prend une nouvelle tournure. Cependant l’arrivée de Jean-Yves Le Drian dans la capitale congolaise coïncide de manière étrange avec une série d’évènements qu’il serait difficile de mettre sous le compte du hasard. Le premier est le retour à Lubumbashi de l’opposant Moise Katumbi après trois ans d’exil forcé. L’ex gouverneur du Katanga qui se revendique de l’opposition bénéficie d’ailleurs du soutien des puissances occidentales qui avaient dénoncé sa mise à l’écart du scrutin présidentiel par le clan Kabila. Avec la cote de popularité dont il jouit toujours au sein de la population il est en passe de devenir le vrai prochain opposant de la République Démocratique du Congo. Le ministre français des affaires étrangères s’est réjoui du retour de Katumbi qui avait fait l’objet d’un plaidoyer de la part du président français Emmanuel Marcon lors de sa visite le 14 mars à Nairobi au Kenya. Le chef de l’Elysée tout en saluant la libération des prisonniers politiques avait appelé le président congolais à faire un geste vis-à-vis de l’autre opposition faisant indirectement allusion à Moise Katumbi.

L’arrivée de Jean-Yves Le Drian coïncide également avec la nomination d’un nouveau premier ministre après 04 mois de laborieuses discussions entre le FCC la coalition pro Kabila et le clan Tshisekedi. Sylvestre Llunga Llunkamba dont la désignation par le clan Kabila a finalement été validé par Felix Tshisekedi est un vieux routier de la politique congolaise qui a servi sous le régime de Mobutu Sese Seko. Contrairement aux autres candidats proposés par Joseph Kabila, il n’est pas une figure de proue de l’ancien système.

Et enfin Jean-Yves Le Drian débarque à Kinshasa juste après le dernier voyage à Washington de Felix Tshisekedi qui a demandé l’aide des Etats Unis sur le plan sécuritaire et économique tout en soulignant son désir de « déboulonner le système dictatorial qui était en place ». Tout laisse donc à croire que Le Drian arrive à Kinshasa pour encourager Felix Tshisekedi à prendre ses distances avec l’ancien régime avec qui il est lié par un accord de partage de pouvoir et qui de surcroit contrôle encore les principales institutions du pays.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image : google image

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