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International Crisis Group plaide l’apaisement entre gouvernement Tchadien et milice d’auto défense à Miski

23.05.2019
Article de la rédaction AFRIC
Dans un rapport intitulé « Tchad, sortir de la confrontation à Miski », ICG revient sur la tension entre les autorités et la population de cette localité. Pour l’ONG, il faut dialoguer pour éviter les violences

Depuis 2012 et la découverte de gisements d’or, la localité de Miski dans l’extrême Nord du Tchad frontalière avec le Sud de la Libye devient de plus en plus l’objet de toutes les attentions. Très vite, ce que l’on pouvait qualifier de ruée vers l’or s’est transformée en objet de tensions entre les Teda, originaires de la région, et les autres populations venues des régions centrales et orientales pour profiter de la manne. Les Teda ont demandé à l’État d’interdire l’activité d’orpaillages. Ils accusent les orpailleurs d’utiliser les produits toxiques et voient également d’un mauvais œil la présence des Zaghawa, l’ethnie du président Deby, dans la localité. Les Teda accusent les Zaghawa de vouloir faire main basse sur cet or. Le gouvernement tchadien décide donc de mettre un terme à cette exploitation artisanale de l’or et déploie l’armée dans la localité. Selon International Crisis Group, « cette interdiction n’est pas respectée. L’exploitation continue de manière clandestine. Les incidents entre orpailleurs et populations locales se multiplient à Miski et la demande d’armements s’accroit. Selon des responsables Teda, beaucoup d’officiers de l’armée tchadienne, en cheville avec les orpailleurs, prennent position en leur faveur et profitent eux-mêmes de la manne aurifère ».

Brusque regain de tensions

La crispation entre les membres de l’ethnie Teda et l’État tchadien s’est accentuée durant l’année 2015. Les premiers accusent les seconds de vouloir s’accaparer de l’or de la localité qu’ils considèrent comme leur propriété. Le sang des Teda n’a fait qu’un tour lorsqu’ils ont vu débarquer sur le site une équipe canado-tchadienne et une autre tchado-sud-africaine toutes deux détentrices de permis d’exploitations délivrée par les autorités. Pour ICG, « l’arrivée d’investisseurs étrangers au Tibesti, sans que la population n’ait été consultée en amont, éveille des soupçons chez les Teda qui y voient une tentative du pouvoir de faire main basse sur leur or. Ainsi, lorsque les personnels de ces sociétés tentent de s’établir à Miski, les wangada leur opposent une fin de non-recevoir. » N’Djamena considère cet acte comme une défiance vis-à-vis de son autorité et durcit le ton tandis que les Teda créent de leur côté une milice d’auto défense.

L’année 2018 marque le début des violences entre l’armée tchadienne et population Teda à Miski. « Deux événements ont fait office de détonateurs : un découpage administratif contesté par les populations locales de Miski et le lancement d’une opération militaire dans le Tibesti qui a fait des victimes civiles teda. » En effet, les autorités ont décidé par ordonnance d’amputer Meski du Tibesti et le rattacher au Borkou où les Teda ont moins d’influences contrairement au Tibesti. Dans le même temps, « N’Djamena opte pour l’option militaire et déploie l’armée, sous le commandement de Mahamat Idriss Déby, alias Kaka, le fils d’Idriss Déby. Cet emballement sécuritaire débouche sur de violents affrontements entre soldats et civils armés, membres du comité d’autodéfense qui a muté en mini-rébellion. Depuis décembre 2018, l’armée s’est retirée à 100 kilomètres de Miski mais les autorités continuent à isoler la ville en contrôlant ses voies d’accès. »

Privilégier le dialogue plutôt que la fermeté

Face à une situation qu’elle trouve préoccupante en raison notamment de la tension en Libye et de la récente incursion d’un mouvement rebelle tchadien à l’intérieur du pays, l’ICG prône une solution négociée.  S’appuyant sur les revendications de la milice d’auto défense qui, rappelle l’ONG, sont locales plutôt que politiques, International Crisis Group conseille aux autorités tchadiennes « d’adopter une rhétorique moins agressive et démentir les rumeurs de nouvelle intervention militaire à Miski. Elles devraient desserrer l’étau sécuritaire autour de Miski en rouvrant les voies d’accès, en remettant les puits de la région en état de marche et en facilitant l’accès aux acteurs humanitaires à la localité.  Aussi, pourraient-elles « revenir sur la décision, très impopulaire, de rattacher la localité de Miski au Borkou et se déclarer ouvertes au dialogue » souligne les analystes de ICG.

Ils affirment aussi que « ce dialogue, qui devrait impliquer les représentants de l’Etat et du groupe d’autodéfense de Miski mais aussi les chefs traditionnels et les députés de la région, pourrait être facilité par des figures teda reconnues par le gouvernement et les populations locales. Parmi les sujets abordés devraient figurer, entre autres, la répartition des revenus de l’or en cas d’exploitation industrielle, la nomination de davantage de Teda au sein de la hiérarchie militaire dans la région, et des pistes de réinsertion pour les membres du comité d’autodéfense prêts à désarmer. »  Pour marquer leur bonne volonté, « les représentants du comité d’autodéfense devraient publiquement se déclarer ouverts à une négociation avec l’État » le briefing.

Enfin, Crisis Group demande aux « partenaires internationaux du Tchad, en particulier les agences des Nations unies, l’Union européenne et ses Etats membres, de pousser pour un dialogue et encourager les autorités à faciliter un accès humanitaire à cette zone. » Les autorités tchadiennes n’ont pour l’instant pas encore réagit à ce rapport.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image : google image

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