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Côte d’Ivoire : le rap ivoire fait loi

22.05.2019
Article de la rédaction AFRIC
Sur la scène bouillonnante de la musique ivoirienne, un genre tente de s’arroger le titre de parrain. Le rap ivoire. Entre texte crus, mélodies entraînantes et personnalités hard, le rap se fraye un chemin à succès, désormais aidés par l’arrivée de majors sur les bords de la lagune Ebrié.

80-90, les années de gestation

Le rap n’est pas un genre nouveau en Côte d’Ivoire. Le pays d’Afrique de l’Ouest s’est lui aussi laissé aller à la fureur des années « old school » et « gangsta » des 80-90. À cette époque, les groupes RAS ou encore MAM séduisaient les mélomanes sur les ondes radios et la télévision ivoirienne. Des sonorités un peu calquées sur le modèle occidental. Même si le groupe RAS tente d’intégrer dans leurs paroles des termes inspirés du terroir ivoirien et de son fameux argot, le Nouchi (un mélange de français et de plusieurs langues locales apparu au début des années 1980).

Il faut attendre la fin des années 90 pour voir véritablement éclore le rap ivoire. Nash, l’une des précurseurs du mouvement débarque sur scène avec un remix du titre à succès « 1er gaou » du groupe Magic System, entièrement façonné en nouchi. S’en suivent de nombreux autres titres avec lesquels la rappeuse surfe avec brio sur le nouchi, et sur le rap, avec pour colonne vertébrale des sujets sociétaux. Si le style plaît, le succès commercial, lui, n’est pas toujours au rendez-vous.

Kiff no Beat, Suspect 95, Bop de Narr… héritiers du mouvement

Puis, au mitan des années 2000, débarque le groupe Garba 50. Issu des quartiers populaires de la capitale ivoirienne, Abidjan, le groupe sait s’inspirer des réalités de l’Ivoirien lambda et le dire en chanson. Des paroles crues, envoyées dans le nouchi, enrobées d’humour : la recette du succès est toute trouvée.

Le groupe aurait même pu collecter les récompenses et les disques d’or si l’industrie du disque en Côte d’Ivoire était davantage structurée. Face aux difficultés de production, la piraterie, et un réseau de distribution limitée, le groupe s’essouffle. Toutefois, il a su passer le relai à d’autres artistes séduits par son engagement et sa perspicacité.

Parmi ces héritiers du rap ivoire, il faut compter avec le groupe Kiff No Beat, Bob2Narr, MC One, l’arrangeur et chanteur Shado Chris ou encore Suspect 95, pour ne citer que ceux-là. À côté des artistes du coupé-décalé, ils constituent les stars du moment.

Et la recette n’a pas changé. Aujourd’hui, plus qu’avant, dans un monde régi par le buzz et la polémique, ces artistes se jouent des controverses pour promouvoir leurs titres, notamment sur les réseaux sociaux. Clips audacieux réalisés par les meilleurs réalisateurs de la place, styles extravagants, paroles crues inspirées des faits de société, et toujours cette once d’humour… ces nouvelles perles du rap ivoire ont surtout bien d’arguments en leur faveur en dépit des censures auxquelles ils font souvent face.
« L’inspiration, elle est naturelle ; je m’inspire des faits de société, je m’inspire de tout ce qui se passe autour de moi. Je décris mon environnement en fait, voilà, je chante ce que tu vis, je chante ce que je vis, je chante ce que nous vivons, c’est un peu cela », expliquait par exemple le rappeur Bop de Narr dans une interview à l’AFP en septembre 2018.

Une réorganisation de la production

Le boom d’internet a notamment favorisé une meilleure promotion des titres non seulement sur les sites de streaming tel que YouTube ou encore sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat…), et cela, à moindre coût, favorisant dès lors une meilleure autoproduction pour les artistes qui n’arrivent pas à convaincre les maisons de production.

Mais aujourd’hui, cette équation est en passe d’être résolue avec l’arrivée à Abidjan des majors mondiaux de la production musicale : Sony Music et Universal Music sont notamment arrivés en appui à l’industrie du disque ivoirienne dès 2017. Le groupe Kiff No Beat parti de son village Kiyi natal est désormais labellisé Universal Music Africa et la maison de production tente de mettre la main sur d’autres pouces de la musique ivoirienne, tout comme son rival Sony. Principal avantage, la possibilité pour ces artistes de s’exporter au-delà des frontières ivoiriennes et africaines. « On souhaite que l’Afrique bénéficie des mêmes structures de production, des mêmes investissements dans le domaine de la culture que les autres continents. Mais on ne fait pas dans l’humanitaire. Les majors regardent les chiffres : il y a 700 millions de téléphones portables en Afrique, le streaming arrive. L’Afrique est déjà un marché important et il va exploser », confiait au Monde Afrique José Da Silva, qui dirige Sony Music Entertainment en Côte d’Ivoire.

Le rap ivoire a donc encore de beaux jours devant lui. Rien que ça !

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image/google images

 

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