Association for Free Research and International Cooperation

La Gambie deux ans sous la présidence d’Adama Barrow

21.05.2019
Article de la rédaction AFRIC
Deux ans après le départ contraint de Yahya Jammeh du pouvoir pour un exil à Malabo en Guinée Équatoriale, la Gambie semble revivre

Fini l’époque où la population vivait sous la crainte de la police politique et ou la moindre critique à l’égard de l’ancien pouvoir était synonyme de séjour dans la très sinistre prison de Mile 2. Les journalistes travaillent plus librement, chose impossible sous Yahya Jammeh.  Deux ans après son arrivée au pouvoir, le nouveau président Adama Barrow a entamé d’importante reformes dans le pays. En effet, il a mis sur pied un plan de développement national étalé sur 3 ans. Le plan de Barrow « cherche à rétablir l’état de droit, renforcer la démocratie, promouvoir la justice transitionnelle et transformer le secteur de la sécurité ». Ce plan mis en place après consultation de différents acteurs parait ambitieux au regard de l’état dans lequel se trouve les institutions sous le régime autoritaire de l’ancien homme fort de Banjul.  D’après le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, « les réformes judiciaires ont commencé par la nomination de juges gambiens pour remplacer les juges étrangers qui avaient été nommés par Jammeh. L’ancien dirigeant avait depuis longtemps utilisé les tribunaux comme un outil pour consolider son pouvoir et des juges étrangers étaient embauchés et congédiés régulièrement selon son bon vouloir. »

Satisfecit de l’UA sur les réformes

En janvier 2018, la Commission vérité, réconciliation et réparation mise en place avait commencé à recueillir des témoignages des victimes de répressions sous Yaya Jammeh. Dans le même temps, un programme de réforme du secteur de la sécurité (RSS) a été lancé en septembre 2017 « dans le but d’établir un secteur de la sécurité qui sera efficace, professionnel et responsable. »  Le programme a été lancé avec l’appui de l’Union Africaine et devrait se dérouler en deux phases. La deuxième phase du processus consistait à examiner les compétences et à développer de nouvelles normes et missions conformes au PDN et se terminera par l’adoption cette année d’une nouvelle politique nationale de sécurité. En avril dernier, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA a félicité le gouvernement de la Gambie pour ses efforts en vue de la consolidation de la démocratie dans le pays, entre autres, à travers le processus actuel de réformes, qui selon l’organisation panafricaine contribuera de manière significative à la promotion de la stabilité, de la croissance économique et de la prospérité du pays. En outre, le communiqué de l’UA du mois d’avril dernier précise que le Conseil de Paix et de Sécurité souligne l’importance pour le Gouvernement de la Gambie de jouer le rôle moteur dans le processus de réformes, sur la base des priorités définies par le pays. Il faudrait aussi que les autorités gambiennes accélèrent le processus de prise de décision sur tous les aspects liés. Adama Barrow et son gouvernement sont fortement encouragés à tirer les enseignements et s’inspirer des bonnes pratiques des autres États membres de l’UA qui ont conduit avec succès des exercices de réforme du secteur de la sécurité.

L’ombre de Jammeh Plane toujours

Il serait bien naïf de croire que l’arrivée au pouvoir il y a deux ans de Adama Barrow a réglé tous les problèmes. Même s’il y a des éléments de satisfaction, le quotidien des gambiens reste toujours rythmés par les délestages quotidiens, l’augmentation des prix des denrées de première nécessité. Et pour ne rien arranger les choses, les rivalités politiques sont toujours présentes. Même s’ils ont perdu de leurs influences, les partisans de l’ex président Yahya Jammeh sont toujours présents. D’après certains témoignages rapportés par des journaux, les fidèles de l’ancien homme fort défient les autorités en arborant des tee-shirt à l’’effigie de leur ancien champion. Les reformes annoncées prennent aussi du retard, difficile de changer un système qui a prévalu pendant plus de 20 ans. L’autre épine dans le pied de Adama Barrow, c’est la division au sein de l’armée.

En effet, selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, « l’armée est divisée entre les loyalistes de Jammeh et ceux de Barrow. Cette division est en partie attribuée aux rumeurs que la communauté minoritaire Jola dont Jammeh est membre, est victime de discrimination de la part de la nouvelle administration. » C’est sans doute en raison de cette division que le président Barrow est toujours protégé par des gendarmes sénégalais. « Une garde présidentielle est en cours de formation. En attendant, tant que nous n’avons pas de garanties sur la loyauté des gens qui doivent protéger le président Barrow, nous préférons assurer cette mission », déclarait il y ‘a un an une source militaire ouest-africaine à l’hebdomadaire Jeune Afrique. Il reste des efforts à faire pour le gouvernement de Barrow mais aux dires de beaucoup d’observateurs, le pays est sur le bonne voie.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image : google image

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