Association for Free Research and International Cooperation

Le trafic d’organes de migrants : des actions toujours en attente

17.05.2019
Article de la rédaction AFRIC
En 2009 le monde apprenait avec stupeur grâce aux témoignages de migrants africains arrivés en Italie, une autre facette cruelle du calvaire vécus par ces derniers durant leur périple pour rejoindre les côtes européennes via la Méditerranée. Ces aveux faites à Mussie Zerai, prêtre catholique de nationalité Erythréenne et président d’une association dévouée à la cause du sauvetage de migrants en mer Méditerranée révélaient aux yeux de l’humanité, l’existence de vastes réseaux de trafic d’organes. Un trafic lugubre entretenu par le marché noir et qui a couté à plusieurs candidats à l’immigration clandestine des organes et au pire des cas la vie.

Dénoncé par de nombreuse ONG, ce trafic qui en Afrique avait pour foyer l’Egypte est alors pratiqué par des groupes criminels qui ont réussi à développer autour de l’immigration clandestine, une traite des hommes, des femmes et d’enfants. Les organes prisés sont les reins, des cornées, le foie et parfois le cœur. Prélevés chez les migrants ils sont vendus par la suite à prix d’or à des patients en attente d’une greffe en Europe ou dans des pays comme les États-Unis et l’Arabie saoudite.

Ce business bien que sinistre est financièrement rentable à en croire les données révélées par la fondation Global Financial Integrity. Il rapporterait aux groupes criminels une somme annuelle d’1,4 milliard de dollars. Les victimes qui sont des migrants en détresse viennent dans la plupart des cas des pays africains tels que la Somalie, le Soudan, l’Éthiopie et d’Érythrée ou encore ceux du moyen Orient en conflit à l’exemple de la Syrie et de l’Iraq. L’émotion passée, les premières actions posées pour démanteler ces réseaux n’ont cependant pas permis d’endiguer définitivement cette pratique.

Un trafic développé en Egypte et transféré en Libye                                                 

Le trafic d’organes est un fléau qui existe depuis des années et l’Egypte , selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est l’un des pays les plus touchés au monde par ce phénomène bien après la Chine, les Philippines et l’Inde. De par sa position géographique , ce pays d’Afrique du Nord attire des migrants  venant du Moyen-Orient, du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne fuyant la guerre et la misère et en quête de meilleurs lendemains. Des investigations ont permis de démanteler des foyers qui au début traitaient avec de pauvres citoyens obligés de vendre leurs organes mais qui par la suite se sont étendus aux migrants clandestins de passage dans le pays pour rejoindre l’Europe.

En Egypte, la zone désertique du Sinaï est le lieu où les trafiquants ont souvent opéré. Sur les pleines sableuses de ce vaste territoire, se retrouvaient abandonnés, les corps sans vie de migrants africains dépourvus d’organes vitaux et présentant des cicatrices ou points de couture cousus à la va vite. Des images effroyables mais qui sont pourtant une preuve de la barbarie qui se pratiquaient dans cette zone abandonnée des pouvoirs publics égyptiens et qui s’est retrouvée occupée par les groupes terroristes ayant prêté allégeance à l’Etat Islamique. Les prélèvement d’organes de migrants au début se faisaient avec le consentement de ces derniers lorsqu’ils n’étaient pas à mesure de payer les passeurs. Mais le trafic a très vite pris d’autres tournures. Pour certains organes comme le cœur des migrants ont été tués par leurs bourreaux. Dans d’autres cas, les opérations de prélèvement d’organes humains ont eu lieu sans l’aval des concernés se retrouvant séquestrés de forces.

A bord de camping-car équipés comme des salles d’opération des médecins véreux se rendaient dans le Sinaï pour entrer en contact avec des intermédiaires retenant en otage des migrants sur qui étaient pratiqués des opérations de prélèvement d’organes. Une fois l’outrage commis certains migrants étaient tués par leurs bourreaux ou se retrouvaient tout simplement abandonnées et sans prise en charge médicale. Pour ne pas avoir à subir ce calvaire certains ont dû payer à prix d’argent leur liberté. Les nombreuses dénonciations faites çà et là ont permis en 2011 au gouvernement égyptien de mettre la main sur certains de ces criminels opérant dans le Sinaï. Mais ces efforts n’ont pour autant pas mis fin au trafic d’organes puisque la pratique s’est vite déportée vers la Libye voisine qui reçoit également depuis la chute de Mouammar Kadhafi un flux de migrants impressionnant.

Des actes insuffisants pour endiguer le phénomène

L’esclavage auquel sont victimes les migrants d’Afrique subsaharienne en terre libyenne a été révélé au grand jour grâce au reportage de Nima Elbagir, journaliste soudanaise de la chaine d’information américaine CNN. Les vidéos qui ont fait le tour du monde montraient des hommes, des femmes et des enfants vendus comme du bétail. Leurs sorts après la vente, ne se limitant pas uniquement à travailler comme ouvriers dans des plantations ou encore domestiques dans des maisons, plusieurs de ces migrants vendus étaient des victimes potentielles pour le trafic d’organes humains à des fins de transplantation. Pour abolir cette pratique, de nombreuse voix se sont fait entendre sur le continent noir, dont celle du juriste ghanéen Bobby Banson pour exiger de l’Union Africaine, la création d’un tribunal spécial devant juger les auteurs de ces actes qualifiés de « crime contre l’humanité ». Une initiative qui malheureusement n’a pas été prise par l’instance panafricaine qui s’est contentée de condamner ces pratiques qu’elle a qualifié d’ignobles tout en appelant les autorités libyennes qui ont promis de faire la lumière sur ces actes criminels à des actions rapides pour trainer leurs auteurs devant la justice.

La saga médiatique causée par les révélations de CNN au sujet de la vente de migrants avait poussé de nombreux pays d’Afrique subsahariennes tels que la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun à organiser des retours massifs de migrants détenus en Libye. Si des mesures ont été prise pour leurs réinsertion sociale, le juriste ghanéen Bobby Banson s’inquiète de la non prise en charge médicale de ceux qui durant leurs séjours en Libye auraient perdus des organes. Selon lui les migrants une fois de retour dans leurs pays d’origine devaient bénéficier de soins médicaux appropriés.

En Europe, l’Italie a décidé de coopérer avec la Libye pour réduire les flux migratoires. Une coopération qui semble porter des fruits puisque Malte qui a longtemps été parmi les premières voie d’entrée en Europe a connu une baisse drastique d’arrivée de migrants. Mais cette mesure a des failles puisque les migrants interceptés pendant la traversée de la méditerranée par les gardes côtes libyens sont renvoyés en Libye dans des centres aux conditions inhumaines. Or pour l’Organisation Internationale pour la migration (OIT), ces migrants interceptés devraient au lieu d’être gardés dans ces centres surpeuplés faire l’objet de rapatriement dans leur pays d’origine. Malgré l’accord signé entre l’Union européenne et le gouvernement d’Union Nationale, pour empêcher l’arrivée massive de migrants vers les côtes européennes, la Libye depuis la chute du régime de Kadhafi reste un Etat en faillite et constamment en guerre où tout reste à refaire.

Amnesty International propose comme solution au trafic d’organes de migrants des actions fortes à mener sur le plan politique pour la sécurisation des routes migratoires la solution juridique étant limitées. Cependant le mutisme des Etats africains face cette barbarie d’un autre genre devrait également permettre aux jeunes africains candidats à l’immigration clandestine de prendre consciences des dangers auxquels ils s’exposent en voulant rejoindre par tous les moyens l’eldorado européen au prix de leur dignité et parfois de leur vie.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit images/google images

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