Association for Free Research and International Cooperation

Le Tchad un an après l’entrée en vigueur de la IVème République

12.05.2019
Article de la rédaction AFRIC
Il y a un an, la IV eme était promulguée au Tchad, faisant entrer le pays dans un régime présidentiel intégral. Le poste de Premier Ministre était supprimé et le mandat du président de la République est passé de 5 ans renouvelable indéfiniment à 6 ans renouvelable une fois. Un an après ce chamboulement, quel bilan peut-on en tirer ?

Les thuriféraires du régime ont défendu bec et ongle ce projet de passage à la IVème République dans les médias nationaux et internationaux. A l’époque, à les écouter, cette nouvelle constitution devait permettre le renforcement de la démocratie tchadienne – si tant est qu’on puisse dire que le Tchad est démocratique. En discutant avec les Tchadiens, il se dégage le sentiment d’un durcissement du régime du président Deby Itno. Les interdictions de manifestations se multiplient et d’ailleurs aucune marche de contestation n’a été autorisée en dehors de celles des organisations affiliées au parti au pouvoir. Les rares tentatives ont été étouffées dans l’œuf ou durement réprimées par les forces de l’ordre. La dernière en date est l’interdiction de la marche organisée par le collectif contre la vie chère par rapport à la pénurie du gaz. Les initiateurs de cette marche ont été arrêtés avant d’être libérés quelques jours plus tard.

Les organisations de défense des Droits de l’Homme n’ont cessé de dénoncer l’autoritarisme du pouvoir depuis l’instauration de cette nouvelle République. Selon Tity Agbahey d’Amnesty International, « dans le cadre de l’instauration de la Quatrième République, les autorités ont promulgué un certain nombre de textes, dont une ordonnance portant régime des associations, sans tenir compte des recommandations formulées par des organisations nationales et internationales de défense des droits humains. La nouvelle ordonnance contient des dispositions vagues et confère des pouvoirs importants au ministre de l’administration du territoire, par exemple en maintenant une disposition antérieure selon laquelle les citoyens qui créent des associations doivent recevoir au préalable une autorisation avant de démarrer leurs activités ». Ce durcissement constaté par les ONG, s’illustre également par les difficultés d’accès à internet en général et aux réseaux sociaux en particulier. La population est obligée d’utiliser les VPN pour contourner cette censure alors que de son côté, le gouvernement avance des arguments sécuritaires pour justifier cette coupure.

Pour le parti au pouvoir, tout va bien Mme la marquise

Face aux critiques virulentes des ONG et des partis de l’opposition, Mahamat Zen Bada, le Secrétaire général du Mouvement Patriotique du Salut, le parti au pouvoir, tire pour sa part un bilan satisfaisant de la première année sous la IVeme République. Interrogé par la radio allemande DW, il bote en touche. Selon lui, il n’y a pas de tension comme le prétendent les opposants. Au sujet des restrictions d’Internet, le Secrétaire général du MPS déclare sans gêne que « c’est un débat d’intellectuel. La grande masse des Tchadiens est analphabète et est plus préoccupée par son souci du quotidien ». Mahamat Zen Bada préfère quant à lui se réjouir des décisions comme la levée des taxes douanières sur les produits de premières nécessités récemment décidée ainsi que l’apurement de la dette intérieure du pays.  En clair pour le pouvoir « on va bien », il faut donc circuler, il n’y rien à voir.

Pourtant, Payimi Padacké Albert, dernier Premier Ministre d’Idriss Deby Itno avant la suppression du poste n’est pas du même avis que ses alliés du MPS. Celui qui avait été l’un des architectes de cette nouvelle constitution se montre aujourd’hui très critique à l’égard du pourvoir. Il estime que « la 4ème  République n’est pas celle que nous avons soutenue. Il était question de faire des économies mais à l’évidence, c’est le contraire ». Le dernier PM de Deby ajoute encore qu’« on est passé de vingt-trois régions à vingt-trois provinces. De 375 sous-préfectures qu’on a supprimées, on est passé à 438 communes et d’autres créations continuent encore. Le système institutionnel de la 4ème République marque globalement un recul, tant sur le terrain du sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs que sur celui de la gouvernance administrative. »

Le serment confessionnel imposé à tous les hauts responsables avant leur prise de fonction dans la nouvelle constitution continue encore de faire couler beaucoup d’encre. Les organisations chrétiennes continuent de le dénoncer, parce que contraire à leurs croyances religieuses mais aussi à la laïcité inscrite dans la constitution. On se souvient encore du refus de se soumettre au serment confessionnel de Djibergui Amane Rosine nommée ministre de l’Aviation civile, du Transport et de la Météorologie et remplacée séance tenante par le président Deby Itno dans le premier gouvernement de la IVème République. Les multiples remaniements ministériels intervenus depuis mai 2018, date de la proclamation de la nouvelle République, témoigne aussi du bilan contesté de celle-ci. L’expérience de la première année d’une présidence intégrale au Tchad est donc loin d’être une avancée démocratique.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image : google image

To view full news and leave comments you must be logged in. Please join the community