Association for Free Research and International Cooperation

Tournée sahélienne de Merkel : Un nouveau style de partenariat proposé aux africains

08.05.2019
Article de la rédaction AFRIC
Présente sur le continent africain depuis le XVIIe siècle, l’Allemagne à la fin de la première guerre mondiale se retrouve dépourvue de ses colonies africaines au profit de la France et de la Grande Bretagne. Aujourd’hui Berlin semble vouloir renouer avec l’axe germano africain. Un désir matérialisé à travers les déplacements que sa dirigeante Angela Merkel multiplie sur le continent. Après la première tournée en 2018 qui l’a conduit dans 03 pays d’Afrique de l’Ouest dont le Ghana, le Nigeria et le Sénégal, Angela Merkel a effectué la semaine dernière un nouveau déplacement en terre africaine. Une tournée sahélienne basée uniquement sur des questions sécuritaires comme en témoigne d’ailleurs l’absence dans sa délégation, d’hommes d’affaires allemands.

Dans une région sahélienne en proie au terrorisme et au manque de perspectives pour la jeunesse cible de recruteurs djihadistes et candidate à l’immigration clandestine, la chancelière est venue proposer l’aide allemande face aux défis sécuritaires que rencontre ce vaste territoire. Moins influente sur le continent comparé à la France et la Chine, l’Allemagne est néanmoins présente sur le terrain grâce à certaines de ses entreprises ayant investies dans des domaines tels que les transports, la santé et l’agriculture. Au continent africain qu’elle veut voir autonome et préoccupée par ses promesses de réformes, elle propose une coopération basée sur l’aide au développement. Et parce que la paix et la stabilité sont des éléments fondamentaux pour un climat propice aux affaires, Berlin par la tournée sahélienne de madame Merkel a décidé de s’attaquer aux préoccupations sécuritaires de cette région en proie au terrorisme.

Défis sécuritaires dans le sahel : la main tendue de Berlin

Neuf mois après son dernier déplacement en Afrique, Angela Merkel a fait son come-back sur le continent noir avec cette fois des promesses d’aides axées sur les défis sécuritaires auxquels est confronté la région sahélienne. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, les destinations choisies par la dirigeante allemande sont toutes trois confrontées au terrorisme. Membres du G5 Sahel, la coalition formée avec la Mauritanie et le Tchad pour contrer la menace djihadiste, ces trois pays visités par Merkel ont bien accueilli l’aide proposé par l’Allemagne. L’arrivée d’Angela Merkel au Burkina Faso à un moment où se déroulait à Ouagadougou le sommet du G5 Sahel est tombée à point nommé. L’occasion pour l’Allemagne de peaufiner son discours sur ses préoccupations en Afrique mais surtout de se montrer disposée à offrir son aide. Pour voler au secours de la région sahélienne, Berlin n’a pas fait dans la fine bouche en promettant notamment au Burkina Faso sa première escale, une aide de 46 millions d’euros destinée à l’investissement dans la lutte contre le terrorisme. Le G5 Sahel s’en tire également avec une promesse de 60 millions d’euro qui sera consacrée à la formation des soldats et à l’achats des équipements nécessaires. En faisant des promesses d’aide à la force militaire du G5 sahel, Angela Merkel a marqué des points auprès des présidents des pays membre de cette organisation qui attendent toujours des financements externes.

Elle a également parfait sa stature en acceptant de jouer les médiatrices auprès du conseil de sécurité de l’ONU pour l’adoption d’un mandat visant à renforcer les effectifs de la force du G5 Sahel composée uniquement de 5000 éléments. L’Allemagne en prenant un tel engagement sait qu’elle se met à dos les Etats-Unis qui restent opposés à l’adoption d’une telle mesure. Mais la confrontation pour la quatrième puissance économique mondiale en vaut la peine. Profitant de cet élan de générosité, les responsables du G5 Sahel désirent également de madame Merkel une implication personnelle auprès de l’Union européenne pour que soit livré aux soldats de la force régionale, les équipements et armes lourdes promise par l’organisation européenne. Ce n’est que partie remise car l’Allemagne semble déterminée à aller plus loin, elle qui fait face au flux migratoire causé par la dérive installée en Libye après la chute du régime de Mouammar Kadhafi.

Mea culpa sur le dossier libyen

Lors de son déplacement en Afrique de l’Ouest en 2018, la chancelière allemande s’était dit préoccupée par l’ampleur de l’immigration clandestine et avait appelé les Etats africains à redoubler d’efforts pour mettre un terme à ce fléau qui vide l’Afrique de ses mains valides et crée des tensions au sein de l’Union européenne. Face aux doléances des dirigeants du G5 Sahel au sujet de l’ingérence de l’Italie et de la France sur le dossier libyen et qui loin de calmer les tensions dans ce pays contribue plutôt à envenimer la situation sur le terrain , Angela Merkel n’a pas seulement accepté de calmer les ardeurs de ses deux voisins européens, elle a également  saisie cette occasion pour exprimer les regrets de l’Allemagne quant à son inaction au moment où le sort de la Libye avait été discuté au conseil de sécurité de l’ONU en 2011. Elle a aussi reconnu avoir mal agit en n’accordant aucun intérêt à la solution africaine qui réclamait un règlement pacifique de ce conflit privilégiant la voie du dialogue. Lors du sommet du G5 Sahel à Ouagadougou, le soutient européen au premier ministre Sarraj a également été remis en cause par les présidents africains qui jugent qui le maréchal Aftar serait l’homme de la situation en Libye.

Merkel propose à l’Afrique une vision différente

L’Allemagne contrairement à la France a un passé colonial moins douloureux avec les pays africains. Dans certaines de ses anciennes colonies comme le Cameroun, les œuvres de développement (routes, chemins de fer, plantations, hôpitaux) réalisées sous protectorat allemand avant la première guerre mondiale sont jugées plus pérennes que celle de la France et de l’Angleterre qui l’ont succédé. De l’avis de nombreux historiens, les allemands ont laissé beaucoup de choses positives dans ce pays.  Si son passage colonial en Afrique est trop souvent oublié, l’Allemagne aujourd’hui veut bâtir une nouvelle relation avec ce continent. Et sa main tendue est appréciée des dirigeants africains dont les déplacements pour Berlin se sont multipliés ses deux dernières années.

A travers le programme « Compact with africa » lancé en 2017 et ouvert à tous les pays africains, l’Allemagne veut intensifier les investissements pour créer des emplois directs en Afrique par le biais de financements internationaux. A ce jours prêt d’une dizaine de pays africains ont déjà intégré ce programme. Au-delà de l’aide, l’initiative semble aussi être un élément de réponse au problème d’immigration des jeunes dont souffre l’Afrique.

Désireuse de favoriser l’investissement privé en Afrique, la première puissance économique européenne s’est lancée dans une offensive diplomatique dont les résultats se font déjà ressentir. Le 15 mai 2019 dans sa capitale, elle accueillera une rencontre impliquant les ministres (Affaires étrangères et Défense) du G5 Sahel et de l’UE. Comme l’a expliqué Angela Merkel aux étudiants de l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, l’Allemagne a ses propres idées et ses rapports avec l’Afrique qui diffèrent de ceux des autres puissances. Basée sur l’intérêt ou pas, cette coopération est saluée par de nombreux africains qui voient également en elle une solution parmi tant d’autres pour sortir de la dépendance française.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image : google images

To view full news and leave comments you must be logged in. Please join the community