Association for Free Research and International Cooperation

Le Tchad est-il menacé par le syndrome Soudanais?

07.05.2019
Article de la rédaction AFRIC
Jeudi 11 avril 2019 après presque 4 mois de manifestation anti-régime au Soudan le président Omar el Béchir au pouvoir depuis trois décennies a été destitué par l’armée. La contestation populaire émanant du marasme économique dans lequel le pays est plongé et d’une décision de tripier le prix du pain a fini par précipiter la chute de l’ex-homme fort de Khartoum. Cette situation n’étant pas singulière sur le continent, tous les pays voisins du Soudan plus précisément le Tchad se retrouvent plongés dans une inquiétude généralisée. En effet les velléités de l’opposition et la crise du gaz encours dans la capitale Ndjamena font craindre à une réplication de la situation soudanaise.

IDRISS DEBY ET OMAR EL-BECHIR

Le président tchadien, Idriss Déby, a été le dernier chef d’État étranger à se rendre à Omar El-Béchir. La réunion a eu lieu le 4 avril, une semaine avant la chute du régime d’el-Béchir. Beaucoup suggèrent que la raison de la réunion pourrait être une demande d’assistance du dirigeant soudanais au président d’un État voisin.

Le fait est qu’Idriss Déby appartient à l’ethnie Zaghawas, qui a lancé un soulèvement armé au Darfour contre les autorités centrales de Khartoum. Au même moment, des représentants de la tribu des Zagawa se tiennent aux côtés du mouvement de protestation dans la capitale du Tchad, N’Djamena. Dans le passé, les dirigeants soudanais et tchadien se sont mutuellement accusés de soutenir les groupes armés insurgés et l’opposition dans le pays.

Anciens ennemis et rivaux politiques en Afrique centrale se trouvent maintenant dans la même situation. Déby et el-Béchir sont arrivés au pouvoir par des moyens armés, à peu près au même moment (Deby en 1990 au Tchad, el-Béchir en 1991 au Soudan). Tous deux sont arrivés au pouvoir, ont en fait interdit les partis d’opposition et restreint la presse libre, et tous deux ont poursuivi une politique d’islamisation du pays. Le Tchad et le Soudan ont été confrontés aux mêmes problèmes internes pendant tout ce temps: contradictions ethniques, guerre entre le sud et le nord du pays, situation économique difficile. La seule différence de Déby est qu’il a poursuivi une politique étrangère plus flexible et a pu obtenir le soutien de la France.

POSIBILITÉ DE CONTAMINATION

Maintenant, après la démission d’Omar el-Béchir, les relations entre le Soudan et le Tchad pourraient changer. Le danger est que les rebelles au Darfour puissent profiter de l’affaiblissement du gouvernement central au Soudan, y compris pour la lutte armée contre le régime d’Idriss Déby au Tchad. L’instabilité au Soudan pourrait se propager aux États voisins.

Rappelons que la tentative de coup d’État de 2008, qui avait presque pris fin avec la capture d’Idriss Déby, avait commencé par un discours prononcé par des groupes d’insurgés du Darfour. En 2009, c’est au Darfour que l’Union des forces de la résistance (UFR), le plus important groupement d’insurgés, a été formée, présidée par le neveu du président sortant Timan Erdimi.

La dernière tentative d’offensive armée du groupe UFR a eu lieu entre le 3 et le 6 février 2019 et a été stoppée par un avion français. Actuellement, l’UFR est implantée dans la province septentrionale du Tibesti au Tchad, à la frontière avec la Libye.

OPPOSITION TCHADIENNE

L’opposition au Tchad, représentée par l’un des leaders, Saleh Kebzabo, déclare ouvertement:

«Il faut comprendre la politique est réelle et les événements en cours en Algérie et au Soudan, il ne faut rien comprendre à rien»

Et elle s’appuie sur la répétition des événements à Khartoum. Scénario court et simple: des milliers de personnes indignées par les difficultés économiques des populations envahissent les rues de la capitale et font entendre leurs revendications économiques et politiques aux autorités. Les autorités sont obligées d’engager un dialogue avec l’opposition, qui, à son tour, n’a qu’une revendication politique: un changement de gouvernement complet et la démission d’Idriss Déby.

Au cours du mois d’avril, l’opposition a tenté à plusieurs reprises de conduire les gens dans les rues. Cependant, leurs dirigeants et quelques partisans ont été arrêtés. Les tentatives d’actions de masse sont durement réprimées par les autorités. Le 30 avril, une manifestation d’étudiants protestant contre une augmentation des frais de scolarité a été interrompue.

DECISIONS DU GOUVERNEMENT

Cependant, les autorités tchadiennes ne sont pas seulement sur la voie du renforcement des mesures de contrôle dans la société. Le président Déby tente de résoudre les problèmes économiques les plus graves. La pauvreté et le coût de la vie élevé sont les principales sources de mécontentement généralisé de la société et peuvent conduire à une répétition du scénario soudanais.

Peut-être une solution a déjà été trouvée. Le 3 mai, le président Idriss Déby a annoncé la suppression, pendant six mois, des droits de douane sur les denrées importées. Cette mesure gouvernementale peut entraîner une chute des prix et du mécontentement chez les Tchadiens. «L’augmentation actuelle des prix est artificielle», a déclaré Deby. Le chef de l’Etat « a déjà contacté de nombreux commerçants qui adhéraient massivement à l’idée d’un prix juste » et espère que cela « produira des résultats » et promet que « le gouvernement fera un geste pour mettre les prix à la consommation des biens importés à la portée de tous les ménages ».

Article de la rédaction AFRIC

Credit image : google images

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