Association for Free Research and International Cooperation

Le Ghana perd la première place du classement mondial de la liberté de la presse en Afrique

01.05.2019
Article de la rédaction AFRIC
Selon le rapport annuel de Reporters Sans Frontières sur la liberté de la presse dans le monde, le Ghana perd la 23e position sur 180 pays listés et cède la place à la Namibie qui devient le premier pays d’Afrique où les libertés de la presse sont effectives malgré les menaces régulières.

En 2018 classé 23e au plan mondial et premier sur le continent avec un score de 18,41, le Ghana s’est détaché des pays « bons élèves » et a reculé de 4 places et occupe désormais la 27e position pour un score de 20,81 en raison du meurtre en fin d’année du journaliste d’investigation Ahmed-Hussein Sualé. En 2018, une équipe de journalistes d’investigations « Eye Pie » dirigée par Anas Aremeyaw Anas dont Ahmed faisait partie avait était obligée de vivre clandestinement dans le pays après avoir réalisé et diffusé un documentaire sur la corruption dans le football ghanéen.

Mis en cause dans cette enquête, un député de la majorité présidentielle, Kennedy Agyapong avait menacé et dévoilé le visage d’Ahmed Sualé, l’un des journalistes d’investigations de « Eye Pie » en direct sur sa chaine de télévision privée sans jamais penser au pire. Quelques mois plus tard, le reporter a été assassiné à coup de balles en pleine rue et ce député est resté en permanente liberté de circulation. Hormis cela, plusieurs journalistes ont été détenus, des reporters agressés en toute impunité notamment par des policiers ou des civils au cours de l’année 2018.

Le Ghana, pays anglophone de l’Afrique de l’ouest est réputé dans la sous-région pour être l’un des pays les plus démocratiques en matière de la liberté d’expression. C’est aussi l’un des pays qui prônent la démocratie sous toutes ses formes. Le pluralisme des médias et leur indépendance sont garantis par le chapitre 12 de la constitution du Ghana de 1992.L’Afrique du Sud est aussi un mauvais élève en matière de la liberté de la presse. Il perd son rang de 2e pays de la sous-région d’Afrique et passe de la 28e position en 2018 à la 31e en 2019.

La Namibie passe de la 26e à la 23e place au plan mondial

La Namibie a été classé premier pays de la sous-région d’Afrique en 2019 devant le Ghana et l’Afrique du Sud avec un score de 18,95. Sur l’indicateur de tendances des violations de la liberté de la presse de cette année, les chiffres sont néants pour la Namibie : zéro journaliste tué, zéro journaliste citoyen tué, zéro collaborateur tué. Dans ce pays du Sud-ouest d’Afrique, si la constitution garantit la liberté d’expression et protège les journalistes, l’absence d’une loi sur l’accès à l’information continue tout de même d’entraver le travail des journalistes.

Les journalistes namibiens qui critiquent les autorités sont parfois la cible de menaces. Ils trouvent refuge sur Internet pour la plupart sur usage de pseudonyme ; un moyen pour eux d’échapper aux contrôles des autorités. En 2018, un journal a été attaqué par les services de renseignement pour ‘‘atteinte à la sécurité nationale’’ après avoir fait des révélations sur l’acquisition des propriétés par certains « anciens agents » ; mais la justice avait donné raison au media.

Un autre casse-tête en Namibie, les revenus publicitaires sont de plus en plus concentrés au niveau des chaines de l’Etat, ce qui impacte directement l’indépendance financière des médias privés.

La Tunisie et le Burkina Faso font d’énormes progrès

La Tunisie classé en 72e rang a fait une avancée remarquable de 25 places et se positionne à la première place en Afrique du Nord malgré que dans cette région la presse reste régulièrement confrontée à un contrôle du pouvoir. La Tunisie quoique dynamique dans la lutte pour la liberté d’expression connait encore des faiblesses en matière de la liberté de l’information. La mise en place d’une instance de régulation de l’audiovisuel conforme aux standards internationaux, est toujours attendue dans le pays afin de renforcer le cadre juridique de la profession. Jusque-là, les rédactions subissent encore des pressions sur le choix de l’information à diffuser.

Ce pays magrébin qui poursuit sa transition démocratique après les soulèvements du printemps arabe se positionne ainsi loin devant les autres pays de la Région d’Afrique du Nord. A titre de comparaison sur 180 pays, le Maroc stagne à la 135e place, l’Algérie se classe à la 141e position, la Lybie à la 162e et l’Egypte à la 163e place.

Cependant le Burkina Faso voisin du Ghana, placé au 36e rang se classe parmi les réussites du continent africain en matière de liberté de la presse, avec un paysage médiatique dynamique, professionnel et pluraliste. Ici, la liberté de la presse est réelle mais fragile. La transition post-blaise Compaoré s’est déroulée sans répression majeure des médias ; et la diffamation a récemment été dépénalisée et la peine de mort abolie. Toutefois, une certaine pression demeure : les cas de diffamation sont passibles de lourdes amendes pouvant mener à la fermeture pure et simple des médias en question.

La situation sécuritaire dans le Nord du pays rend difficile la couverture des évènements qui s’y déroulent. Couvrir de façon critique et objective la lutte contre le terrorisme par les forces armées nationales demeure un exercice périlleux.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image :google image 

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