Association for Free Research and International Cooperation

Les électeurs béninois ont boudé les urnes

29.04.2019
Les élections législatives au Bénin se sont déroulées sans un engouement de la population. L’opposition absente du vote a appelé ses militants au boycott du scrutin dans un climat tendu

De façon générale, les Béninois ont manifesté très peu d’intérêt pour cette élection sans opposition et le taux de participation sera certainement très scruté. A la fermeture des bureaux de vote, la tendance d’une participation au plus bas observée au cours de la journée s’est confirmée selon certains observateurs et journalistes sur place. Les électeurs venaient au compte goute et les représentants de la Commission électorale ainsi que ceux des partis n’ont pas caché leur lassitude. L’un d’eux interrogé par les médias a déclaré n’avoir jamais vu ça. Le ministre béninois de l’intérieur Sacca Lafia a reconnu la faible participation qui s’explique selon lui par les menaces proférées contre les électeurs par l’opposition à travers les réseaux sociaux. C’est ce qui a eu un effet de dissuasion estimé le ministre.  Dans l’ensemble, le vote s’est déroulé sans incident majeur a précisé Emmanuel Tiando le président de la Commission électorale nationale autonome, néanmoins la tension est montée par endroit.  D’après Radio France Internationale, des groupes de jeunes ont investi des bureaux de vote pour saccager des urnes et brûler du matériel électoral à Parakou dans la plus importante ville dans le Nord du pays. A Tchaourou-Centre, la ville natale de l’ancien président Boni Yayi, des manifestations ont perturbé le déroulement du scrutin. Sept villes au total ont été le théâtre de tensions et de violences et le ministre de l’intérieur a déclaré que « les auteurs et les commanditaires des troubles et des actes de violence seront poursuivis ».

 

Le réseau internet a subi de fortes perturbations au cours de ce scrutin. En effet, l’absence de connexion qui se limitait aux réseaux sociaux en matinée s’est généralisée dans la journée coupant le pays totalement du monde. Aucune explication n’a été donnée au sujet de cette coupure. Le porte-parole du gouvernement béninois Wilfried Houngbedji a déclaré ne pas disposer d’explications à ce sujet. Amnesty International a dénoncé cette coupure d’internet le jour de vote après s’être déjà inquiété en fin de cette semaine au sujet de la situation au Bénin. Pour l’ONG, « C’est une manière de réduire au silence les défenseurs des droits humains, les journalistes et les blogueurs ».

Une élection inédite au Benin

C’est la première fois que le pays vit une telle situation depuis une trentaine d’année. En effet, le Benin salué comme un exemple de démocratie en Afrique va se retrouver avec un parlement sans opposition. Pour désigner les 83 députés, les électeurs avaient le choix entre la liste du Bloc Républicain et celle de l’Union Progressiste qui sont toutes les deux de la mouvance présidentielle. Aucune liste de l’opposition n’a été retenue pour participer au scrutin en raison du nouveau code électoral mis en place à la fin de l’année dernière. Cette nouvelle loi qui devrait simplifier la vie politique et limiter le nombre des partis politiques a introduit de nouvelles conditions. Les dossiers des candidats des principaux partis d’opposition n’ont pas été retenus par la Commission électorale pour divers motifs notamment l’absence de certificat de conformité.

Tout au long de la campagne électorale, la tension n’a cessé de monter dans le pays et les craintes d’une violence étaient toujours palpables. Les Nations Unies ont d’ailleurs suspendu leurs activités de terrain jusqu’au 1er mai.  La conférence épiscopale du Bénin a de son côté invité les uns et les autres à «user de leurs prérogatives pour préserver à tout prix la paix et l’unité nationale par l’organisation d’élections législatives inclusives. »

L’opposition a réclamé en vain l’annulation du processus électoral et l’organisation d’élections inclusives. Thomas Yayi Boni, ancien président et prédécesseur de Patrice Talon, a mis en garde ce dernier. « S’entêter, c’est détruire notre héritage démocratique, décrédibiliser et isoler notre pays au plan international, remettre en cause la légitimité, la paix et la stabilité dans notre pays, inaugurer un cycle de violences inutiles, mettre en péril la sécurité et la stabilité dans la sous-région » a-t-il dit notamment. L’ancien président a réitéré son appel à l’arrêt du processus électoral par une lettre ouverte à son successeur.

Face au refus du camp du président Patrice Talon, l’opposition a appelé à des manifestations de résistances contre ce qu’elle a qualifié de dérive autoritaire du président Talon.

Une manifestation avec à sa tête les anciens présidents Nicéphore Soglo et Boni Yayi a été durement réprimée et des militants de l’opposition arrêtés. « La vague d’arrestations arbitraires de militants politiques et de journalistes et la répression des manifestations pacifiques ont atteint un niveau alarmant au Bénin », s’est alarmé Amnesty International dans un communiqué publié vendredi soir.  C’est donc un vote sans enjeu et qualifié par l’opposition de parodie qui s’est déroulé dimanche au Bénin. Les premières tendances seront connues en ce début de semaine.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image/google images

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