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L’Afrique face aux enjeux de la numérisation des procédures

29.04.2019
Article de la rédaction AFRIC
Pour faciliter les démarches administratives, de plus en plus de pays africains ont recours à la numérisation avec plus ou moins de succès. Cette procédure peut être un élément à prendre en compte dans la lutte contre la corruption

C’est un enjeu désormais adopté par la plupart des pays du continent africain. En effet, la dématérialisation des procédures permet désormais de gagner du temps et éviter les tonnes de papiers qu’il fallait remplir manuellement auparavant. Dans cette ère de mondialisation, elle permet une plus grande efficacité et une compétitivité. Si l’enjeu est compris, l’application demeure cependant un défi encore à relever. Comme le souligne le journaliste Mehdi Lahdidi, « il est facile de remarquer le décalage de vitesse d’adoption de ce type de réformes pour chaque région. Si l’on se permet une différentiation vulgaire, il est possible de faire la distinction, classique mais avérée, entre les pays anglophones et les pays francophones. » Il cite en exemple le cas du Nigeria et du Rwanda.  Le premier a mis en ligne un portail destiné aux entreprises pour réserver leurs noms par voie dématérialiser. Le Rwanda s’est doté pour sa part d’un portail électronique qui associe l’enregistrement des sociétés, des informations sur les obligations et charges fiscales. « Cette solution permet notamment aux entrepreneurs d’économiser en moyenne deux jours. Elle élimine également les interactions physiques avec les responsables gouvernementaux, ce qui a également pour effet d’étouffer dans l’œuf toute tentation de corruption. »

Plus récemment, c’est la Cote d’ivoire qui s’est lancée dans le bain. En effet, la Cour d’appel de commerce d’Abidjan et l’entreprise française Lexbase ont signé un accord pour numériser et publier les décisions de justice. L’objectif de cet accord était de lutter contre la corruption et assurer la sécurité juridique.

Un outil de lutte contre la corruption

La numérisation des documents si elle peut faciliter les démarches et être un gain de temps peut aussi permettre de combattre la corruption. En effet, ce fléau combiné à une faiblesse des institutions constitue un handicap pour le développement. « Dans le domaine du commerce international et en particulier dans les procédures de dédouanement, la corruption peut prospérer parce que les agents des douanes contrôlent ce qu’il y a de plus précieux chez les entreprises : l’accès aux marchés. » Un rapport de la Banque mondiale note aussi que « la recherche montre que les agents des douanes sont particulièrement enclins à accepter des pots de vin par rapport à d’autres secteurs d’activité ». C’est sans doute dans ce souci de lutte contre la corruption que le Sénégal par exemple a lancé au début des années 2000 un logiciel dénommé « Gaindé ».

Il avait été mis en place grâce à une collaboration avec le Fonds pour le climat d’investissement en Afrique afin de réduire le temps des déclarations de dédouanement des marchandises. Ainsi, « l’enregistrement de la déclaration en douane a été réduit de 2 jours à 15 minutes. Le processus de pré-dédouanement prend maintenant 7 heures au lieu de 2 jours, le dédouanement des produits exportés prend 11 jours au lieu de 14 jours et pour les importations, il demande 14 jours au lieu de 18 jours »

Le frein que constitue les coupures d’internet et la mauvaise qualité du réseau

S’il est désormais acquis que la numérisation des procédures facilite les démarches administratives et lutte contre la corruption, les fréquentes coupures d’internet perturbent son bon fonctionnement. En effet, sans une connexion internet, il est impossible d’effectuer des démarches à distance or couper les réseaux semble être la nouvelle arme de répressions des contestations dans certains pays africains.

Cela entraine beaucoup de conséquences notamment au plan économique. Une étude de la Coalition pour les politiques internationales sur les technologies de la communication et de l’internet en Afrique australe et de l’Est (CIPESA) a révélé que « Les coupures d’internet, même de courte durée, perturbent la croissance économique, interrompent des services essentiels, minent la confiance des investisseurs et dégradent l’image du pays. Les gouvernements africains devraient s’interdire ce genre de fermetures. » Selon ce rapport, « 36 jours d’interruption administrative du web ordonnée depuis 2015 en Éthiopie ont coûté au pays 123 millions de dollars (environ 103 millions d’euros) »

La numérisation des procédures n’est donc clairement pas compatible avec les coupures administratives d’internet décidées par certains gouvernements en Afrique pour des motifs purement politiques. Cela équivaut à se tirer une balle dans le pied dans un processus de développement.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image/google images

 

 

 

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