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Assiste-t-on à un tournant au Mali ?

24.04.2019
Le week-end pascal a été marqué, au Mali, par la nomination d’un nouveau premier ministre et d’un nouveau président du Haut conseil islamique (HCIM). Deux nominations qui font suite à la démission, le 18 avril, du premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga.

► Qui est le nouveau premier ministre et quels seront ses dossiers chauds ?

Fidèle du président d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) auprès duquel il travaille directement depuis 2013, Boubou Cissé, 45 ans, était depuis trois ans le ministre de l’Économie et des Finances du Mali, après avoir été ministre de l’Industrie et des Mines. Titulaire d’un doctorat en sciences économiques et d’un diplôme d’études approfondies en économie du développement, il n’est pas issu du Rassemblement pour le Mali (RPM), le parti politique de la majorité, ni d’aucune autre formation politique. Il a plutôt un profil de technocrate ayant fait carrière à la Banque africaine de développement. En 2012, il est même le représentant par intérim de la Banque mondiale au Niger.

Les défis qui l’attendent sont de deux ordres. Le premier concerne la sécurité, alors que le centre du Mali échappe de plus en plus au contrôle de l’État. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, les « agressions intercommunautaires » dans cette région ont fait 600 morts et des milliers de déplacés depuis mars 2018. Ces derniers jours, les attaques se multiplient. Dimanche 21 avril, c’est un poste de l’armée malienne à Guiré (centre), près de la frontière mauritanienne, qui a été ciblé par les djihadistes, tuant 11 soldats. L’armée avait déjà perdu 26 hommes dans une attaque dans la même zone, à Dioura, le 17 mars, revendiquée par la principale alliance djihadiste du Sahel liée à Al-Qaida.

Le second défi est social. Pauvreté, mal gouvernance, grèves à répétition dans l’éducation nationale, la grogne sociale au Mali est profonde. Pas plus tard que le 5 avril, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Bamako contre « la mauvaise gestion du pays ».

► Qui est le nouveau président du Haut Conseil islamique ?

Trois jours après avoir obtenu la tête du premier ministre, c’est la présidence du Haut Conseil islamique qui a changé de main. Le président sortant, le très conservateur et wahhabite imam Dicko – qui ne pouvait se présenter pour un troisième mandat –, a été remplacé par Chérif Ousmane Madani Haïdara, un prêcheur au profil moins tranché.

Fondateur d’Ançar Dine en 1993 (à ne pas confondre avec le groupe djihadiste), il prône un islam de type malékite, dominant au Maghreb et en Afrique de l’Ouest. Opposé très clairement à la violence et au terrorisme, il se démarque de son prédécesseur par un discours plus tolérant vis-à-vis des autres courants religieux.

Sa nomination à la tête du HCIM est plutôt une bonne nouvelle pour le président IBK. Pour autant, elle ne signifie pas la défaite du wahhabisme au Mali. Si le courant qu’incarne l’imam Dicko n’est plus présent dans les instances dirigeantes du HCIM, son influence reste entière dans le tissu social, comme en témoigne la manifestation du 5 avril. Et celle du 11 février : associé au Chérif Bouyé de Nioro, l’imam Diko avait attiré 60 000 personnes dans le stade du 26-Mars de Bamako pour y critiquer ouvertement le gouvernement.

Lire l’article original ici.

Crédit image/Lacroix

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