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Soudan-Algérie: Manif chasseuses de président, qui mène les commandes?

21.04.2019
Article de la rédaction AFRIC
Un air de printemps arabe souffle au Soudan et en Algérie, deux pays qui ont échappé à la vague de contestations populaires qui a débuté en 2010 en Tunisie. En Algérie, la manifestation est née de la colère d’une partie de la population contre un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika au pouvoir depuis 1999, tandis qu’au Soudan la mobilisation qui a mis un terme au règne de 30 ans sans partage du président Omar El Béchir, a débuté par des contestations anti gouvernementales survenues après l’augmentation du prix du pain. Malgré les départs des deux présidents, les manifestants dans ces pays ne décolèrent pas. Les deux leaders ayant laissé les rênes du pouvoir, d’autres forces antagonistes se battent pour avoir le contrôle du bateau. Leur entêtement à vouloir combler le vide laissé par les deux dirigeants fait perdurer la grogne et ouvre la voie à des conflits d’intérêts qui n’ont rien à voir avec les aspirations du peuple.

DEUX PRESIDENTS AUX DESTINS PRESQUE IDENTIQUES 

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika et son homologue soudanais Omar El Béchir sont rattrapés à leur tour par le temps eux qui pourtant avaient été épargnés il y a 8 ans par l’ouragan qui a entrainé la chute de Ben Ali en Tunisie, Hosni Moubarak en Egypte et Mouammar Kadhafi en Libye. Rien pourtant ne prédisait il y a quelque mois un destin commun à ces deux présidents. Une preuve supplémentaire que la colère du peuple lorsqu’ elle s’enflamme peut entrainer la chute des régimes même les plus coriaces.

Âgé de 81 ans, Abdelaziz Bouteflika qui se déplace désormais en fauteuil roulant avait l’intention de briguer un 5e mandat à la tête de l’Algérie alors que ses conditions physiques donnaient de lui l’image d’un homme affaibli. La population algérienne loin d’être dupe a réussi à voir en cet entêtement à vouloir demeurer au pouvoir, la volonté d’une élite tapis dans l’ombre dont l’unique but n’était que la pérennisation de ses intérêts. C’est cette classe politique dans laquelle on retrouve des membres de la famille Bouteflika, des hauts gradés de l’armée, hommes d’affaires et autres oligarques que le peuple algérien debout comme un seul homme veut faire tomber.

Au Soudan, l’on assiste à un scénario bien différent. Celui d’un leader qui a dirigé le pays durant une trentaine d’années en maitre absolu mais qui se retrouve aujourd’hui lâché par sa population et trahi par son armée. Même si Omar El Béchir avait l’intention de se représenter en 2020 pour un nouveau mandat, chose que la constitution actuelle du pays ne garantit pas, c’est surtout à cause de sa gestion catastrophique économique, la cherté de la vie et les constantes pénuries de carburant que son départ a été réclamé par la foule. Contrairement au président Bouteflika il risque des poursuites dans son pays où à la Haye si l’armée qui le détient le livre à la cour Pénale Internationale où des accusations de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide pèsent contre lui.

Les départs de ces deux présidents semblent cependant n’avoir pas résolu le problème. Bien au contraire dans chacun des cas on assiste à une continuité de la fronde qui prend d’autres proportions.

SOUDAN : L’ARMEE ACCUSEE DE COUP D’ETAT

Au Soudan, l’armée a pris le contrôle de la situation. Elle qui pourtant s’était rangée derrière les manifestants avec pour prétexte vouloir protéger la révolution, veut profiter de la situation. Durant sa présidence, Omar El Béchir a réussi à créer une rivalité entre les forces de défense du pays pour mieux régner en dissociant les trois organes que sont l’armée, le Service national de renseignement et de sécurité (NISS) et les Forces de soutien rapide (RSF) composée de milice tribales. L’armée qui s’est retournée contre le NISS pour protéger les manifestants réprimés à tirs de gaz lacrymogènes, est l’organe qui a désormais les commandes du pays. En arrêtant Omar El Béchir elle a aussitôt instauré un conseil militaire de transition. Avec à sa tête le général Buhrane, ledit conseil a promis d’en finir avec les racines du régime d’Omar el-Béchir alors qu’il compte parmi ses dix membres des personnalités influentes de ce régime.

Les protestataires qui craignent que leur soit volé leur révolution acquise au prix du sang de leurs martyrs, ne veulent pas de ce conseil militaire mais plutôt que la transition soit menée par à un conseil civil. Ils bénéficient d’ailleurs du soutien de l’Union Africaine dont le Conseil paix et sécurité a clairement fait savoir que « le renversement d’un président élu démocratiquement n’est pas conforme aux provisions pertinentes de la constitution soudanaise de juillet 2005 ». Le CPS qui qualifie la prise de pouvoir de l’armée soudanise de “coup d’Etat” donne au conseil de transition instauré par cette dernière une quinzaine de jours pour remettre le pouvoir aux mains des civils sous peine de quoi le pays se verra frappé de sanctions.

LE CLAN BOUTEFLIKA NE VEUT PAS LACHER PRISE

En Algérie les opposants au 5e mandat d’Abdelaziz Bouteflika ont finalement remporté une victoire avec la démission le 2 avril de ce dernier. Mais cette victoire est partielle tant que l’équipe qui gère la période transitoire reste composée de quelques proches du président démissionnaire. Car avec le retrait de Bouteflika, c’est Abdelkader Bensalah l’ancien président du conseil de la Nation qui assure l’intérim pour une durée de 90 jours au maximum avec pour tâche d’organiser des élections présidentielles. Un choix légal mais rejeté par les manifestants qui veulent un nettoyage en profondeur de l’ancien système résumé par ce qu’ils appellent « les quatre B » à savoir, Belaïz, Bensalah, Bouchareb et Bedoui. La démission cette semaine de Tayeb Belaïz du poste de président du conseil constitutionnel est saluée par la population qui reste déterminée à faire tomber l’ancien régime.

En Algérie comme au Soudan les manifestants ne sont pas au terme de leur combat. Même si le plus gros du travail a été fait avec les départs des deux chefs d’Etats contestés, le plus difficile reste à venir, à savoir instaurer à la tête de l’exécutif une nouvelle classe dirigeante qui sera le choix manifeste du peuple. Si au Soudan l’armée qui a voulu jouer les opportunistes peine désormais à dissimuler son jeu trouble, en Algérie la rue qui maintient la pression est en passe de réussir son pari celui de faire déboulonner comme un château de carte l’ancien régime qui s’est formé pendant près deux décennies autour de la personne de Bouteflika et dont des membres détiennent encore des postes très influents au sein de l’administration.

Article de la rédaction AFRIC.

Crédit image/google images

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