Association for Free Research and International Cooperation

Rapprochement entre Felix Tshisekedi et les Etats-Unis : quels enjeux ?

18.04.2019
Article de la rédaction AFRIC
Les relations entre les Etats-Unis et la RDC en froid durant le règne de Joseph Kabila, semblent se normaliser avec l’arrivée au pouvoir de Felix Tshisekedi. Le nouveau président congolais dont l’élection avait été saluée avec enthousiasme par Washington au moment où plusieurs capitales européennes exprimaient des réserves, a effectué début avril, un déplacement pour les Etats Unis. Ce voyage officiel, le tout premier hors du continent africain depuis son investiture a permis aux deux pays de se rapprocher et d’exprimer leur désir de travailler ensemble. Le président Felix Tshisekedi qui affirme avoir hérité d'un pays "au bord du gouffre" veut compter sur l’aide américaine pour redynamiser l’économie de son pays, instaurer la bonne gouvernance, lutter contre la corruption, la gabegie et instaurer un climat propice aux affaires. Une tâche qui à en croire ses propos ne pourra se faire que s’il réussit à déboulonner l’ancien système également qualifié de dictatorial. Des propos qui passent mal du côté de la « team Kabila » qui voit d’un mauvais œil ce rapprochement entre l’ennemi d’hier et la nouvelle classe dirigeante du pays avec qui elle reste pourtant liée par un accord de coalition gouvernementale pour gérer la RDC.

 

WASHINGTON SALUE LES AVANCEES DE LA RDC

Le voyage de Felix Tshisekedi aux Etats-Unis a permis à l’administration Trump de donner ses impressions sur le travail abattu par le nouveau président congolais depuis sa prise de pouvoir. Même s’il n’a pas été reçu par Donald Trump, Felix Tshisekedi s’est entretenu avec des hautes personnalités américaines dont le sénateur James Inhofe qui a saluer les changements opérés par le nouveau régime en place. Felix Tshisekedi a également été reçu par le vice-président Mike Pompeo avec qui il a parlé de lutte contre l’insécurité et des moyens nécessaires pour instaurer la stabilité et un climat favorable pour attirer les investisseurs américains. Le chef de l’Etat congolais qui pour ce déplacement était accompagné de jeunes hommes d’affaires et entrepreneurs congolais a pris l’engagement à l’issue de cet entretien d’accentuer la lutte contre la corruption dans son pays et à œuvrer pour la bonne gouvernance et le respect des droits de l’homme. Reçu le 4 avril à la Chambre de commerce des Etats-Unis lors de cette visite officielle de trois jours au pays de l’oncle Sam, Felix Tshisekedi a invité les entreprises américaines à venir investir en RDC.

Bien avant la venue aux Etats-Unis du successeur de Joseph Kabila, Robert Palladino le porte-parole du département américain avait fait part de l’intérêt partagé des Etats-Unis à renouer avec l’exécutif congolais pour le développement d’un partenariat solide entre les deux pays. Il s’agit d’un revirement de situation lorsqu’on sait que les relations entre Washington et Kinshasa n’étaient pas au beau fixe avant l’arrivée au pouvoir du président de l’UDPS.

TENSIONS CONSTANTES SOUS LE REGNE DE KABILA

Censé quitter le pouvoir le 19 décembre 2016, après deux mandats comme le stipule la constitution congolaise, le Président Joseph Kabila a été la cible de nombreuses critiques de la part des pays occidentaux, d’ONG étrangères et des Etats-Unis qui l’accusaient de vouloir à tout prix se maintenir au pouvoir tout en régnant par la répression. Washington, tout comme l’ONU et l’Union européennes ont ainsi multiplié des sanctions à l’encontre de l’ancien président et de quelques membres influent de son entourage dont des ministres, gouverneurs et officiers des forces de sécurité.

Arguant être la cible de menaces terroristes en RDC, l’ambassade des Etats-Unis a même fermé ses portes à Kinshasa avant la tenue des élections générales prévues fin 2018. Repoussées à maintes reprises, les élections destinées à élire le successeur de Joseph Kabila ont finalement eu lieu et le chaos prédit n’a pas été au rendez-vous.

Le rapprochement entre le nouvel homme fort du pays et le gouvernement américain a été salué par le clan Kabila qui regrette néanmoins les propos un peu trop osés du président Tshisekedi qui a qualifié de dictatorial l’ancien régime et fait part de son désir de le déboulonner tout en instaurant au sein de la classe dirigeante un climat plus saint. Pour les proches de l’ancien président, Felix Tshisekedi ne devrait pas oublier qu’il n’a pas totalement les rennes du pays car les deux clans sont appelés à travailler en collaboration étant liés par un accord de coalition gouvernementale lequel résulte de l’écrasante victoire du Front commun pour le Congo (FCC) la coalition pro Kabila qui raflé la majorité des sièges à l’assemblée nationale et au Senat.

Le président Joseph Kabila pendant son règne à la tête de la RDC, s’était tourné vers les chinois comme bon nombre de ses paires africains pour en faire des partenaires économiques et commerciaux. De l’avis de certains observateurs de la scène politique congolaise, ce choix serait à l’origine des tensions entre Kinshasa et Washington longtemps considéré comme le partenaire traditionnel de la République démocratique du Congo. Le non-respect des droits de l’homme, de la démocratie et de la Constitution sont à en croire ces derniers des prétextes utilisés pour diaboliser le régime Kabila.

Aujourd’hui ce climat de tensions entre les deux pays peut se conjuguer au passé. La donne a changé avec l’arrivée aux commandes du président Felix Tshisekedi qui compte sur l’aide américaine pour promouvoir la croissance économique, instaurer l’Etat de droit, accentuer la lutte contre la corruption, et renforcer la sécurité, la paix et la stabilité dans son pays ou plusieurs milices locales et étrangères font régner la terreur.

Même s’il n’est plus président, Joseph Kabila dont les partisans ont les commandes du pouvoir législatif grâce à leur forte représentativité à l’assemblée nationale et au Senat reste toujours dans le sillage de l’exécutif. Une présence un peu trop encombrante pour le fils du Sphinx de Limété qui a besoin de plus de liberté pour mieux assoir son autorité et mener à bien ses multiples reformes sans se heurter à l’opposition des anciens maitres d’où la main tendue aux américains.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image : google images

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