Association for Free Research and International Cooperation

Les promesses d’une émergence seront-elles tenues à la veille de l’année 2020 ?

17.04.2019
Article de la rédaction AFRIC
Les discours officiels des vingt dernières années étaient marqués par la promesse d’une émergence en 2020. Si certains pays ont fait des efforts pour se rapprocher de cet objectif, d’autres en sont encore loin. Illustration avec la Cote d’Ivoire et le Rwanda.

LA COTE D’IVOIRE LOIN DES INDICES PREVUS

Le président ivoirien Allassane Ouatarra avait promis de faire de la Cote d’Ivoire un pays émergent en 2020. A quelques mois de cette échéance, cet objectif est loin d’être atteint tant le pays fait face à des difficultés. Dans son rapport 2018 sur la situation économique de la Cote d’Ivoire, la Banque Mondiale évoque l’année 2035 pour faire du pays une nation émergente soit 15 ans de plus que l’objectif fixé par le président Ouattarra. En effet, selon les prévisions de l’institution financière ce ne sera qu’au cours de cette année 2035, que le revenu par habitant pourra atteindre les 4300$ seuil fixé pour figurer dans la liste des pays à revenu intermédiaire. Le revenu moyen par habitant n’a cessé de croitre depuis la fin de la crise politique de 2011 pour atteindre 1630$ mais cela est encore insuffisant juge la Banque Mondiale.

Le rapport de l’institution nuance cette performance. « Premièrement, la forte croissance économique n’est pas encore inclusive, un fait désormais bien établi et reconnu par le gouvernement. Le taux de pauvreté n’a ainsi diminué que de 5 points entre 2011 et 2015 selon les données officielles. Mieux redistribuer les fruits de la croissance est l’un des défis majeurs de la Côte d’Ivoire. Deuxièmement, le modèle de croissance économique doit être soutenable à long terme. L’utilisation des ressources naturelles à des fins productives ne doit pas mettre en péril les générations futures. Or, le stock de capital naturel du pays est en danger. En effet, la Côte d’Ivoire est l’un des pays avec le taux de déforestation le plus rapide au monde, au moment où les plaines côtières souffrent d’érosion liée à la montée des eaux. De plus en plus, les populations urbaines sont exposées aux dégâts matériels et sociaux causés par les inondations. »

LA COTE D’IVOIRE PEUT MIEUX FAIRE

 Le rapport montre que les entreprises ivoiriennes sont moins productives par rapport à celles des autres pays émergents. Pour combler ce retard, il avait été préconiser au gouvernement du président Ouattara « d’encourager la diffusion des nouvelles technologies avec une ouverture vers l’extérieur, notamment à travers des partenariats « intelligents » avec des entreprises étrangères. » En deuxième lieu, le rapport a préconisé « le renforcement des capacités locales car l’adoption, et surtout l’adaptation des nouvelles technologies, va nécessiter encore plus de compétences de la part des entrepreneurs et de la main d’œuvre dans le pays » Enfin, la troisième préconisation est de renforcer la connectivité tant physique que virtuelle car l’innovation s’accélère avec l’échange de biens, de services, de personnes et surtout d’idées.

Au vu des actions préconisées par la Banque Mondiale, l’objectif de faire de la Cote d’Ivoire un pays émergent annoncé par le chef de l’État ivoirien ne sera certainement pas atteint. 2020 c’est déjà demain.

LE RWANDA SUR DE BONS RAILS

 Contrairement à beaucoup de pays qui ont affiché l’ambition d’une émergence à l’horizon 2020, le Rwanda semble tirer son épingle du jeu même s’il existe encore des insuffisances. Mais au regard du drame qu’a connu ce pays, il y a une vingtaine d’années, on ne peut que le féliciter. Selon les chiffres de la Banque Mondiale, « le PIB par habitant a été multiplié par cinq. Parallèlement, ces dernières années, le taux de pauvreté a baissé d’environ 25 % et les inégalités ont été réduites. » Le président Paul Kagamé a voulu que son pays passe d’une économie agricole à une économie de service et visiblement il est entrain de réussir son pari. Tous ceux qui se sont rendus au Rwanda ces dernières années ne tarissent pas d’éloges à l’égard du pays et parlent du « miracle rwandais ». Vu le rôle important d’Internet dans le développement et alors que certains pays africains coupent les connexions, le Rwanda lui a mis en place un plan en 4 phases pour développer ce secteur. La première a consisté à poser les fondations du secteur des TIC, en établissant notamment des cadres institutionnels, juridiques et réglementaires, ainsi qu’en ouvrant le marché des télécommunications à la concurrence en réduisant les obstacles à l’entrée sur le marché. Durant la deuxième phase, « le Rwanda s’est attaché à améliorer les infrastructures des TIC en créant un centre informatique national qui centralise le stockage, la gestion et la protection des données, tout en utilisant les possibilités de gérance informatique par cloud computing. » La prestation des services a été la troisième phase de ce plan.

Enfin la quatrième et phase finale de ce plan et qui est en cours consiste à mettre « l’accent sur la formation, le développement au niveau communautaire et au niveau du secteur privé et améliorer les services administratifs en ligne ainsi que la sécurité sur Internet. » Même s’il subsiste toujours des faiblesses pour faire du Rwanda un pays véritablement émergent en 2020, les indicateurs sont au vert et la mise en œuvre de ces ambitions rwandaises est concrète et réelle. Ce n’est pas le cas partout.

En l’absence de critères clairement définis, les économistes s’appuient sur plusieurs points pour mettre un pays sur la liste des pays émergents. Tout d’abord une croissance économique supérieure à 5%. Vient ensuite une croissance démographique forte avec une population jeune et éduquée. Il faut également avoir une économie diversifiée donc indépendante des exportations mais plutôt un développement des services et de l’industrie. Enfin, les experts se basent aussi sur une stabilité politique pour permettre la mise en place de projets à long terme. Donc pour être qualifié de pays émergent, un pays doit avoir rattrapé du moins en parti le niveau des pays développés ou être sur la bonne voie pour cela.

Le nouvel indice de l’émergence en Afrique de l’Observatoire pour l’émergence en Afrique (OBEMA), un think tank d’experts africains, a classé l’Ile Maurice, l’Afrique du sud et les Seychelles, en tête du classement des pays émergents en 2018.  Ils sont suivis du Botswana, du Cap vert, du Rwanda, du Ghana, de la Tunisie, la Namibie et le Maroc. Les trois dernières places sont occupées par le Tchad, le Soudan du sud et la Somalie.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image : google image

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