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Soudan : Clap de fin pour Hassan El Béchir

12.04.2019
Article de la rédaction AFRIC
Le président soudanais Hassan El Bechir a été destitué ce jour par l’armée après des mois de contestation populaire sur fond de crise économique. Les militaires ont mis en place un conseil de transition pour diriger le pays pour les deux prochaines années.

Il a résisté aux pressions américaines, à la crise du Darfour, au mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale. Finalement, une « simple » augmentation du prix du pain aura eu raison de lui. Au début de la contestation, celui qu’il convient désormais d’appeler l’ancien président du Soudan Hassan Omar El Béchir a fait la sourde oreille alors que son peuple gronde. Certainement qu’il ne s’est jamais imaginé quitter le pouvoir de cette façon. Pressé par une foule sans cesse grandissante et qui ne s’est nullement laissée intimider par la répression des forces de l’ordre. Les morts, les blessés parmi les manifestants ont plutôt renforcé la conviction du peuple soudanais déterminé à obtenir le départ du général qui règne depuis 30 ans sur l’un des pays les plus vastes d’Afrique. Et dans cette foule, une image a symbolisé cette détermination. Cette image largement partagée sur les réseaux sociaux montre une jeune femme toute de blanc vêtu juchée sur une voiture et faisant reprendre après elle un poème réclamant le changement.

Au matin de ce 11 avril après cinq mois de manifestation, le régime d’El Béchir vacille, une rumeur commence par enfler dans la capitale, Khartoum. L’armée aurait décidé de destituer le président. L’information n’était pas encore confirmée que des scènes de liesses ont éclaté dans la ville. La télévision a commencé par diffuser de la musique militaire et des chants patriotiques avant qu’un présentateur n’annonce une déclaration importante de l’armée dans les minutes à venir. Des militaires commencent par se déployer dans la ville et occuper les endroits stratégiques. Dans le même temps, un raid est mené dans les locaux d’un parti proche du pouvoir. La destitution du président ne fait plus de doute. Et la confirmation est arrivée par la voix du ministre de la Défense Awad Ahmed Benawf. « J’annonce, en tant que ministre de la Défense, la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef », a-t-il déclaré à la télévision d’État. Un cessez-le-feu a été décrété sur tout le territoire et les frontières et l’espace aérien ont été fermés jusqu’à nouvel ordre. Le ministre soudanais de la Défense a également annoncé la mise sur pied d’un conseil militaire de transition qui va diriger le pays pendant deux ans.

Trois décennies de règne

Les soudanais ont découvert le visage de cet officier né en 1944 à la fin du mois de juin 1989. Avec d’autres officiers, il renverse le président démocratiquement élu Sadiq El Mahdi et dissout dans le même temps le parlement ainsi que tous les partis politiques. Hassan El Béchir soutenu par le Front Islamique National de son mentor Hassan Al Tourabi cumulera les fonctions de Président, de Premier Ministre, de ministre de la Défense. Trois ans après son coup d’État, il devient officiellement président de la République. Toujours sous la houlette de Al Tourabi, il met en place un régime basé sur les principes islamiques. En envoyant l’armée dans le sud du pays pour imposer la charia à une population à majorité animiste et chrétienne, il a contribué ainsi a accentué la guerre civile qui prévalait dans cette partie du pays depuis 1983. Ce conflit a continué jusqu’à l’indépendance de cette région en 2011. El Béchir a aussi soutenu et longtemps abrité Oussama Ben Laden dans les années 1990 avant que celui-ci ne soit expulsé du pays sous la pression des États Unis.

L’année 2003 marque le début du conflit du Darfour, une région de l’Est du Soudan à la frontière avec le Tchad et la Centrafrique. Les populations noires de ces localités se sont révoltées pour réclamer l’amélioration de leurs conditions de vie. L’armée soudanaise soutenue par les fameuses milices arabes « Janjawide » ont procédé à un massacre de ces populations. Cette guerre du Darfour a causé la mort d’environ 300 000 personnes et entrainé de milliers de déplacés au Tchad notamment. La communauté internationale a parlé de génocide.  C’est à la suite de ce conflit que la Cour Pénale Internationale a lancé un mandat d’arrêt international contre Omar El Béchir l’accusant de crime de guerre, crime contre l’humanité et génocide en 2009. Mais ce mandat n’a jamais été exécuté.  El Béchir a même été réélu deux fois présidents en 2010 et 2015. Son parti envisageait même de le porter candidat aux élections de l’année prochaine malgré la limitation des mandats. Ce ne sera jamais le cas.

Article de la rédaction AFRIC.

Crédit image/google image

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