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Comores: Azali Assoumani remporte la présidentielle aux Comores sur fond de contestations

06.04.2019
La tension reste vive aux Comores après la confirmation par la Cour Suprême de la victoire dès le premier tour du président sortant. L’opposition réclame l’annulation du scrutin.

Le président sortant des Comores Azali Assoumani a remporté les élections présidentielles anticipées qui se sont tenues à la fin du mois de mars dernier. Face à 12 autres adversaires, il a réalisé un score de plus de 59 % selon les chiffres de la Cour Suprême, confirmant ainsi à quelques points près le résultat de la Commission Nationale Electorale Indépendante. Le président Assoumani n’a pas attendu la date officielle de son investiture prévue à la fin du mois de mai pour prendre fonction. Il a pris possession de ses bureaux dès l’annonce de la confirmation de sa victoire. En effet, il s’était retiré du palais présidentielle le temps de la campagne électorale comme l’exige la constitution comorienne. Dans un discours à la nation le 2 avril dernier, l’ancien putschiste a déclaré que « Les résultats officiels de l’élection présidentielle (…) proclamés par la Cour suprême confirment ma réélection dès ce jour et mettent fin à mon statut de président en congé ». Face aux critiques suscitées par cette accélération du calendrier, le ministre de l’intérieur comorien a estimé que cette prise de fonction est tout à fait légale dans la mesure où Azali Assoumani était juste en congé le temps de la campagne électorale. « Ce congé est à présent terminé » a-t-il affirmé.

Les adversaires du président sortant dénoncent un scrutin entaché d’irrégularités et se sont rassemblés autour d’un Conseil National de Transition.  Pour le président par intérim de ce conseil Mouigni Baraka Saïd Soilihi, « il n’y a pas eu d’élection. Pour nous, c’est un coup d’État. Les résultats de la Cour suprême n’engagent pas les Comoriens. Nous comptons continuer le combat pour aller vers l’annulation de ces élections ». Ils n’ont cependant déposé aucun recours devant la Cour suprême, qu’elle juge inféodée au régime, et exige la tenue d’un nouveau scrutin « dans les plus brefs délais ».

Avant même le vote, Azali Assoumani était assuré de remporter cette élection et n’a cessé de le clamer. Les adversaires de leur côté ont qualifié cette élection de véritable « coup d’Etat » de la part de l’ancien militaire. Les douze adversaires du chef de l’Etat dans ce scrutin ont appelé le peuple « à résister » et à se « mobiliser » contre des fraudes en cours. « Nous, candidats, déclarons illégitime le gouvernement actuel ayant à sa tête le colonel Azali. Nous, candidats, contestons la mascarade de ces élections », a déclaré à la presse l’un d’eux, le colonel Mohamed Soihili, à l’issue d’une réunion des douze opposants à Moroni. Beaucoup de violences ont émaillé ce scrutin et le jour du vote de nombreuses irrégularités ont été constatées et confirmées par la Ceni. Cela n’a pas empêché la commission électorale et la Cours Suprême de proclamer la victoire du président Azali Assoumani.

Referendum surprise et rupture avec la tradition

Azali Assoumani a déjà occupé le pouvoir à la suite d’un coup d’Etat de 1999 à 2006 avant d’y revenir en remportant les élections de 2016 devant Mohamed Ali Soilihi dit « Mamadou ». Mais à la surprise générale, il annonce la tenue d’un référendum sur la constitution l’année dernière. Le référendum en question permet au président d’effectuer deux mandats de cinq ans consécutifs, et non plus un seul. Il supprime les trois postes de vice-président ainsi que la Cour constitutionnelle, plus haute instance judiciaire des Comores. Il fait également de l’islam la « religion d’Etat », dans ce pays à 99 % musulman.

Ce référendum a été approuvé à plus de 90% , l’opposition l’ayant jugé illégal avait appelé au boycott.  La non limitation des mandats est aussi en rupture avec un système consensuel mis en place en 2001 pour ramener le calme dans le pays. En effet, la présidence était attribuée tous les cinq ans à un représentant de l’une des trois îles du pays que sont la Grande Comore, Anjouan et Mohéli. « A présent, les Comoriens sont réunis, et aucun pays au monde n’a un seul mandat de cinq ans. Cela ne permet pas au président de donner de vrais résultats et de répondre à un devoir d’excellence »  avait déclaré Azali Assoumani pour défendre ce changement.

Pour l’heure la tension reste palpable malgré la main tendue des autorités comoriennes vers l’opposition. Pas certains pour le moment que cette main soit saisie par l’opposition qui continue de réclamer l’annulation du scrutin. Surtout que le président du Conseil national de Transition Soilihi Mohamed a été arrêté et les autres membres du CNT soumis à des pressions de la part des autorités.

Article de la rédaction AFRIC.

Crédit images/google images.

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