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Côte d’Ivoire: Divergences au sein du FPI, pour qui roule réellement Affi N’Guessan?

06.04.2019
Article de la rédaction AFRIC
Le Front populaire ivoirien, parti créé en 1982 par l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo traverse une période trouble de son histoire. Alors que le retour au pays de son fondateur acquitté le 15 janvier 2019 de crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale est attendu, le parti plus que jamais semble converger vers un éclatement inévitable. La libération de Simone Gbagbo, le retour d’exil de plusieurs cadres du parti et les acquittements de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goude par le tribunal de la Haye étaient pourtant perçus comme un ensemble de signes annonçant le retour d’une ère nouvelle au sein de la formation politique qui est passée par des moments difficiles depuis la fin de la crise post électorale de 2010-2011. Mais hélas, les querelles persistent, les accusations de trahisons et déloyauté aussi et les démissions se font de plus belle.

LE FPI : UN PARTI FRAGILISE PAR L’ABSENCE DE GBAGBO

L’arrestation de Laurent Gbagbo lors de la crise post électorale de 2010-2011 et son transfert plus tard  au Pays-Bas  pour y être jugé par la CPI, a eu des répercussions  sur le fonctionnement du FPI. La formation politique n’a pas seulement été privée de son fondateur mais également de d’autres membres influents emprisonnés ou partis en exil, a l’exemple  de Mamadou Ben Soumahoro, ex DG de la télévision nationale (RTI) et  Paul-Antoine Bohoun Bouabré, ancien ministre de l’Économie et des Finances, tous deux décédés en 2016 à Accra et en 2012 à Jérusalem.

Le FPI n’a pas été dissout malgré le départ de plusieurs de ses ténors, il a néanmoins eu durant ces années du mal à conserver son unité. Les multiples divergences qui ont commencé en 2013, ont finalement  donné lieu en mars 2015, à la division du Front Populaire ivoirien en deux camps rivaux. A savoir celui  dirigé par  Pascal Affi N’Guessan,  qui a la reconnaissance officielle des autorités, et celui créé par un groupe de frondeurs avec pour meneur le regretté Aboudramane Sangaré, un proche de Laurent Gbagbo, souvent  présenté comme le « gardien du temple ». Si les deux franges organisent chacune leurs congrès,  ont leur propre organigramme,  elles utilisent  cependant toujours le nom FPI. Leurs idéaux et démarches politiques diffèrent  également. Le groupe réuni autour de feu Aboudramane Sangaré se considère comme « pro Gbagbo ».Resté fidèle à la ligne de conduite  de l’ancien président, il le considère  comme le seul leader du parti et ce malgré son emprisonnement. Une position qui contraste avec celle de Pascal Affi N’Guessan,  dont la trop grande proximité avec le pouvoir a toujours été sujette à inquiétudes.

AFFI N’GUESSAN ACCUSE DE TRAHISON

Pascal Affi N’guessan contrairement aux pro Gbagbo du FPI, voit les choses différemment. Son désir de tourner la page Gbagbo, témoigne des décisions qu’il a souvent pris au risque de se mettre à dos des membres influents du parti. Libéré de prison en 2013, après avoir été arrêté  comme la plupart des proches de l’ex président,  il accède à la présidence du FPI, après l’invalidation  par la justice ivoirienne de la candidature de Gbagbo comme représentant du parti à l’élection présidentielle de 2015.Une  décision mal vue par  les adeptes du « Gbagbo ou rien » qui considèrent alors son acte comme une trahison. Pour ces derniers, ce geste  marque un point de non-retour et prouve qu’Affi N’guessan n’est autre que le candidat  désigné par  le pouvoir pour affronter dans les urnes  Ouattara en 2015.

Affi n’est pas seulement accusé par les frondistes du FPI  d’avoir divisé le parti par sa position. Il lui est également reproché de nourrir une haine cachée envers Laurent Gbagbo. Pendant  les années d’emprisonnement de ce dernier, il donnait  l’impression  à travers ses propos d’avoir enterré politiquement celui qui pourtant qui durant son régime, l’a érigé au rang de  premier ministre alors que de l’avis de plusieurs, il n’était pas le militant du parti le  plus chevronné.

La couverture de sa campagne de 2015 par le journal progouvernemental, Fraternité matin, sa présence à l’investiture de Ouattara, sa détermination à  faire participer le parti aux élections que plusieurs partisans qualifient de mascarades ont fini par faire de lui, un homme combattu dans son propre parti politique. Le retour annoncé de l’ex président ivoirien et de Charles Blé Goudé  à l’approche de la présidentielle de 2020, va complètement changer la donne dans la sphère politique ivoirienne et le Front Populaire Ivoirien n’est pas épargné par ce vent de panique.

AFFI N’GUESSAN DE PLUS EN PLUS ISOLE

De l’avis de plusieurs pro Gbagbo, Affi  N’Guessan avec le retour annoncé de l’ancien président, est  plus que jamais appelé à revoir son attitude. Les deux hommes ont d’ailleurs convenu de se rencontrer  le 21 mars en Hollande. Le rendez-vous qui avait pour but de  mettre un terme aux dissidentes  au sein du parti  et d’aboutir à une réconciliation n’a finalement pas eu lieu. Des indiscrétions font état d’un ensemble de conditions donné par Laurent Gbagbo et n’ayant pas été respecté par Affi N’guessan. Notamment la fin de l’ingérence de l’Etat dans les affaires internes du parti,  la dissolution du FPI version Affi et la reconnaissance de Laurent Gbagbo comme l’unique président de la formation politique .

L’avortement de ces retrouvailles n’est pas sans conséquences pour l’ancien premier ministre qui a été lâché dans les jours qui ont suivi par Agnès Monnet. Secrétaire Générale et Porte-parole du Front Populaire Ivoirien,  cette proche d’Affi N’guessan   soutient avoir présenté sa démission des différentes fonctions occupées au sein de la fraction du FPI qui a pour leader Affi, à la suite des sorties médiatiques de ce dernier qui selon elle,  ne sont pas de nature à favoriser la réunification du Front Populaire Ivoirien.

« Avec tout le respect que je lui dois, il n’est pas le président du FPI. Je peux de ma propre initiative décider de me retirer de la direction du parti au profit d’un autre cadre du Front populaire ivoirien, y compris le président Gbagbo, mais on ne peut pas me dire que Gbagbo est président du FPI »  

(Pascal Affi N’Guessan au sujet de Gbagbo, en présence des journalistes)

Outre ce départ inattendu, des indiscrétions font état de nouvelles démissions  en vue dans les rangs du FPI version Affi. Les choses s’annoncent donc difficiles pour l’ancien premier ministre qui avait déjà fait part de son intention de briguer l’investiture du parti en vue de la présidentielle de 2020.Un scrutin dont pourrait également prendre part l’actuel président Alassane Ouattara qui n’a pas caché l’éventualité d’une candidature pour un troisième mandat.

Article de la rédaction AFRIC.

Crédit image/google images

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