Association for Free Research and International Cooperation

Sibeth Ndiaye comme d’autres avant elle, cible d’attaque raciste

03.04.2019
Article de la rédaction AFRIC.
Dès l’annonce de la nomination de Sibeth Ndiaye au poste de Porte-Parole du gouvernement français, les haters se sont déchaînes sur les réseaux sociaux. Les commentaires accompagnant le hashtag associé à son nom sont des plus abjects.

C’est carrément un déferlement de haine et de racisme dans les commentaires. En quelques heures, Sibeth Ndiaye est devenue le nouveau punchingball de la horde de haineux cachés derrière un écran. Les insultes ont commencé sur sa couleur de peau. Certains de ces commentateurs la plupart sous le sceau de l’anonymat que procure internet s’étonnent que le président français n’ait pas trouvé de « Blancs » pour assurer cette fonction de porte-voix. Étonnant dans un pays qui se félicite d’avoir remporté une coupe du monde avec des personnes d’origines diverses. D’autres haters prétendent encore qu’il n’y a qu’en France qu’on peut être nommé ministre seulement deux ans après avoir acquis la nationalité. Au moment de la passation de service, c’est sa coiffure afro et sa robe qui ont fait l’objet de commentaires. On lui reproche un look négligé indigne de ses nouvelles fonctions. Les qualificatifs peu glorieux et insultant à l’encore de la nouvelle ministre ont fusé de toute part. En quelques heures, deux phrases qu’aurait tenues l’ancienne chargée de communication d’Emmanuel Macron ont été exhumé. En  2017,  Sibeth Ndiaye aurait déclaré « j’assume parfaitement de mentir pour protéger le président.» Il n’en fallait pas tant pour que l’opposition en fasse ses choux gras. L’intéressée s’est défendue en parlant de phrase sortie de son contexte. Sibeth Ndiaye aurait aussi répondu à un journaliste qui cherchait confirmation du décès de Simone Veil par sms «  yes la meuf est dead ». Des journalistes, intellectuels et élus ont brandi cette expression pour tirer à boulet rouge sur la nouvelle porte-parole du gouvernement avant même sa prise de fonction, lui reprochant une forme d’irrévérence. Des propos totalement hors contexte comme l’a attesté un article de fake checking du journal Libération. En effet, le journal qui a consulté le SMS en question affirme qu’en réalité Sibeth Ndiaye avait répondu: « Aucune idée, la meuf est morte il y a moins de vingt-quatre heures » au sujet d’éventuelles obsèques nationales de Simone Veil. Pour Libération, toute cette polémique n’est qu’une tempête dans un verre d’eau et n’a pas lieu d’être.  Sibeth Ndiaye, d’après les portraits qu’on dresse d’elle, est une personne cassante parfois, au langage sec et aux méthodes commandos. Elle n’est donc pas irréprochable. Mais focaliser les critiques sur ses origines,  sa couleur de peau  ou encore son look, montre bien qu’une partie de la société française n’accepte toujours pas que des personnes noires ou d’origine maghrébine accèdent aux hautes fonctions.

Des précédents

Bien avant Sibeth Ndiaye, d’autres ont subi les mêmes attaques à caractère raciste. L’ancienne ministre de la justice Christiane Taubira a été comparée à un singe par une candidate  du Front National en 2015 avant d’être invitée par une autre élue  à « repartir » à Cayenne « vu qu’elle a toujours détesté la France ». Cette élue semble donc ignorer que la Guyane se trouve en France. Un internaute a écopé d’une amende de 1000€ en 2017 pour avoir qualifié l’ancienne Garde de Sceaux de « bonobo » dans un tweet.  Najat Vallaud Belkacem, ancienne ministre de l’Éducation Nationale, a elle aussi vécu ces attaques racistes. L’hebdomadaire conservateur Valeurs Actuelles avait publié une Une particulièrement violente contre elle : «L’ayatollah. Enquête sur la ministre de la Rééducation nationale». Le journal d’extrême droite Minute, de son côté, a vu en sa nomination une « provocation » en parlant d’une « Marocaine, musulmane à l’Éducation ». L’ancienne ministre de François Hollande a été à de nombreuses reprises victime d’attaques haineuses au point où SOS racisme a même lancé une pétition qui a recueilli de nombreuses signatures. L’association avait dénoncé « ceux qui veulent distiller l’idée qu’une femme d’origine immigrée ne saurait avoir légitimement sa place au sein d’un Gouvernement ». Plus récemment, la députée de la majorité au pouvoir Laetitia Avia a reçu un courrier anonyme des plus virulentes. L’élue d’origine togolaise a publié sur twitter une photo de cette lettre. On y lit notamment que « Ce n’est pas une grosse truie noire venue d’Afrique qui va se permettre de se mêler de la vie des Français » ou encore « vous feriez mieux de vous mettre au travail chez le peuple retardé d’Afrique qui ne pense qu’à soutirer de l’argent à la France ». La lettre se termine par des menaces de mort. «  L’Africain est à mi-chemin entre le singe et l’homme… Compte tes jours, on va s’occuper de toi ». Un autre député d’origine sénégalaise, Jean François Mbaye, avait reçu le même type de courrier anonyme. Dans celui-ci, il est qualifié  de « « noir de service » comme ceux que l’on case dans les pubs afin de faire croire que les Français ne sont pas racistes».

Les politiques d’origines noires ne sont pas les seuls à faire l’objet d’acte raciste ou de préjugés. Le journaliste Harry Roselmack, premier présentateur noir du journal télévisé de 20heures sur TFI a dénoncé ces préjugés. « Il y a des gens qui peut-être doutaient qu’un journaliste noir puisse présenter un 20 Heures normal, et moi je n’ai fait que présenter un 20H normal. Même si le lendemain matin de ma première, j’ai pu lire dans la presse : ‘Le journal a été présenté dans un français parfait’, comme s’il pouvait y avoir des doutes sur ma capacité à parler un bon français. » Disait-il sur un plateau TV.

C’est un vrai sentiment de malaise et de reculade au sein d’une société qui a intégré depuis des années la diversité.

Article de la rédaction AFRIC.

Crédit image : google images

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