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Après la démission de Bouteflika, quelles sont les prochaines étapes pour l’Algérie?

03.04.2019
Abdelaziz Bouteflika, très affaibli depuis un AVC en 2013 mais qui, en février, entendait encore briguer un cinquième mandat, a remis mardi soir sa lettre de démission au Conseil constitutionnel, selon des images diffusées par la télévision nationale. On y voit le chef d'État algérien, qui semble fatigué, vêtu d'une gandoura (tunique nord-africaine) beige et assis dans un fauteuil roulant, remettant cette lettre, placée dans une chemise aux armes de la présidence, au président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaïz, visiblement peu à l'aise.

● Période de transition

Après qu’Abdelaziz Bouteflika a remis sa démission au Conseil constitutionnel, celui-ci doit, selon l’article 102 de la Constitution, «se réuni[r] de plein droit et constate[r] la vacance définitive de la présidence de la République». Les juges suprêmes doivent ensuite produire un «acte de déclaration de vacance définitive» du pouvoir, qui doit être communiqué au Parlement, lequel «se réunit de plein droit».

C’est alors au président du Conseil de la Nation – la chambre haute du Parlement – d’assurer la présidence par intérim durant 90 jours, avec des prérogatives réduites par rapport à celles d’un président de plein exercice. Néanmoins, aux termes de l’article 104, Adelkader Bensalah ne pourra pas convoquer de référendum, nommer un gouvernement, dissoudre l’Assemblée populaire nationale ou provoquer une révision constitutionnelle. Il ne pourra pas non plus décréter l’état d’urgence ou l’état d’exception, ni même déclarer la guerre sans l’approbation des deux chambres du Parlement réunies.

● Nouvelle élection présidentielle

Adelkader Bensalah, 77 ans, prend ainsi la suite d’Abdelaziz Bouteflika. Il aura la charge, en tant que président par intérim, d’organiser durant ces 90 jours une nouvelle élection présidentielle, à laquelle, constitutionnellement, il n’a pas le droit de se présenter lui-même.

Reste à savoir dans quelles conditions se dérouleront les élections. Les Algériens qui défilent depuis un mois dans la rue craignent plus que tout qu’Abdelaziz Bouteflika quitte le devant de la scène mais que son «clan» demeure aux manettes une fois la transition politique engagée. Les manifestants visent particulièrement son frère et principal conseiller, Saïd. «La vigilance est de rigueur. On apprécie le moment mais on n’oublie pas l’essentiel. Le système et ses tentacules mafieuses doivent dégager. Donc les marches continueront», assure ainsi à l’AFP Fadhéla Amara, 69 ans, son petit-fils de 10 ans à la main.

●  Quelle place pour l’Armée?

À cet égard, l’armée, rivale prudente du pouvoir présidentiel durant des années, a finalement précipité l’annonce de la démission d’Abdelaziz Bouteflika. Mardi, le général Gaïd Salah s’est montré particulièrement clair, s’adressant indirectement au clan du président, accusé de vouloir gagner du temps: «Dans ce contexte particulier, nous confirmons que toute décision prise en dehors du cadre constitutionnel est considérée comme nulle et non avenue». Dans la phase de transition, l’armée devrait continuer de jouer ce rôle qu’elle prend de facto, sans avoir de prérogatives constitutionnelles.

«Nous sommes confiants dans la capacité de tous les Algériens à poursuivre cette transition démocratique dans ce même esprit de calme et de responsabilité» qui a prévalu ces dernières semaines, a déclaré mardi soir Jean-Yves le Drian, ministre des Affaires étrangères de la France, ancienne puissance coloniale de l’Algérie. «Il revient aux Algériens de décider comment gérer cette transition», a estimé de son côté le département d’État américain.

Lire l’article original ici.

Crédit image/google images

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