Association for Free Research and International Cooperation

Près de 2000 faux diplômés détectés dans les effectifs des fonctionnaires tchadiens

31.03.2019
Article de la rédaction AFRIC
Des milliers d’agents de l’État tchadiens ont été intégrés à la fonction publique sur la base de faux diplômes. C’est la conclusion à mi-parcours d’une expertise faite par un cabinet d’audit international.

C’est le nouveau sujet qui alimente toutes les conversations ces derniers jours au Tchad. L’affaire des faux diplômes des agents de la fonction publique. Mandaté par le gouvernement tchadien, un cabinet d’audit a passé au crible les diplômes figurant dans les dossiers des agents de l’État. Le résultat est édifiant. Près de 2000 diplômes seraient faux et le cabinet n’est qu’à la moitié de ses expertises. Les experts ont pris en compte uniquement les diplômes nationaux obtenus dans les universités, écoles et instituts professionnels du Tchad. Tous les ministères ainsi que les grandes institutions sont touchés jusqu’à la présidence, où des agents à l’authenticité de diplômes douteuses exercent. Dans le sombre tableau dressé par les auditeurs, c’est au  ministère de l’Éducation Nationale que revient la palme d’or des faux diplômés, avec 607 agents sont soupçonnés. A la Santé, ils sont 407 et aux Finances 197. Et la découverte édifiante continue, 156 faux dossiers détectés au ministère de la Sécurité. Dans les autres ministères, le nombre de faux diplômes oscille entre 2 et 100. Dans ce chapelet de pourriture, les grandes institutions ne sont pas épargnées. La Haute Autorité des Medias Audiovisuels a dans ses rangs 3 agents détenteurs de parchemins douteux alors qu’une dizaine d’autres ayant exercés à l’ex primature sont aussi soupçonnés. Même la Présidence de la République est touchée avec 7 agents. Aussi, 80 autres faux diplômes ont été détectés dans des dossiers en instance d’intégration à la fonction publique. Toutes les personnes soupçonnées ont été rayées dans le fichier des états de paiements des salaires du mois de mars. Ils ne pourront donc pas toucher leur paye du mois.

 

La question qui brule sur toutes les lèvres et celle de la suite à donner à cette opération. Ces fonctionnaires seront-ils définitivement radiés de l’effectif des agents de l’État ?  Pour le moment la question n’est pas tranchée. Le ministre tchadien de la Fonction Publique a déclaré que les personnes soupçonnées doivent apporter la preuve de l’authenticité de leurs diplômes. Selon ce ministre, « le Gouvernement est soucieux du respect des principes sacro-saints de l’audit et du contrôle, notamment la présomption d’innocence et le principe du contradictoire. C’est dans ce cadre que le Gouvernement a pris toutes les dispositions pour respecter les droits des agents présumés détenteurs des faux diplômes.»  Il a estimé que « le Gouvernement est soucieux de faire aboutir cette opération noble pour réduire le niveau de la masse salariale qui est déplorée dans la sous-région ». D’après le responsable tchadien, les agents soupçonnés vont recevoir dans les prochains jours des notifications écrites afin de leur permettre de se justifier dans un délai d’un mois maximum.  « L’opération continue et nous allons les accompagner afin de vraiment déterminer le caractère faux des diplômes de ces agents. À ce moment, on ne va plus les appeler les présumés détenteurs de faux diplômes mais les détenteurs de faux diplômes et les textes leurs seront appliqués » a conclu le ministre tchadien dans une déclaration à la presse.

Ce n’est pas la première fois que des affaires de faux diplômes défraient l’actualité au Tchad. En aout 2018 déjà une dizaine de cadres et d’agents de la Direction générale des impôts ont été suspendus de leur fonction selon une décision de l’inspection générale des finances mais depuis aucune poursuite n’a été engagée contre eux. D’ailleurs, presque tous ont été réhabilités dans leur fonction. Les autorités tchadiennes ont toujours fait part de leur détermination à poursuivre les présumés détenteurs de faux diplômes à grand renfort de déclarations sans que cela ne soit suivie d’effets. Un universitaire tchadien avait d’ailleurs ironiquement déclaré il y a quelques années que s’il faut poursuivre les fonctionnaires détenteurs de faux diplômes au Tchad, il va falloir agrandir les prisons. C’est dire l’ampleur du phénomène. Pour les observateurs avertis, tout ceci n’est que la conséquence de la corruption, de la mauvaise gouvernance et du népotisme. Au Tchad, l’intégration à la fonction publique n’est pas systématiquement soumise à un concours comme dans la plupart des autres pays mais sur simple dépôt de dossier. Les autorités tchadiennes ne semblent pas maitriser le nombre exact de leurs agents. Il existe beaucoup de fonctionnaires fictifs dans les effectifs et il n’est pas rare qu’un même agent émarge deux ou trois fois. Dans ce contexte comment s’étonner que des personnes ne remplissant pas les conditions fassent partie des effectifs des agents de l’État ? L’ampleur de cette affaire de faux diplômes prouve à suffisance un certain laxisme des autorités tchadiennes dans le contrôle.  Dans un contexte social tendu, cette détermination affichée  n’est-elle pas une nouvelle  stratégie pour faire diversion ? L’interrogation n’est pas illégitime.

Article de la rédaction AFRIC.

Crédit image/google images.

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