Association for Free Research and International Cooperation

Le butane un gaz rare à Ndjamena

30.03.2019
Article de la rédaction AFRIC
Depuis plus d’un mois, le Tchad fait face à une nouvelle pénurie de gaz après celle du mois d’octobre dernier. Les travaux de maintenance de la principale raffinerie de la capitale sont à l’origine de cette rareté qui fait gronder les ménages.

Sur les photos publiées sur les réseaux sociaux, des centaines de bouteilles de gaz vides alignées en plein soleil devant les points de livraison. Les usagers attendent patiemment une potentielle livraison de gaz et l’attente peut durer des heures. Certains parcourent la ville entière à la recherche du butane devenu – sans jeu de mot – un gaz rare. Et dès lors qu’une rumeur évoque la présence du gaz dans un point de livraison, c’est la ruée vers cet endroit. Des femmes ont même défilé avec une banderole revendiquant du gaz le 8 mars dernier, journée international du droit des femmes.  Depuis l’interdiction de l’utilisation du charbon de bois dans les foyers, la population tchadienne n’a pas d’autres choix que l’utilisation du gaz butane. La situation est devenue tellement compliquée que les ménages sont obligés de s’adapter. C’est la loi du système D.  « Certains ménages préparent avec de la bouse de bœufs séchée, des chaussures usées ramassées dans les poubelles.

Les gens utilisent les feuilles de palmiers pour préparer à manger. Dans la capitale, il y a certains qui n’arrivent même pas à trouver la bouse de bœufs, parce que c’est extrêmement cher en ce moment  »  a expliqué à Rfi un responsable de la société civile. Et dans ce tableau social peu reluisant, les gendarmes font du zèle. En effet, la presse tchadienne a rapporté l’arrestation de deux pauvres femmes ramassant du bois mort dans la périphérie de la ville pour faire bouillir la marmite. Déférées au parquet, elles ont été heureusement relâchées par le juge. L’affaire a ému.  La colère monte de plus en plus dans la capitale tchadienne. Le collectif tchadien contre la vie chère a même appelé à une manifestation il y a deux semaines mais un arrêté ministériel l’a interdite. D’ailleurs toutes les manifestations sont systématiquement interdites, sauf celles en soutien au pouvoir.

Une opération de maintenance mal anticipée

Cette pénurie est causée par une opération de maintenance au sein de la raffinerie de Djermaya à la sortie nord de la capitale. La société n’aurait pas anticipé convenablement les travaux de maintenance. D’autres sources évoquent un problème de gestion dans le choix de l’entreprise qui devrait approvisionner la capitale en gaz durant la période de maintenance. Face à la gravité de la situation, le ministre tchadien du pétrole s’est déplacé personnellement au sein de la raffinerie pour constater l’évolution des travaux de maintenance. Malheureusement pour la population, il faudrait patienter au moins jusqu’au début du mois d’avril pour espérer la fin de la galère. Entre temps, les autorités tchadiennes ont annoncé une commande de gaz au Nigéria et au Cameroun mais il faut du temps pour que cela arrive. « Le gouvernement a pris toutes les dispositions pour importer le gaz de l’extérieur. Il faut reconnaître que c’est un produit très spécifique dans son transport, lié aussi à la distance des ports qui nous lient, qui sont au-delà de 1 000 kilomètres. Et c’est la première fois qu’une telle quantité est en train d’être importée »  a déclaré le ministre du pétrole. L’opposition tchadienne de son coté à fustigé le manque d’anticipation du gouvernement. Sur sa page facebook, le président de l’Union Sacrée pour la République s’est montré très sévère envers les autorités. « Honte au MPS (Mouvement Patriotique du Salut, le parti au pouvoir ndlr) et à son leader qui règnent sur ce pays depuis 29 ans et qui nous offrent un tel spectacle ignoble. Gouverner, c’est prévoir. Comment on peut assurer la maintenance d’une usine pendant 2 mois, sans prendre la moindre précaution de faire des réserves ou ne serait-ce qu’informer les citoyens au préalable? » S’est-il interrogé. Et comme d’habitude dans de pareils cas, les prix flambent  pour les rares bouteilles existantes. La bouteille de 6 Kg qui coutait 2000 FCFA est  passée  au double et même parfois encore plus selon des témoignages.

Les ménages tchadiens attendent donc impatiemment la fin de cette opération de maintenance pour en finir avec ce calvaire.  C’est l’État qui a le monopole de la gestion des produits pétroliers  à travers la Société des Hydrocarbures du Tchad. La raffinerie qui produit le gaz est gérée par la China National Petroleum Company. Les pénuries fréquentes prouvent une insuffisance de production de la compagnie chinoise. Il faudrait donc envisager la création d’autres installations de production pour pallier les insuffisances de l’unique raffinerie. Aussi pourquoi ne pas mettre fin à cette situation de monopole et  ouvrir le marché à la concurrence ?  De cette façon, les opérateurs économiques nationaux pourront importer le gaz afin de le rendre plus accessible sur le marché. Cela permettra d’éviter ce spectacle désolant auquel est soumise la population.

Article de la rédaction AFRIC.

Crédit image/google images/pénurie gaz au Tchad

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