Association for Free Research and International Cooperation

Travailleuses africaines dans le Golfe, l’esclavage des temps modernes

28.03.2019
Article de la rédaction AFRIC
La situation d’esclavage que vivent les employées domestiques malgaches au Koweït a obligé le président Andry Rajoelina à décider de les rapatrier la semaine dernière. Cette décision prouve que malgré les pressions internationales, la maltraitance des milliers d’africaines dans les pays du Golfe perdure.

Le président malgache a envoyé la semaine dernière une délégation officielle au Koweit avec pour objectif de rapatrier les travailleuses malgaches qui vivent une situation de grande détresse dans ce pays du Golfe.  Après une conversation téléphonique avec certaines de ces travailleuses, les autorités de la grande île ont voulu constater par eux même ce drame que vivent leurs compatriotes. En effet,  les travailleuses bloquées sur place ont trouvé refuge dans un bâtiment d’une ambassade africaine. Selon leurs témoignages, elles sont victimes de divers abus de la part de leurs employeurs et n’ont pas d’autres choix que revenir au pays. « Certaines d’entre nous ont pris la fuite et se sont rendues directement à la police où elles se trouvent actuellement parce qu’elles n’ont aucun papier d’identité », explique l’une d’entre elles à un journal de Madagascar. C’est la première fois qu’une délégation officielle est dépêchée sur place afin de rapatrier des travailleuses malgaches. Depuis une quinzaine d’année, des milliers de malgaches quittent la grande île pour travailler comme domestique dans des familles dans les pays du Golfe.

Elles sont recrutées via des agences qui sont en contact avec des familles du Golfe désireuses d’employer des domestiques. Une famille dans le Golfe débourse environ 2.500 euros pour embaucher une domestique, qui ne touchera qu’un salaire d’environ 150 euros, et l’agence de placement malgache peut toucher jusqu’à 1.400 euros de commission. Mais sur place, les travailleuses sont traitées comme des esclaves. Réveil aux aurores et travail toute la journée sans repos en plus des propos injurieux des employeurs. Certaines ne pouvant plus supporter ces conditions s’enfuient du domicile de leur patron. D’après une syndicaliste malgache, chaque semaine 20 à 30 domestiques reviennent à Madagascar et la plupart du temps sans bagage parce que s’étant enfuies des maisons qui les employaient. Déjà en 2013, face aux tolets suscités par les témoignages accablants, le gouvernement malgache a décidé  de suspendre l’envoi de travailleurs migrants dans les pays «à risque», mais un réseau d’agences de recrutement continue d’envoyer des domestiques en toute impunité avec la complicité de certains agents du ministère du travail.

UN CAS LOIN D’ETRE ISOLE

Les travailleuses malgaches ne sont pas les seules à vivre une telle situation dans les pays du Golfe. Des dizaines de femmes Ethiopiennes, Somaliennes, Égyptiennes, Marocaines ou encore Algériennes subissent le même sort. Elles travaillent comme bonnes à tout faire des dizaines d’heures par jour poussées par la pauvreté ou les situations de conflits si ce n’est les deux dans leur pays d’origine. Là aussi, elles ont recrutées par le biais des agences qui les « offrent » pratiquement à des employeurs. Pour éviter qu’elles ne s’enfuient, ces agences leurs retirent leur passeport une fois sur place.

Selon l’Organisation Internationale du Travail, « 3,8 millions de travailleurs domestiques travaillaient en 2017 dans les pays du Golfe : Oman, Koweït, Arabie saoudite, Qatar, Barhrein et Emirats arabes unis. L’Arabie saoudite absorberait les deux tiers de cette main d’œuvre (2,42 millions de personnes). Au Koweït, elle représente 22% des personnes en âge de travailler, c’est dire si elle est essentielle à l’économie de ces pays. »

Les Organisations Internationales dénoncent depuis des années cette situation d’esclavage. Des pays comme le Togo ont pris des mesures notamment l’interdiction aux jeunes filles de partir vers le Moyen Orient de l’aéroport de Lomé. Les philippines ou encore le Cameroun ont organisés des rapatriements de leurs ressortissantes des pays du Golfe.

Les pressions exercées par la communauté internationale ont obligé le Koweit par exemple à mettre fin à la saisie des passeports et des téléphones et à mettre en place une ligne téléphonique d’aide aux travailleuses maltraitées. Le Qatar pour sa part a été soumis à une enquête de l’Organisation Internationale du travail après des informations faisant état de cas de travaux forcés dans le cadre des préparatifs de la coupe du monde de football de 2022.  Il a fini par adopter une loi qui accorde une gratuité de soins aux domestiques, un salaire mensuel régulier, une indemnité en cas de licenciement ainsi qu’un maximum de 10 heures de travail par jour. Toujours est-il que tous les États du Golfe n’ont pas pris des mesures visant à améliorer les conditions de vie des travailleuses domestiques d’où le nécessité de maintenir la pression.

Article de la rédaction AFRIC

Credit image : google images

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